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Mme Marie Christine Bissengue: «Tout le monde a le droit de choisir sa religion»

Par Luidor Nono - 21/02/2014

Elle est la Présidente de l’Association Parfum d’Afrique France, basée à Ivry sur Seine (94), qui organisé récemment une rencontre sur la crise centrafricaine

 

Est-ce que vous pouvez présenter l’Association et le regroupement des femmes de la diaspora?
L’Association Parfum d’Afrique France, basée à Ivry sur Seine, avec une antenne à Bangui dans le 8ème arrondissement. Notre objectif est de soutenir toutes les initiatives des femmes en RCA dans le domaine agricole, de la couture, le maraîchage, toutes les activités génératrices de revenus. Nous nous occupons également des actions en faveur des orphelins qui restent chez leurs tuteurs. Nous essayons avec le peu de moyens que nous avons de les aider à poursuivre leur scolarité. Nous apportons notre soutien à des artistes plasticiens dont nous exposons les produits durant nos rencontres. Ces produits sont réalisés et vendus par les femmes de l’association Parfum d’Afrique France, de Bangui et également, les artistes sculpteurs, papillonneurs que nous accompagnons.

 


© journaldebangui.com
Mme Marie Christine Bissengue, présidente de PAF
Qu’est-ce qui vous a motivé à organiser cette journée autour des échanges et des débats d’une partie de la diaspora française?
Ce n’est pas la première action du genre que nous organisons. Nous en avons déjà menées plusieurs depuis le début des conflits en Centrafrique. Nous avons reçus les appels des membres de notre association à Bangui, à propos des exactions commises. Tout ce que nous avons pu avoir pour aider les femmes, a été pillé, saccagé. Le siège est complétement détruit. Nous avons un champ à 180 km de Bangui, qui a été complètement pillé détruit et saccagé. Les femmes se sont retrouvées dispersées partout. Les orphelins dont nous nous occupons ont été, pour certaines filles violées etc. En tant que maman, je ne pouvais pas rester sans rien faire en tant que maman.

C’est ainsi que depuis le 23 mars 2013, Parfum d’Afrique France (PAF) a initié un collectif au travers des femmes d’autres pays , dénommé, le Collectif des femmes de la Diaspora africaine de France, dont l’un des objectif est de relayer le cri et les souffrances de la population face aux exactions, pillages, vols et viols des femmes et surtout les enfants soldats enrôlés. Nous avons envoyé dans un premier temps un communiqué de presse qui est resté lettre morte au niveau des médias. J’ai saisi, ici, (à Ivry sur Seine, ndlr) notre élu dans la ville qui a été le premier à nous soutenir. Nous avons réfléchi un peu à ce que nous pouvions faire et trouver un moyen de continuer à informer, à sensibiliser, l’opinion internationale sur les exactions.

Depuis quelles ont été les réactions ?
Après le communiqué de presse, nous avons lancé une pétition en ligne. Nous avons eu beaucoup de retours. La situation sur le terrain ne s’arrangeant pas, nous avons rédigé et envoyé des courriers à certaines autorités françaises: députés, ministres, et même au Chef de l’Etat, François Hollande. Cela a mis du temps et nous avons eu des réponses selon lesquelles, «ils tiennent compte de nos requêtes, qu’ils veilleront à ce que la sécurité, la paix, le retour au calme que nous réclamons soit mis en œuvre». Cela a mis du temps encore et nous sommes encore interrogés. Entretemps, d’autres initiatives de centrafricains et d’amis de la Centrafrique ont vu le jour. Des collectifs pour rassembler les gens, pour faire des sittings, car quand ils organisent des actions, nous participons également, pour maintenir la mobilisation et la solidarité à son plus haut point. Nous pensons que toutes ces actions ont finalement porté avec l’envoi sur le terrain de la Force Sangaris au mois de décembre 2013. Nous pensions qu’il allait y avoir un peu d’apaisement pour tous, les membres de nos familles, les membres de nos associations et tout le peuple centrafricain, qui tous les jours vit sous les balles, les exactions de toutes sortes, hélas, les choses ont empirées.

Quelle est la ligne d’action aujourd’hui?
Pour le moment nous continuons, à sensibiliser, l’opinion sur les vrais faits, parce que les hommes politiques ont réussi, avec les médias, qui des fois ne comprennent pas très bien ce qui se passe, à instrumentaliser ce qui se déroule en Centrafrique, en martelant que ce sont les chrétiens qui se battent contre les musulmans alors que pour nous et pour moi, c’est un faux problème. Pendant longtemps la Centrafrique a accueilli tout le monde. Quand il y a eu la guerre au Tchad, au Soudan, en RDC, et même en Ethiopie nous avons accueilli des vagues de réfugiés en Centrafrique. Nous sommes un pays laïc. Tout le monde a le droit de choisir en tant qu’être humain sa religion. Or, et , nous voyons que tous ces gens, étaient là et nous n’avons jamais eu de problème. Moi qui vous parle, j’ai des parents musulmans, est-ce qu’il faudrait que je me retourne contre eux ? au nom de quoi ? Ne sont-ils pas Centrafricains comme moi ?

 


© journaldebangui.com
Les travaux en ateliers lors de la journée du 15 février
Au terme de cette action quel est le bilan que vous faites?
Chaque rencontre, selon les milieux à des effets que l’on ne peut pas comparer. Tout ce que je puis dire, jusque-là ce que nous faisions a porté leur fruits parce après, il y a des échos qui continuent. Pour cette journée nous avons voulu avec les jeunes, des ateliers avec des compte rendus et pas comme toujours, des discours et des débats autour. J’estime pour ma part que les participants ont été à l’écoute, ils ont apprécié cette manière de faire aussi, et ce qui est important, c’est que les gens ont été « participatifs ». Par rapport aux thèmes qui ont été débattus, des idées ont été émises, des suggestions ont été faites. Nous espérons après cette rencontre très enrichissante, que nous allons tirer quelque chose de ces ateliers pour que les Centrafricains et même les amis de la Centrafrique se retrouvent ensemble pour créer un comité, réfléchir de manière collective à ce que nous pouvons faire, pour aider notre pays. Quand, je dis aider notre pays c’est sur le plan humanitaire.

Quel est le message d’Espoir et d’encouragement que vous adressez à qui de droit, car la crise ne semble plus vraiment cantonnée à la Centrafrique
Je commencerais par le mot d’encouragement parce qu’à l’heure actuelle, nous constatons qu’il y a eu beaucoup de perte de vie. Pas plus tard que ce matin encore nous avons appris des nouvelles dont on arrive plus à trouver les mots pour qualifier ce qui est entrain de se passer en Centrafrique. Et j’espère que chaque Centrafricain, va prendre conscience, que s’entretuer entre eux, entre nous ce n’est pas la solution. Et je souhaite qu’il y ait véritablement, une prise de conscience par rapport au mal qui a été fait, pour que les Séléka, tout comme les anti-balaka, déposent leurs armes, reviennent à la raison, pour laisser le peu de population qui reste de vivre en paix. Je demande et j’espère que l’Onu enverra les troupes qu’elle a promise pour aider, les forces déjà en place et les populations à désarmer tous ces barbares. Moi, je crois que si rien n’est fait, il y a risque de génocide, peut-être pire qu’au Rwanda.

Pour le mot d’espoir, j’espère que les Séléka et les anti-balaka vont pouvoir à un moment donné dire que nous avons assez versé de sang comme cela, qu’il faut laisser la population, vivre en paix. J’espère que la force que l’Onu va contribuer, à ce travail pour que la sécurité revienne au niveau du pays - Je sais que cela va être un long travail, parce que les blessures sont assez profondes – pour laisser la population qui erre en ce moment dans la brousse, sans rien à manger, ni se soigner, les paysans en particulier, reprennent le chemin de leurs cultures et avoir de quoi manger. Au niveau de Bangui, que le travail puisse reprendre dans les administrations. Que les Centrafricains hommes, femmes, enfants, puissent enfin se réunir, se pardonner, petit à petit, travailler ensemble, pour que cette unité, cette dignité et le travail prônés par Barthelemy Boganda, reviennent pour le peuple centrafricain.
 
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