INTERVIEW  |    

Emile Gros Nakombo: Le candidat qui vient du Cameroun

Par Luidor NONO - 07/01/2011

«Je me sens déterminé du fait que je réponds à un appel, à un cri de cœur. Je réponds à une sollicitation, à un appel au secours»

 

Vous n’avez pas toujours été un homme politique?
Je suis né dans une famille de notable, dans une localité du sud-ouest de la Centrafrique qui fait frontière avec le Cameroun. Je suis de l’ethnie Baya qui se retrouve aussi à l’est du Cameroun et cette la localité s’appelle Nakombo et porte mon nom. Je suis né à Berberati où j’ai passé ma jeune enfance. J’ai commencé l’école à Sosso – Nakombo où je suis député actuellement. Je suis rentré au séminaire où je voulais être prêtre à St André de Berberati puis je suis monté à Bangui à St Paul. Après le baccalauréat, j’ai demandé une période de réflexion avant de m’engager définitivement sur la voie de la prêtrise et cela a rendu mon père furieux car il voulait vraiment que je sois prêtre.

Par la suite vous avez fait des études en Roumanie. Pourquoi ce pays?
C’était pour aller à l’université. J’ai tout abandonné là-bas et je n’y suis plus jamais revenu vers le sacerdoce. En Roumanie, j’ai fait l’école préparatoire pour apprendre la langue et je me suis inscrit en faculté de médecine. J’ai du laisser la médecine pour embrasser une carrière économique jusqu’à l’obtention de mon doctorat en marketing et management. C’est aussi en Roumanie que j’ai fait mes preuves associatives comme président de l’association des étudiants centrafricains et même vice-président de l’association des étudiants africains et de l’association des étudiants étrangers en Roumanie. J’étais très ancré dans la vie associative.

Lorsque vous revenez au pays, que se passe-t-il?
Quand je débarque à Bangui la première fois, il y a la commission des bourses qui se tient et je mène alors une grève avec les universitaires et étudiants à Bangui. Je suis arrêté, je suis resté quelques mois en prison puis j’ai voulu partir du Cameroun pour regagner la Roumanie. J’ai été refoulé à la frontière et arrêté pour la seconde fois. Je suis retourné en prison une deuxième fois et quand j’ai été libéré, le président Kolingba, sur la base des informations qui lui ont été transmises sur mon compte, a trouvé que je jouais mon rôle de président des étudiants centrafricains sans faire de la politique. Il a demandé qu’on me reconduise ma bourse. Je suis donc reparti en Roumanie pour le doctorat. En ce qui concerne mon plan politique, c’est au cours que cet épisode que la machine va se lancer.

 


© rdc
Emile Gros Nakombo, le candidat RDC
Comment devenez-vous opérateur économique?
Je deviens opérateur économique du fait du président Kolingba lui-même! Sachant que je suis économiste, il a vu que j’abattais un grand travail au niveau du parti et il a trouvé que ma place n’était pas là! Lui-même m’a nommé à la banque Maroco – Rca comme Dg – Adjoint représentant la partie centrafricaine. De là je suis resté trois ans sans salaire! Pour des raisons de brimades envers le personnel centrafricain, il y a eu des tensions entre le DG et moi, j’ai demandé à partir. Je ne pouvais pas être quelque part et voir mes compatriotes dans la souffrance. Le président ne voulant pas mon départ me demande de cumuler les deux postes avec celui de la société des Tabacs dans ma région. J’ai refusé le cumul pour m’investir à temps plein dans la société centrafricaine des Tabacs. C’était SCT au Cameroun et SCAT en Centrafrique.

Comment est perçue votre arrivée dans cette structure?
Je suis arrivé là, la société était en cessation de payement, il n’y avait pas d’argent, le président m’avait tenu informé de cette situation pour me dissuader d’y aller. Je me suis entêté et j’y suis allé quand même. Mes parents m’ont aidé, j’ai redressé la société qui nourrissait au moins dix mille âmes notamment des planteurs dans une majeure partie de la localité. Malgré cette situation de cessation de paiement, je me suis battu, j’ai relevé la société, j’ai payé les dettes et les banques. Le président a perdu les élections, Ange-Félix Patassé arrive, les gens demandent la dissolution de la société pour m’éjecter. Mais le vent souffle, il faut renégocier le contrat avec les français et je suis chargé de remonter un autre projet. Je mets donc sur pied la Compagnie centrafricaine d’exploitation des tabacs (Ceta) qui fonctionne toujours à ce jour. Deux année après, parce que mes frères du camerounais souffraient de la même situation, il n’y avait plus de tabac, ils ont fait appel à moi, Baya comme eux. Je suis arrivé, j’ai crée la Compagnie d’exploration des tabacs Cameroun et à la suite de quoi j’ai crée d’autres sociétés dans le négoce, le transit, l’aviation civile. Je suis également actionnaire dans des sociétés par-ci, par-là.

Vous n’avez jamais été fonctionnaire?
Jamais! Pourtant après mes études, j’ai été intégré comme inspecteur des impôts mais je n’ai jamais rejoint mon poste. J’ai immédiatement demandé ma mise en disponibilité alors non je n’ai jamais occupé un poste dans la fonction publique et je suis depuis l’année 98 au Cameroun!

Vous êtes député à Sosso Nakombo et vous vous présentez à Berberati?
Je suis né à Berberati et pour cette mandature la population me demande de revenir. Elle trouve qu’en dehors de moi personne n’y a rien pu faire.

 


© rdc
Aujourd’hui vous êtes député, comment vous gérez vos administrés de ci-loin?
Depuis plus d’une décennie je suis au Cameroun. J’ai été député à Berberati, je suis député à Sosso Nakombo puis je reviens à Berberati où j’ai comme concurrent le président Patassé, le ministre d’état Zinguallé. Je suis absent physiquement mais aux côtés de mon électoral et de mes concitoyens par le billet des actions. Dans la région j’ai eu à réaliser beaucoup d’actions comme les routes, les ponts et j’ai aussi fait gagner de l’argent à ces régions-là. Les paysans y sont insensibles, ils feront leur choix dans les urnes…


Pour ce premier galop d’essai, comment on se sent, cela n’a rien à voir avec les législatives?
Je me sens déterminé du fait que je réponds à un appel, à un cri de cœur. Je réponds à une sollicitation, à un appel au secours. Au regard de ce qui se passe en Centrafrique, les populations se demandent s’il existe une race de centrafricains qui puisse relever le défi. La population veut voir s’il y a des centrafricains capables de relever le défi. Je m’engage sur cette voie pour dire aux centrafricains que cette race existe et que j’en fais partie.

Vous vous déclarez en même temps candidat de l’ouverture, pourquoi?
Il n’y pas d’ouverture en ce moment dans la mesure où quand tout est fait par un seul homme ce sont des cooptations partisanes, familiales, amicales et tribales. Avec l’ouverture, je vais vers des gens qui apportent beaucoup de leur passif pour éviter que l’on tombe dans les erreurs et de leur actif pour que l’on avance. Je pense que ce sont des gens qui ont beaucoup à donner.

Est-ce que vos regrettez de ne pas avoir été prêtre?
Mon père oui mais pas moi! Parce que si cela avait été le cas, je tomberai dans les mêmes travers que les autres. Cela m’aurait fait du mal. En ce moment, j’apprécie énormément ma vie de famille cela me permet d’aider mieux encore ma famille et l’église.

Comment appréciez-vous votre vie au Cameroun?
C’est ma deuxième patrie. Certains de mes enfants sont nés là-bas. J’y ai une attache ethnique, je suis camerounais de par mon ethnie et d’ailleurs lorsque je parle Sango, les autres estiment que j’ai un accent plus camerounais que centrafricain! Les gens s’en moquent souvent! Il ne serait pas étonnant que lors de mon arrivée à la magistrature suprême l’on me désigne selon mon origine camerounaise.

Qu’est ce que cela fait d’avoir le nom d’une localité?
En fait, c’est le nom de ma grande famille qui a été donné à la localité. Mon grand père, du temps de l’indépendance était celui qui avait été choisi et désigné tout jeune pour entrer dans l’armée française. Quand il est revenu, par manque de cadre, il a été copté pour diriger ces concitoyens de la localité où les colons voulaient avoir la main mise et c’est ainsi que la ville a été créée. Nakombo, c’est le nom de ma famille donné à la localité.
 
MOTS CLES :  Nakombo   Présidentielle   Cameroun   Député   Determination 

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