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En Centrafrique: l'investiture de Mme la présidente côté coulisses

Par Vincent Hugeux-lexpress.fr - 24/01/2014

La très solennelle prestation de serment de la présidente de transition Catherine Samba Panza aura néanmoins réservé quelques surprises. Les voici

 

L'histoire -du moins la petite- retiendra que la cohorte des dignitaires et des diplomates réunis jeudi dans l'enceinte de l'Assemblée nationale centrafricaine ont attendu l'arrivée de Catherine Samba Panza, "chef d'Etat de la transition", aux accents de We are the World, l'hymne universaliste composé en 1985 par Michael Jackson et Lionel Richie, mais aussi, plus insolite, à ceux de La maladie d'amour si chère à Michel Sardou. S'il est un fléau dont souffre l'ancien Oubangui-Chari, ce n'est certes pas de ce virus-là. Pour le reste, rien ne manqua à la solennité d'un rituel d'investiture digne de ce nom. Ni les savantes ondulations des immenses drapeaux de la RCA habillant le fond de scène. Ni la tenue d'apparat des magistrats de la Cour constitutionnelle, avec cape d'hermine, jabot blanc, toge rouge et toque frangée d'or. Ni le lexique, suranné en diable, d'une telle intronisation républicaine. Ni enfin la dignité un rien hautaine de l'élue, vêtue d'un ensemble couleur corail et chaussée de hauts-talons vif-argent.

 


© AFP
La présidente de transition de République centrafricaine Catherine Samba Panza lors de la cérémonie de son intronisation à l'assemblée nationale.
Devant un parterre de VIPs -le président gabonais Omar Bongo Ondimba, le chef du gouvernement camerounais, l'émissaire personnel du Congolais Denis Sassou Nguesso et une escouade de ministres des Affaires étrangères, dont le Français Laurent Fabius-, "Maman Catherine" fut invitée à prêter serment, "debout et dégantée, la main gauche posée sur la Charte constitutionnelle de transition, la main droite levée." Ce qu'elle fit d'une voix ferme, jurant "devant Dieu et devant la Nation" d'accomplir sa mission "sans aucune considération d'ordre ethnique, régional, religieux ou confessionnel." Deux bonnes nouvelles dans un même souffle: il y a donc un Dieu, il y a une Nation. Et il y a du pari pascalien dans l'air.

"Femme à poigne"
Vint alors le tour du Grand chancelier des Ordres nationaux. Lequel, comme le veut l'usage, para en coulisse la première femme parvenue à la tête du pays des insignes de Grand-Croix dans l'Ordre du mérite. Ainsi équipée, la native de Fort-Lamy -l'actuelle N'Djamena- put recevoir les "symboles de l'Etat". Troisième bonne nouvelle: il y a donc un Etat. D'abord, le drapeau, remis par un officier en treillis. Comment douter à cet instant que l'ex-maire de Bangui mérite son image de "femme à poigne"? Elle saisit la hampe avec une telle fougue que la gradé, pris au dépourvu, fut à deux doigts de plonger vers l'avant. Puis le bouclier de bois tressé et le "couteau de jet", attributs ancestraux offerts quant à eux par un chef coutumier coiffé d'un calot à plumes, peaux de serpent en bandoulière. Enfin, la calebasse d'abondance, garnie notamment de bananes plantain et d'ignames.

Quitte à égratigner le protocole, Laurent Fabius, aux prises avec un agenda démentiel, s'éclipsa au moment même où "CSP" entreprit de prononcer son discours. Nul doute que le chef de la diplomatie française connaissait la teneur de cette adresse lucide, volontariste, sinon parfois incantatoire. A l'évidence, Mme Samba Panza, qui a fait carrière dans l'assurance, n'en manque pas. Et tout indique qu'elle est résolue à accomplir son CDD sans rien céder.

Quand sonnera l'heure de l'épilogue, les jardins de l'Assemblée offriront aux invités sur le départ un saisissant raccourci. Non loin de la vaste fontaine ressuscitée, deux groupes de danse traditionnelle rivalisent d'ardeur. Mais derrière eux somnolent sous une bâche verte les valises et les ballots des candidats au rapatriement ou à l'exil en partance pour le Tchad. Les optimistes impénitents objecteront à bon droit qu'il y a du mieux: au lendemain de l'assaut lancé le 5 décembre dernier sur la capitale par les miliciens anti-balaka, ce sont des cadavres qui jonchaient ces parterres.

 

 
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