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La République centrafricaine: une troisième transition en 13 mois

Par Thierry Vircoulon et Thibaud Lesueur (ICG) - 23/01/2014

«Pour les nouvelles autorités de transition, le premier test en matière de gouvernance sera le retour de la sécurité à Bangui»

 

Que peut-on attendre de la nouvelle transition?
C’est la troisième transition en RCA depuis janvier 2013 et la signature de l’Accord de Libreville. La première transition a été menée par un gouvernement de coalition composé du camp Bozizé, de la Seleka et de l’opposition politique. Quant à la seconde transition, qui a débuté après le coup d’Etat du 24 mars 2013, elle a été dirigée par la Seleka et l’opposition politique. Aujourd’hui, tout le monde se demande quelle peut être la composition du troisième gouvernement de transition, étant entendu que de cette composition dépendra la stabilité et le fonctionnement des autorités. Compte tenu du fait que le processus de sélection du président est déjà contesté, le gouvernement devra être un miroir des principales tendances politiques. Si tel n’est pas le cas, les chefs des partis politiques qui ont été exclus de la course à la présidentielle vont certainement tenter de le déstabiliser. Les hommes politiques proches de Bozizé ne vont pas hésiter à mobiliser la rue et à utiliser les milices anti-balaka pour mettre la pression sur les nouvelles autorités.

 

Pour les nouvelles autorités de transition, le premier test en matière de gouvernance sera le retour de la sécurité à Bangui. Depuis l’exclusion de Djotodia, les problèmes sécuritaires à Bangui sont suspendus mais pas résolus. Le risque d’une reprise des combats entre les combattants de la Seleka et les milices anti-balaka est important, notamment en raison de la présence massive des hommes de la Seleka dans quatre camps militaires de la capitale. Un programme de désarmement, démobilisation et réintégration efficace – qui évite les erreurs commises dans le passé et qui privilégie des programmes de réinsertion à l’intégration des ex-combattants dans de nouvelles unités policières ou militaires – doit être mis en œuvre en priorité par les forces internationales de maintien de la paix. Les milices anti-balaka déclarent ne pas vouloir déposer les armes avant que les forces internationales (la mission de l’Union Africaine nommée la Misca et la mission Sangaris) ne désarment les combattants de la Seleka. Le second problème de sécurité à Bangui concerne la montée d’un sentiment antimusulman qui depuis plusieurs semaines engendre des violences et des déplacements de population. Résoudre ces deux problèmes de sécurité implique une coopération transparente et soutenue entre les nouvelles autorités de la transition et les forces internationales.

Qu’en est-il aujourd’hui de la Seleka et des anti-balaka?
La majorité des combattants de la Seleka est actuellement cantonnée à Bangui, sous supervision internationale, mais aucune décision n’a été prise quant à leur avenir proche. Il est pour le moment impossible d’évaluer la force réelle de la Seleka car certains combattants restent actifs en dehors de Bangui. Les anti-balaka viennent de milieux ruraux, utilisent des armes traditionnelles et fabriquées à la main, et portent des grigris afin de se rendre invisibles et invincibles. La plupart des combattants anti-balaka sont des adolescents illettrés, dont les familles ont été tuées et les villages ravagés par les combattants de la Seleka. Ils ont tout perdu et migrent vers Bangui pour se venger. Leur objectif est de voir la Seleka désarmée, chassée de Bangui et des provinces alentours. Ils les appellent les «Arabes» et les considèrent comme des étrangers. Chaque jour à Bangui et dans les environs, des musulmans sont tués ; chaque manifestation dans la capitale se termine par une chasse à l’homme. Deux musulmans ont été lynchés samedi 19 janvier dans le centre-ville. Deux franges opposées de la population centrafricaine sont donc en confrontation directe. L’arrivée de combattants musulmans venus du nord du pays dans les territoires du sud et de l’ouest ravive ainsi la mémoire de la période de l’esclavage par les commerçants musulmans. Il s’agit d’un traumatisme significatif dans l’histoire de la Centrafrique. Les dix groupes anti-balaka sont organisés par région, la plupart d’entre eux viennent de l’ouest et du sud du pays et sont en majorité issus du peuple Gbaya (l’ethnie de François Bozizé).

Politiquement, les anti-balaka se sont récemment divisés en deux mouvements : le Front de résistance (majorité) et les Combattants pour la libération du peuple centrafricain (minorité pro-Bozizé). La séparation est survenue juste après la démission de Michel Djotodia : alors que la majorité voulait négocier avec l’Union Africaine, les Nations Unies et la France, la minorité pro-Bozizé voulait continuer la lutte armée. Sur les 10 groupes anti-balaka, trois ont décidé de former le mouvement des Combattants pour la libération du peuple centrafricain, dirigé par un ancien député proche de Bozizé, en connexion étroite avec un mouvement créé en France par Bozizé, le Front pour le retour de l’ordre constitutionnel en Centrafrique (Froca). Ces combattants appartiennent donc au peuple Gbaya, de Bossangoa, le fief de Bozizé. Les Combattants pour la libération du peuple centrafricain sont mieux équipés que les autres mouvements anti-balaka et sont dirigés par un ancien militaire proche de Bozizé. Il n’y a donc aucun doute sur le fait que ce dernier veut utiliser ce groupe pour reprendre le pouvoir. Parallèlement, il va les utiliser pour faire pression sur les nouvelles autorités de transition et s’assurer que son mouvement sera représenté dans le nouveau gouvernement.

Aucun de ces problèmes ne va disparaître avec l’entrée en fonction du nouveau gouvernement. Ce n’est qu’une fois la sécurité restaurée à Bangui que le nouveau gouvernement de transition pourra tenter de rétablir la sécurité dans les provinces – y compris en travaillant étroitement avec les soldats de maintien de la paix pour protéger les camps de déplacés internes – et examiner la feuille de route politique et économique rédigée par l’ancien gouvernement. Cette feuille de route, qui n’a pas été mise en œuvre jusqu’à présent, souligne la nécessité de reconstruire en priorité les fonctions et les structures clés de l’Etat. Si les nouvelles autorités de la transition entament cette reconstruction avec le support des acteurs internationaux, cela mettra fin à l’impression qu’aucun pouvoir ne peut perdurer en République centrafricaine. Dans le cas contraire, la troisième transition sera rapidement perçue comme un nouvel échec.

 

 
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8 COMMENTAIRES

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Hum!hum!hum

Par MBIWA

23/01/2014 12:14

A gbaya la a bouba kodro soh!
A gbaya la a bouba kodro soh oh!oh!oh!

MBIWA

Par Principe Actif

23/01/2014 12:56

Sécheresse intellectuelle, manque de discernement dans tes propos

Le peuple centrafricain est anti-balaka radical !

Par abou

23/01/2014 13:56

Le peuple veut le désramement, l'arrestation et le jugement des leaders et Généraux Sélékas centrafricains ou étrangers, et le retour dans leurs pays des nmiliciens sélékas tchadiens et centrafricains. Non à l'intégration sauvage de miliciens sélékas dans l'armée nationale. Si c'est ceux-là qu'on appelle Gbaya, alors tout le peuple centrafricain est Gbaya. Si "l,élue du CNT séléka" le fait tant mieux, sinon la LUTTE va continuer jusqu'à l'atteinte de ces objectifs, sans lesquels il n'y aura pas de paix en RCA et dans la sous-région. On ne peut pas venir détruire un pays et son peuple, et pactiser avec eux, comme si de rien n'était.

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