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Témoignage: en mémoire de Me Zarambaud Assingambi

Par Jean-Pierre REDJEKRA - 19/01/2014

«Cruel, violent, injuste, inopportun, inacceptable, imprévisible, les mots me manquent pour caractériser ton départ, alors que des maux gangrènent notre beau pays commun!»

 

Cher maître,
J’ai hurlé comme si j’avais été agressé ce mercredi 15 janvier, vers 6h du matin, quand j’ai appris ta disparition brutale. Cruel, violent, injuste, inopportun, inacceptable, imprévisible, les mots me manquent pour caractériser ton départ, alors que des maux gangrènent notre beau pays commun! Ton destin fut tellement lié à celui de notre pays, qu’au moment où nous étions de plus en plus enclin et nombreux à te demander d’en prendre les rennes, tu t’es éloigné de nous en entrant dans la liste des héros de la République qui ont forgé son âme, son sens, sa substantifique essence… A la manière de Barthélémy Boganda président fondateur de la Rca, mais aussi comme des grands chefs nzakaras ou zandés de Centrafrique, qui ne se retournent jamais quand l’heure de la séparation est arrivée (pourtant le mardi 14 janvier au soir, attablée chez moi, nous étions une douzaine de compatriotes a évoqué la justesse de ton profil pour diriger notre pays!). Personne ne pourra te restituer à ce peuple sans capitaine! Une partie de nous est en toi et nous ne l’a récupérerons plus jamais, car tu étais un être unique, rieur, plein de vie, généreux et profondément droit de l’hommiste...Je voudrais connaître davantage ton histoire.

 


© journaldebangui.com
Jean-Pierre REDJEKRA
(…)Alors que je pressais M.Ouambo Djento d’établir un contact patriotique avec toi pour structurer efficacement et puissamment le camp des démocrates contre la séléka, les aplats - ventristes soumis, et les nostalgiques du pouvoir déchu du général-pasteur-député-président , tu nous quittes

(…) au moment où doit cesser le chaos, pour faire place à de nouvelles espérances dont tu as esquissé régulièrement les contours et les conditions dans ta littérature citoyenne prolifique

(…) alors que par ailleurs tu t’es échiné ces dernières années à redonner du sens inlassablement à notre vivre ensemble en tant que Nation, à rappeler aussi avec force la réalité des liens véritablement fraternels entre tous les centrafricains d’où qu’ils viennent (…) tu le croyais vraiment, et moi aussi.


Ton ultime article « chrétiens et musulmans de Centrafrique restons unis ! » me poussait à vouloir te rencontrer. Sous ton autorité morale, intellectuelle et citoyenne, j’escomptais partager quelques questions fondamentales avec toi telles que : faut-il continuer à nier la contribution de la composante arabo-musulmane dans notre patrimoine national ( à ne pas mélanger avec les diables de séléka) ? Comment expliquer à nos compatriotes que nous sommes dans un contexte post génocide du Rwanda et post crise ivoirienne, avec le concept « d’ivoirité » dont il faut tirer les leçons chez nous aussi, avant que nous entrions nous aussi dans les « poubelles de l’histoire » ? Comment susciter et animer un nouvel élan démocratique après tant de périls et de tragédie subie collectivement ? Comment penser ensemble les bases de la refondation de la Nation centrafricaine délitée actuellement ? Comment techniquement et politiquement allions nous réaliser dans le cadre de cette transition « rectifiée », la mise en place des outils contre l’impunité, cette gangrène ? Tribunal spécial pour la Centrafrique ? Et enfin quelle ligne de partage pour confier également à la CPI les crimes et destructions à grande échelle, les spoliations, les pillages dont sont victimes nos compatriotes ? J’avais une confiance sereine que nous y parviendrons, à partir du moment je croyais avec conviction que nous nous appuierons sur ta connaissance et ta maîtrise des mécanismes juridictionnels de la CPI?

Nous nous sommes rencontrés très brièvement et une seule fois de façon significative en 1990 à ton domicile. M.Denis Mballa m’avait conduit chez toi, alors que je m’employais cette fois déjà à rassembler les élites de l’Université de Bangui pour alimenter la revendication de la démocratie pluraliste et de libertés publiques qui y sont attachées. Tu avais courageusement pris position aux côtés de ton frère, feu magistrat François Gueret rédacteur de la célèbre lettre ouverte au président Kolingba. C’est en partie avec tes encouragements que j’allais rallier feu Théophile Ganro, Cyrus Emmanuel SANDY, feu Sylvère RENGAI et Victorin KOWO, Dr Boris GBAKO, Bruno NDAKOUZOU, Jean-Lambert NGOUANDJI, Guy MAMADOU, le jeune YAMBA et Charles Armel DOUBANE pour ne citer que ceux-là ! Cette démocratie est confisquée depuis, mais elle est irréversible désormais. Tu ne seras plus là pour le service après-vente ou mieux le service de vigie citoyenne désintéressé.

Aujourd’hui, je pense aux victimes de la barbarie des banyamulenges que tu étais entrain de défendre à la Haye, sans pour autant relâcher ta vigilance sur notre pays entre agonie et renaissance, violences et désirs profonds de paix, pauvreté et volonté de prospérité, historicité falsifiée et histoire authentique réhabilitée ! Je pense aussi aux parties civiles au procès Bokassa que tu as défendu avec hargne, doigté et rigueur tout au long de cette procédure fastidieuse. Ton fameux plus « jamais ça » n’a pas toujours été entendu et tu as su le défendre tant dans le prétoire que dans l’évolution sociopolitique de notre pays. Tu as sûrement donné envie à plus d’un, d’embrasser le métier d’avocat y compris en tant que bâtonnier. Grand juriste, tu l’étais je le réitère, toujours avec professionnalisme. Tu l’étais pour les plus faibles, pour les causes justes, pour les causes fortes aussi…Nos étudiants en droit, en sociologie et en recherches sur les problématiques de l’Etat de droit, ont intérêt à puiser dans tes écrits.
Maître, nous te devons le dernier moment de grande communion nationale heureuse, le retour de Yassitoungou à Bangui en 1987, j’avais 18ans. La ferveur populaire, l’unité d’une nation fière de ses enfants, c’est toi qui nous l’as offert. Tes efforts d’organisation, de motivation, de sensibilisation de la population et de galvanisation des fauves – Bamaras ti Gbazabangui, a payé par cette victoire mémorable, fabuleuse, rassembleuse de tous les centrafricaines et tous les centrafricains.

Aujourd’hui le peuple centrafricain à des leaders auto-proclamés, plus enclins à se servir qu’à servir, à détruire plutôt qu’à construire ; que la génération montante s’inspire abondamment de l’héritage citoyen, moral et sportif que tu nous laisses…Nous devons retenir de toi quatre choses, une exigence professionnelle envers toi-même, une passion amoureuse pour la Centrafrique, une exceptionnelle générosité dans tes rapports avec les autres et enfin la constante de la valeur courage dans ta vie et dans ton expression. C’est dans ces miroirs que mon frère Vincent MAMBACHAKA, l’artiste et moi, nous te percevions dans nos conversations patriotiques nocturnes.

Enfin, je te soupçonnais toujours d’être un grand passionné de belles lettres. C’est pourquoi, très affectueusement cher maître Julien Zarambaud Assingambi, je te dédie ces vers de Jean De Lafontaine dans le songe de Vaux :

« …Mes mains ont fait des ouvrages
Qui verront les derniers âges
Sans jamais se ruiner :
Le temps a beau les combattre ;
L’eau ne les saurait miner,
Le vent ne peut les abattre.
Sans moi tant d’œuvres fameux,
Ignorés de nos neveux,
Périraient sous la poussière.
Au Parnasse seulement
On emploie une matière
Qui dure éternellement.
Si l’on conserve les noms,
Ce doit être par mes sons,
Et non point par vos machines :
Un jour, un jour l’Univers
Cherchera sous vos ruines
Ceux qui vivront dans mes vers. »


Adieu cher aîné, je te promets de t’inscrire au panthéon du futur institut de la mémoire et des réparations de Centrafrique…Que les ancêtres et Dieu t’accueillent avec empressement, auprès d’eux, car tu t’es tant donné.

Champs sur Marne, le 18 janvier 2014.
Jean-Pierre REDJEKRA

 

 
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1 COMMENTAIRES

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C'est si touchant comme hommage.

Par sorokaté

19/01/2014 22:40

A Dieu auguste cher maître. Vous étiez un modèle.
Vous allez nous manquer nous tous, la Centrafrique souffrira de votre absence. Qui va nous représenter à la CPI.

Vos analyses sont trop pointues et patriotiques. Vous étiez un véritable modèle.
Reposez en paix. que suis-je pour m'opposer à la volonté de Dieu? qu'il vous accorde sa grâce.
A dieu cher maître Zarambaud Assingambi.

Sorokaté Alias Domzan Bnene.

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