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Lettre à M. Ferdinand Alexandre Nguendet,

Par Marcello IMAYAKA - 14/01/2014

par Marcello IMAYAKA

 

A M. Ferdinand Alexandre Nguendet, Président de Transition par intérim de la République centrafricaine

Monsieur le Président intérimaire
Après avoir lu et relu votre première déclaration à la Nation du 11 janvier 2014 et écouté vos diverses déclarations devant la presse, je ne puis m’empêcher de vous écrire pour attirer votre attention comme je l’ai déjà fait en novembre dernier lorsque vous avez défendu qu’il n’y avait pas de pré génocide en Centrafrique.

Monsieur le Président,
N’oubliez pas que dans la vie les choses se produisent pour des raisons souvent hors de notre contrôle. Le plus important c’est de nous rappeler que la seule façon de vraiment s’épanouir dans la vie est de n’avoir que des attitudes positives, vertueuses, honnêtes et réfléchies.

Votre unique mission Monsieur le Président c’est de convoquer une session extraordinaire du CNT afin d’élire le nouveau Chef de l’Etat de transition dans un délai de 15 jours c’est tout.
Marcello IMAYAKA

 

Vous décrivez tellement bien dans votre discours la situation chaotique de notre pays. En effet depuis le 24 Mars 2013, date de la prise de pouvoir par la séléka qui a installé Michel Dotodja comme chef de l’Etat de transition, la République Centrafricaine, loin de réaliser son rêve de voir enfin le changement tant attendu et souhaité, connaît les moments les plus catastrophiques et sombres de son histoire. En 9 mois, on a assisté à toutes sortes de barbaries : assassinats, meurtres, viols, vols, pillages, destructions massives de biens privés et publics. Il me semble que vous avez soutenu Dotodja et la séléka dans la mise en œuvre de leur plan machiavélique puisque vous avez organisé une manifestation de soutien à Michel Djotodia et à ses hommes. Par ailleurs, je n’ai pas besoin de vous rappeler dans quelles conditions vous avez réussi à vous faire élire deux fois à la présidence du Conseil National de Transition. Non content de votre cadeau, vous vous êtes lancé dans une guerre qui ne dit pas son nom avec le Premier Ministre de la Transition pour des raisons que vous seul vous pouvez nous expliquer. Cependant, en vous lançant dans cette guéguerre, vous avez contribué à faire échouer le processus de la transition.

D’ailleurs dans votre discours du 11 janvier 2014, vous avez clairement jeté l’opprobre sur le Chef du Gouvernement quand vous dites je cite : « Devant les difficultés du Gouvernement de Transition de rétablir l’ordre et la sécurité sur l’ensemble du territoire national…. ». Avez-vous un seul instant accusé Dotodja dans votre discours ? N’est-ce pas là une preuve supplémentaire de votre proximité avec ce chef rebelle qui a plongé notre pays dans le chaos ? Qu’avez-vous fait en tant que Président du Conseil National de Transition, cet organe qui fait office de Parlement ? Avez-vous dénoncé les crimes et autres exactions commis par les séléka sur les centrafricains depuis le 10 décembre 2012 à Gaga, Bohong, Boy Rabe, Gobongo et autres ?

Monsieur le Président intérimaire,
L’échec de ce que vous appelez la première expérience de la transition est partagé à parts égales entre le Président de la Transition Monsieur Michel Djotodia Am Nondroko, le Premier Ministre de la Transition Monsieur Nicolas Tiangaye et le Président du Conseil National de Transition Monsieur Alexandre-Ferdinand Nguendet. Vous avez tous lamentablement échoué et le peuple le sait croyez moi. C’est pour cette raison que vous auriez dû démissionner comme votre mentor Djotodia et Tiangaye pour laisser la place à votre Vice-Présidente pour la gestion de l’intérim.

Malgré tout et pour faire un habillage constitutionnel selon la chartre de la transition, il vous a été demandé d’assurer l’intérim. Votre unique mission Monsieur le Président c’est de convoquer une session extraordinaire du CNT afin d’élire le nouveau Chef de l’Etat de transition dans un délai de 15 jours c’est tout. Vouloir aller au-delà laisserait présager des intentions douteuses contraires à la loi et donc condamnables. Les centrafricains que vous avez visités dimanche dernier à l’aéroport ne sont pas dupes. Ils se sont réfugiés à l’aéroport depuis plusieurs semaines. Avez-vous été leur rendre visite une seule fois ? Quelle garantie vous leur donnez en leur demandant de rentrer chez eux ? N’est-il pas un piège pour les exterminer une fois sortis du seul refuge où ils se sentent en sécurité ? N’avez-vous pas suffisamment tué avec vos amis de la séléka ? Vous avez même été loin pour inviter les centrafricains à s’engager pour la réconciliation sans parler de justice une seule fois dans vos propos. C’est dire que toutes les personnes tuées, blessées, disparues, tous ceux qui ont été spoliés de leurs biens, toutes les édifices publiques détruites vont être passés par pertes et profits en 2 semaines et nos bourreaux vont revenir tranquillement, les ennemis de la République Centrafricaine ne seront plus inquiétés ni par la justice centrafricaine, ni par une juridiction internationale. Non non et non. L’impunité ne doit plus avoir sa place dans la cité centrafricaine. Le peuple a trop souffert par la faute des assoiffés du pouvoir. Ce peuple a droit à la justice et une réparation. Et après la justice, viendra le temps de la réconciliation. En plus vous dites que vous allez étudier la possibilité d’une assistance du Gouvernement en vue de leur retour à leurs lieux de résidences habituelles. Je n’ai rien compris. Etes-vous chef d’un Gouvernement ? Occupez-vous de faire élire le nouveau Président de transition qui va à son tour nommer un premier Ministre de Transition lequel formera un gouvernement qui s’occupera du reste.

Vous avez dans votre discours demandé à ceux qui commettent les violences et pillages depuis la démission de Michel Djotodia de stopper l’anarchie. Très bien. Mais que dites-vous de ceux qui ont commis les pires atrocités depuis le 10 décembre 2012 jusqu’à la démission du chef rebelle de la séléka ?

Autre point important dans votre message à la Nation : vous plaidez pour que cessent les violences qui mettraient en péril la fraternité et la solidarité entre les peuples tchadien et centrafricain. Mais que dites-vous des violences faites par des tchadiens sur les centrafricains ? Attitude bizarre quand même n’est-ce pas ?

Monsieur le Président provisoire
Pensez-vous qu’en moins de 15 jours vous aurez le temps et les moyens de remettre en marche l’administration, payer les salaires, faire rentrer les militaires FACA dans les casernes, ramener les déplacés dans leurs maisons, organiser l’élection du nouveau président de façon transparente et crédible ? Non je ne crois pas à moins que vous soyez un surhomme ou bien vous êtes en train de vous mettre en avant afin de gagner du terrain pour une éventuelle candidature à votre propre succession ?

Mais si tel est le cas, je vous exhorte à vous en abstenir car il vaut mieux éviter au peuple centrafricain une autre souffrance supplémentaire. Vous ne pouvez être en même temps juge et partie. Réfléchissez en toute conscience, prenez en compte la gravité de la situation actuelle du pays et décidez sagement de bien organiser cette élection par amour et patriotisme pour le peuple centrafricain qui n’a que trop souffert ces dernières années des diverses manipulations venant d’ici et d’ailleurs.

Monsieur le Président
Vous pouvez prendre mes propos par le mépris si vous le voulez. Mais je vous prie de croire que j’ai toujours été direct lorsqu’il s’agit de dire la vérité telle qu’elle s’impose. Le monde entier vous regarde, les centrafricains vous surveillent. La moindre erreur de votre part sera fatale non seulement pour vous mais également pour la République Centrafricaine. La vie est une pièce de théâtre et ce qui compte ce n’est pas qu’elle dure longtemps mais qu’elle soit bien jouée, disait Senèque. Jouez bien et efficacement votre partition. Le peuple centrafricain vous sera reconnaissant. Il n’est pas interdit d’être ambitieux. Mais dans la situation actuelle de notre pays, « Toutes les ambitions sont légitimes, exceptées celles qui s’élèvent sur les misères et les crédulités de l’humanité » (Joseph Conrad).

Dans l’espoir que vous tiendrez compte de ces conseils, soyez assurés de mes profonds respects.

Marcello IMAYAKA

 

 
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1 COMMENTAIRES

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Soutien à cette lettre de Marcello Imayaka

Par Ngarra

14/01/2014 23:24

Le compatriote Marcello Imayaka a raison de rappeler à Ferdinand Alexandre Nguéndet sa mission. Tous les gens qui ont conduit la transition jusque là, dont vous, n'ont aucune légitimité aux yeux du peuple centrafricain. Vous avez concocté, sous la dictée des forces extérieures dont le Tchad de Déby se trouve être l'exécuteur direct, un anéantissement de la RCA. On a vu le résultat. Malgré les souffrances, le peuple a réussi à vous le faire comprendre et à vous faire partir.

Au lieu de démissionner en même temps que les autres, vous êtes encore là par la volonté de vos maîtres. Alors attention à ce que vous allez faire. La place est belle et juteuse, mais elle n'est pas pour vous, tellement que vous vous êtes gravement compromis avec les sélékas. Donc conduisez la seule mission qui vous est dévolue et c'est tout. Djotodia n'a pas voulu écouter les conseils que nous lui donnions, par fierté ; il a été contraint de faire exactement ce qu'il a refusé de faire hier, mais cette fois-ci de manière honteuse. Il a détourné une grosse somme d'argent pour pouvoir vivre au Bénin, en retraite dorée. Mais comme nos ancêtres sont avec nous, les 200 millions de francs CFA qu'il a emmenés dans sa mallette ont été détournés par l'un de ses gardes du corps séléka à N'Djamena... Le malheur qui va s'abattre sur vous ne fait que commencer.
A bon entendeur, salut.

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