INTERVIEW  |    

Mgr Nongo-Aziagbia: «… ne baissons pas les bras»

Par Loup Besmond de Senneville - 07/01/2014

L’évêque de Bossangoa appelle les Centrafricains à ne pas céder à la vengeance mais à œuvrer pour la paix

 

Où en est la situation à Bossangoa, à 300 km au nord de Bangui, ville dont vous êtes l’évêque?
Nous vivons une situation de chaos et de confusion. Il ne se passe pas un jour sans que l’on entende parler de maisons incendiées. Que ce soit du côté musulman ou du côté chrétien, certains groupes font tout pour que l’instabilité se poursuive. Ils alimentent les tensions en incitant à la haine et à la violence pour servir leurs intérêts personnels. La semaine dernière, un groupe de Peuls a détruit les maisons dans deux villages, Zéré et de Sumbi, à 25 km à l’est d’ici. Ils ont également incendié les champs, et contraint les habitants à s’enfuir pour venir se réfugier à l’évêché. L’effectif des déplacés n’a jamais baissé, bien au contraire. Entre 41 000 et 45 000 personnes sont en ce moment réfugiées autour de l’évêché. Dans un autre lieu de la ville, c’est également le cas de 7 000 à 8 000 personnes de la communauté musulmane et peule.

 


© la-croix.com
Mgr Nongo-Aziagbia, l'évêque de Bossangoa
Qu’attendez-vous de la force africaine de la Misca et des soldats français?
J’attends qu’ils mettent en œuvre un processus de désarmement effectif de tout porteur d’armes. Les seules personnes habilitées à porter des armes dans ce pays sont l’armée nationale – mais nous n’en avons pas –, la police et la gendarmerie. À Bossangoa, les trois policiers et les sept gendarmes en poste ont trop peur pour leur propre vie pour assumer leur mission. Je souhaite que cette mission de désarmement soit assurée avec impartialité, afin que chacun puisse retrouver la confiance et collaborer en vue d’un retour effectif de la paix.

L’action des forces armées françaiseet africaines est-elle inefficace?
Cette action est pour l’heure insuffisante. La duplicité de certains contingents, ou leur manque d’impartialité, risquent de vouer à l’échec leur mission. Avec cette intervention de la Misca et de Sangaris, je m’attendais à ce que nous puissions retrouver la confiance, faire un pas les uns vers les autres, et retrouver le chemin de nos maisons. Ce n’est pas le cas.

Que peut faire l’Église pour que la situation s’améliore?
Nous devons continuer à tenir un discours de vérité, aussi bien aux Séléka qu’aux anti-balakas, et aux hommes politiques, pour que chacun prenne ses responsabilités. Nous sommes conscients de n’être qu’une force morale. Nos propositions peuvent être acceptées ou non. Aujourd’hui, force est de constater que devant les exactions, les gens ne sont pas prêts à accepter les paroles de conciliation que nous leur adressons. Beaucoup veulent se venger. Nous sommes devant un mur, ne baissons pas les bras.

Quelles relations entretenez-vous avec les représentants de la communauté musulmane?
L’imam de Bossangoa et moi, nous nous rencontrons régulièrement, et nous nous parlons. Mais j’ai parfois l’impression que nous menons un dialogue de sourds. Je reconnais que des membres des communautés chrétienne et animiste ont commis des exactions contre les communautés musulmane et peule. Mais il faudrait que la communauté musulmane admette que de tels actes ont été perpétrés aussi à l’encontre de notre communauté. Pour l’instant, les représentants musulmans ne sont pas prêts à franchir ce pas. De ce fait, la démarche de réconciliation est bloquée. Il faut que nous avancions pour parvenir à parler d’une seule voix.

Dans cette situation, quelle parole d’espérance pouvez-vous tenir?
La paix n’a pas de prix. Nous devons aller au-delà des ressentiments et des blessures. Il nous faut nous abaisser devant l’autre pour donner une chance à la paix. Personne ne sortira vainqueur si nous continuons dans une logique de violence et de représailles. Tout Centrafricain conscient de la situation devrait s’engager corps et âme pour rétablir ce climat de confiance. Lui seul permettra le retour à la paix, à la sécurité et la reconstruction du pays.

Source : La Croix

 

 
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1 COMMENTAIRES

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Nos politicards ont disparu seuls les religieux sont aux cotés du peuple...

Par sorokaté

08/01/2014 13:17

Ils ont disparu ces politicards Centrafricains. Leur seul objectif c'est comment faire pour devenir président de la Republique. Le peuple ne compte pas pour le moment. Honte à tous les soient disant "politiques"

Sorokaté Alias Domzan bene.

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