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Centrafrique: la France a fait du bruit à l’ONU pour en arriver là?

Par Jean-Gualbert TOGBA - 24/12/2013

De l’élucubration d’une politique de désarmement français à la flambée des massacres

 

Aussi curieux que ça puisse paraitre, l’intervention française pour le désarmement attendue et acclamée par toute la population centrafricaine a réveillé les démons des massacres et occasionné une flambée de violence qui a augmenté de 120 % par rapport aux massacres d’avant le désarmement.

Valait-il la peine que la France intervienne en Centrafrique?
Il serait malsain et malhonnête de ne pas reconnaitre la nécessité de l’intervention française mais tout de même, il est inadmissible de supporter une intervention dans les contours politiques aussi flous que les objectifs définis ne sont pas de nature à ramener la paix. Même si unanimement toute la classe politique française a salué cette intervention en Centrafrique pour des raisons humanitaires. Il n’en demeure pas moins que des réserves aient été émises par les certains députés français sur les flous de cette politique qui est entrain de montrer ces limites. Limites dans les objectifs, limites dans le traitement de la cause. Ainsi, Bruno Le Maire, ancien ministre de l’agriculture de Sarkozy a reconnu dans une interview dans RTL que «la raison politique de l’intervention n’est pas claire», il a souligné le peu de clarté dans la politique de Hollande. Ce qui se vérifie aujourd’hui sur le terrain.

 


© journaldebangui.com
Jean-Gualbert Togba
La France, à force de denier la revendication du peuple centrafricain pour stopper l’engrenage des exactions, se retrouve devant le fait accompli. Elle a laissé en gestation la source des problèmes qui est rejetée et décriée par toute la population et qui est la cause de la liquéfaction et la descente aux enfers des centrafricains. Il va de soi que le peuple centrafricain victime d’une agression se mette en légitime défense parce que les autorités françaises protègent les auteurs de cette descente aux enfers et simultanément, on assiste à un discours sur l’impunité qui ne se vérifie pas dans les faits. Et dans le même temps, elle impose que les principaux auteurs des crimes contre la Nation centrafricaine conduisent la destinée d’un pays qu’ils massacrent. Les centrafricains vivent très mal cette injustice qui est l’impunité accordée à Michel Ndjotodia et ses acolytes qui appellent à la haine et qui tuent en toute impunité.

Décryptage de la flambée de la violence
Dans un post en fin novembre publié dans le Journal du Gabon le 04 décembre, intitulé France face à l’auto handicap de la Centrafrique: L’impunité, j’ai souligné cette difficulté du désarmement à avenir et de l’embrasement de la violence qui s’en suivra

1 - Tout part des foutus accords de Libreville. De OBAMA à HOLLANDE en passant BAN KIN-MOON et ANGELA MERKEL, tous à l’unisson ont piétiné les basics règles de droit. Des notions élémentaires que n’importe quel étudiant aux premiers cours d’introduction en droit se serait saisi. A croire que dans leurs institutions, la moindre faute de virgule ou de point est permise. Ceci n’est pas dû à une méconnaissance de la loi, non loin de là, simplement, à un peuple de moindre importance à leurs yeux, moindre attention. A la hauteur d’un « pays sans intérêt », comme ils le disent très haut dans les medias. Des indigènes qu’ils peuvent ignorer leur droit, à un « sous peuple » qu’ils peuvent se permettre un comportement immoral et inintelligible.
Au lendemain du coup d’Etat du 24 mars, j’ai fait /> un appel aux membres du CNT, en soulignant la caducité des accords de Libreville. A la mauvaise politique, mauvais résultat : La mauvaise politique, la mauvaise réponse apportée au traitement de la crise centrafricaine a naturellement conduit au mauvais résultat. Si une politique adéquate et adaptée avait été prônée, cela aurait entraînée la paix, la réconciliation et non une flambée de la violence et une rupture entre les communautés, ce qui ne me surprend guère. Le peuple centrafricain a changé et sa maman la France n’a pas tenu compte du fait que la Nation centrafricaine est en phase à la secousse mondiale de la révolution socio-politique du changement planétaire où le peuple est prêt à s’offrir en chair à canon pour défendre ses droits et sa liberté.

2 – Le maintien de Michel Ndjotodia à la tête de la Transition verra naître sous le nez des troupes françaises et de la MISCA, des groupes rebelles et des bandes d’armée de tout genre pour le dégager par la même voix qui a emprunté pour le renverser. Ceci va compliquer la tâche des forces impliquées dans le désarmement. A lire dans la Nouvelle Centrafrique «Le goulot d’étranglement de la Centrafrique s’appelle la France, la CEMAC et l’ONU »

3 – Le fait de citer et de présenter à tort les anti-balakas comme étant une milice chrétienne a faussé les donnes et a déporté la crise sur le terrain de la guerre confessionnelle ou les composants musulmans (civiles et sélékas, les troupes tchadiennes de la FOMAC) tuent les non musulmans. Et de l’autre coté, les proches des victimes s’adonnent au même rituel aux représailles pour venger les leurs et malheureusement, et de l’autre coté les représailles s’enchainent donnant naissance à une escalade de la violence qui a atteint maintenant le stade d’une guerre confessionnelle. Ce qui semblerait être le but recherché par ceux qui ont dénaturé la nature de la crise centrafricaine.

4 - Le peuple centrafricain vivait déjà sous l’influence tchadienne depuis le régime PATASEE. Une influence que le président tchadien a confirmée par son implication dans le coup d’Etat de Bozizé. Au jour d’aujourd’hui, cette influence s’est transformée en une servitude bicéphale où le président français François Hollande s’illustre au coté de son tchadien Idriss Deby, son fer de lance dans les opérations militaires en Afrique. Il ne reste plus que la participation des troupes tchadiennes aux conflits en moyen orient aux cotés de la France. Ce compagnonnage de fortune dans la crise centrafricaine a dénaturé le vrai visage de la crise où experts et analystes français ont réussi à détourner l’attention sur les vraies causes de la crise à traiter, pour la pacification du pays. La présence tchadienne est une épine dans le désarmement et hypothèque le retour à la paix et à l’apaisement entre les communautés musulmane et chrétienne. Cette politique déstabilisatrice via le chef rebelle Michel Ndjotodia qui par l’entremise da sa machine à tuer, la Séléka, exécute un plan machiavélique visant à islamiser la Centrafrique et au cas où ce plan venait à échouer, optera pour la scission de la Centrafrique dont le nord sera repris par le Tchad à cause du gisement pétrolier.

5 - La France à force de minimiser les propositions émanant des centrafricains pour une réponse appropriée à la crise, est entrain d’injecter sa part de dose au chaos. La France contribue à la montée de la haine en blanchissant un crime contre la Nation centrafricaine. Tant qu’elle continuera à imposer aux centrafricains de se soumettre à leurs bourreaux, Michel Ndjotodia et les troupes tchadiennes considérées par les centrafricains comme persona non grata.

Il est clair que dans l’état actuel des choses, la France doit revoir ses copies et corriger une politique qui suscite plus de massacres qu’avant le désarmement. Le Marechal Flamby déclarait, je cite : « Si nous sommes en Centrafrique, ce n’est pas pour protéger un régime, c’est pour protéger nos ressortissants et nos intérêts. On connait la suite, le massacre des civiles sous les yeux des 450 militaires français stationnés à l’aéroport de Bangui dans le cadre de l’opération Boali 2. Cette politique de vouloir désarmer la Séléka tout en gardant leur chef Michel Ndjotodia en prétextant « qu’il est un interlocuteur indiscutable vu la situation » est l’une des raisins du mécontentement et de la flambée de violence.

Enfin, Il est temps que les ZIGUELE et tous ceux qui arboraient dans les medias leur soutien aux exactions, aux crimes de Ndjotodia et de la Séléka comme un fait normal qui découle des « effets collatéraux », endossent leur responsabilité dans cette production de masse des effets collatéraux.

Jean-Gualbert TOGBA

 

 
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2 COMMENTAIRES

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En tout cas cher compatriote J.C TOGBA vous avez fait un vrai récapitulatif en m^me temps tenter d'apporter des vraies solutions à cette crise à connotation néocolonialiste en RCA

Par sorokaté

24/12/2013 19:06

Bravo à vous cher compatriote J.C. TOGBA. Ils nous prennent des cons. Le Tchad agit sous l'impulsion hégémonique de la France.
A cours d'argent la France s'est métamorphosée en mendiant chez les partenaires européens(UE).

Moi Sorokaté je n'ai cessé de dire haut que la crise en Centrafrique vient d'un complot des deux pays Tchad et la France l'un travaille pour l'autre afin de régner en DICTATEUR sanguinaire au Tchad(Idriss Déby).

Ce que ignore le président dictateur Idriss D"by c'est que la France n'a pas d'amis ,que" d’intérêts" l'exemple du feu colonel KADHAFI assassiné par la France en dit trop.

Mais sans la complicité de nos politicards traîtres connus de tous les centrafricains nous n'allons pas en arrivé là.
Voilà qu'ils sont tous devenus muets ces ZUIGUELE, DEMAFOUTH, LES DOLOGUELE, Nguéndé, Ndouba , BINOUA, Tiangaye, tout ce monde est responsable de notre déshumanisation.

Et pourtant Dieu nous a permis d'avoir si tôt la lettre de monsieur DONDOJA à la ligue Arabe comme plan de gouvernance d'une nouvelle Centrafrique Islamique, s'ajoute à cela la déclaration du Tchadien Sabone quant à la scission de la RCA. A ce niveau, il y a plus de doute.

Qui a réagit à cela? quel parti politique s'est opposé aux massacres de la seleka perpétré sur les civiles en RCA.
Tous ont eu des postes de responsabilités au sein du gouvernement seleka assassin.

En tout cas vous avez tout dit cher compatriote.
Le gouvernement Français a trompé son peuple quant aux mobiles réels de cette guerre en RCA.

Les promesses ténues lors des compagnes en France semblent se convertir en utopie alors coûte que coûte vaille que vaille braquer les pays dits" anciens colonies" pour d’éventuel pillage.

Quant monsieur Bozize sollicitait le soutien e la France c'était légitime, contrairement à l'opération Sangaris véritable massue.

Les vies supprimées aux civiles depuis plus de 9 Mois ne préoccupent pas la France qui se projette à comment imposer un dictateur à l'issu de soient disant élections d'ici 2014. Tout ce qu'on fait pour le peuple sans le peuple est contre le peuple. Depuis 1960 la France ne fait qu'imposer au peuple Centrafricain ses auxiliaires présidents par l'unique méthode " Coup d'états".

Nous ne sommes pas dupes.
Sorokaté alias domzan bene.


nous sommes les vrais héritiers des empires latins

Par simpliste

25/12/2013 16:57

nous faisons plus de la politique politicienne que nous agissons pour le développement de notre pays. et surtout nous privilégions plus nos intérêts personnels que l'intérêt de la nation tout entière.

c'est depuis l'époque de Bokassa que le peuple savait pour le pétrole centrafricain: la société américaine CONOCO faisait de la prospection.

en temps de crise tous les pays se replient sur eux même (j'avais parlé de la courage politique des sénégalais pour la défense de leur agriculture en interdisant l'importation des oignons européens qui coutent moins cher que les productions locales)
ce repli se manifeste aussi bien dans les pays européen (l'Allemagne et l'Italie sont dans une logique de rapatriement de leurs industries).

toute la Centrafrique connait le rôle de la France dans notre pays. et je pense que c'est à nous de chercher à dépasser cet handicap:
l'Allemagne et le Japon étaient et est toujours sous contrôle des américains, ainsi que de leur alliés(France, Grande Bretagne, Russie...); cela ne les a pas empêché de se développer économiquement
la Chine s'est aussi affranchie de la tutelle de la Grande Bretagne.

le repli en temps de crise permet à beaucoup de grandes puissances de renforcer leur position dans leur précarrés:
je note simplement que américains et anglais qui ont tout fait à l'ONU et en Europe pour empêcher le bon dénouement de la situation chez nous, ont initié l'envoi de 6000 casques Bleus au Soudan du Sud. mais ils veulent quand influer sur une résolution des problèmes chez nous.
si la Grande Bretagne était intervenue au coté de la France, c'était beaucoup plus par désir de vengeance(attentat de Lockerby)
les chinois préfèrent la neutralité, je ne les comprends qu'à moitié, surtout que eux ont beaucoup profité de la période Patassé-Bozizé.

notre problème est complexe à juste titre: j'effectuais un voyage dans la région de Birao en même tant que la mission de désarmement en 2010. tous les acteurs s'en félicitaient(aussi bien la FOMAC que Bozizé ou encore la communauté internationale). et quand j'ai voulu alerté les autorités, on m'a fait comprendre que ce n'est pas grave, mais que de toutes les façons si le gouvernement est destitué par la force les autres sont au courant d'un risque de guerre civile.
alors, je ne suis pas surpris de cette catastrophe qui nous ait tombé dessus. c'est sur que la France de Hollande aurait dû nous assister plutôt, mais elle a été mal conseillée par les agents de l'irresponsable "S" qui espère un faux pas d'Hollande pour revenir au pouvoir un jour, c'est ainsi fait la vie politique en France.

les chants des sirènes que j'entends par ci et par là, nous devront y accorder moins de crédit possible; parce que, je pense que nous ne devrons pas attendre que les autres viennent faire les travaux à notre place.

je suis un peu d'accord avec ton analyse cher compatriote Sorokate, mais j'émets des réserves quand au PM, à sa condition de travail si ingrate. par contre les compagnons de lutte de Patasse qui ont été protégés par le Deby et Kaddafi (qui ont eu des rôles aussi néfastes dans les changements des régimes depuis Bokassa à Bozizé). lors de leurs exfiltration ainsi que celui de leur retour aucun commentaire.

l'élection de Patassé était instrumentalisée comme une victoire du peuple (et c'est vrai parce qu'elle suscitait beaucoup d'espoir... déception).
en réalité c'était pour contrecarrer les plans de Ngoumba(paix à son âme) qui plaisait moins à la France.

c'est sur qu'il en finir avec cette situation ambiguïté que représente la transition mais en même temps ce système de politique politicienne. les élections anticipées sont là pour clarifier la situation.
parce que je pense que seul un gouvernement légitime peut avoir les mains libres pour mener une politique nouvelle avec l'appuis de l'ONU.

le désarmement fait par la France actuellement, j'en attends rien. c'est de la poudre aux yeux. et ce qui me désole encore plus, c'est la confusion du genre: la confiscation des machettes(on prive les jardiniers de leurs outils de travail et on s'étonnera d'ici quatre mois de l'aggravation de la famine)
le véritable désarmement pour moi commencera dans un délai de deux à trois ans





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