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Centrafrique: préparer dès maintenant la réconciliation

Par Joseph Akouissonne - 22/12/2013

"Peuple de Centrafrique, preux descendant des Oubanguiens, si tu ne sais pas où tu vas depuis près d’un demi-siècle, souviens-toi d'où tu viens! "

 

Les raisons d’espérer
Centrafricains, souvenez-vous que vous êtes un peuple résistant. Un peuple qui, pour échapper aux négriers européens et à leurs supplétifs arabes, a réussi à survivre dans les profondeurs hostiles de la forêt équatoriale. Ethnies diverses venues de toutes les frontières de l’Oubangui, vous avez su édifier une seule nation, avec, comme vecteur d’unité, une seule langue: le sango.

Ce rassemblement harmonieux de populations si diverses par leurs origines, leurs croyances, leurs coutumes, a fait de vous un peuple particulièrement tolérant. Mais le temps de la colonisation est venu et, avec lui, le temps de l'esclavage. Votre territoire a été divisé en concessions et cédé à des sociétés coloniales dont les propriétaires régnaient en maîtres bestiaux et impitoyables. Vous avez dû subir la férocité des intendants qui maniaient la chicotte, le fouet en peau de buffle tressée.

 

Mais c'est vous qui avez été les principaux constructeurs du chemin de fer Congo-Océan reliant Brazzaville à Pointe-Noire, au prix macabre de deux Oubanguiens morts par traverse posée. C'est vous qui avez participé, en perdant des milliers de combattants, aux deux guerres mondiales qui ont permis de libérer la France. Et, pourtant, on a tout fait pour vous infantiliser, vous faire passer pour des macaques, incapables de raisonner et de concevoir. Aux yeux des colons, vous étiez un peuple sans culture, alors qu'au contraire, vous étiez riches de plusieurs cultures. Mais on sait que, pour dominer l'autre, il faut d'abord nier sa culture. Malgré toutes les épreuves, vous êtes resté un peuple debout.

Barthelemy Boganda: l’archétype
Premier président de la toute nouvelle République centrafricaine en 1958, Barthélémy Boganda était de religion catholique. Il fut le premier prêtre indigène ordonné de l'ancien Oubangui-Chari. Luttant contre les injustices et l’asservissement des Africains, il fonda le M.E.S.A.N. (Mouvement d’Émancipation de l’Afrique Noire) dont le but était de : nourrir, vêtir, guérir, instruire, loger toute la population. Il a été le père d’une République Centrafricaine «Une, Indivisible et Laïque » Malgré la dureté de la nuit et les poignards sortis de leur fourreau. Malgré les ricanements des hyènes attendant la curée. Il a laissé sur le chemin des signes d’humanité. Ce sont eux qui doivent guider les pas des Centrafricains vers la réconciliation et la démocratie. Malheureusement, au lieu de garder, chevillés au corps, les préceptes du "père fondateur" de la R.C.A., certains ont choisi de plonger leurs concitoyens dans la souffrance. Les abandonnant au bord du chemin, ils ont opté pour des villas luxueuses et des 4x4 climatisés, accaparant à leur seul profit les immenses richesses du pays.

Alors que le Centrafrique est à feu et à sang, que ses habitants se déchirent dans des affrontements dits confessionnels, qui n’auraient jamais dû surgir dans une République où tous les cultes vivaient en harmonie, les prédateurs accourent. Ce sont, pratiquement, les mêmes qu’hier, soutenus comme d’habitude par les forces étrangères qui tirent les fils dans l’ombre. Ils savent nager dans les eaux troubles, remuées par les élites centrafricaines. On apprend que dix candidats au moins postulent déjà aux prochaines élections présidentielles. Mais où est l'urgence ? Faut-il d'abord d'élire un président ? Ou œuvrer, en premier lieu, à la réconciliation du pays ? La sortie de la longue nuit ne se fera qu’avec le peuple centrafricain. Le temps est venu de l'écouter, car il a acquis la maturité politique nécessaire.

Une conférence des citoyens
L’ampleur des massacres qui se sont produits en R.C.A. justifiait l'intervention de la France et des Forces de l’Afrique Centrale. Il fallait, en urgence, apaiser les tensions dites confessionnelles, dans un pays qui, jusque-là, n'en avait jamais souffert. Aujourd'hui, il est nécessaire d’œuvrer à la réconciliation des chrétiens et des musulmans en Centrafrique. Il faut que le pardon et la tolérance en constituent les bases. Il faudra, ensuite, reconstruire. Travailler à la renaissance d’une administration digne de ce nom et respectueuse de l’axiome créé par Barthélémy Baganda : "Unité, Dignité, Travail". Pour rebâtir le pays, c'est vers ses habitants qu'il faudra se tourner. Car le temps est venu de redonner la parole au citoyen centrafricain sur tout le territoire. Pour la relayer, c'est au Chef de village que l'on fera appel. Il verra sa légitimité renforcée.

Car c'est lui le relais essentiel, capable de fluidifier la circulation des idées, de synthétiser les opinions. Le Chef de village, c’est la notion de KODRO (Pays). Etant donné l’étendue du territoire centrafricain, il reste le premier contact, le régulateur. C’est lui qui est le vecteur - ou l'apôtre - des décisions prises au niveau national. Les difficultés de communication en R.C.A. sont telles que ce sera lui qui, dans les villages le plus éloignés des centres de décisions, sera l’initiateur des débats démocratiques et fera remonter les desiderata du peuple. C'est une piste pour concevoir une autre manière de gouverner le Centrafrique. En redonnant espoir à ce peuple spolié. En lui rendant la parole, en l’écoutant. Car la République Centrafricaine appartient à son peuple. Les oligarques qui ont pillé le pays devront rendre des comptes et être exclus de toute élection. Les technocrates, formés avec les deniers des Centrafricains, se mettront au service de la Nation, au lieu d'en devenir les prédateurs comme avant.

Espoir
Le déferlement des armadas étrangères sur le Centrafrique est pénible à voir et à accepter. Mais il est justifié. Au nom d’une solidarité qui remonte aux deux guerres mondiales. Au nom de certaines valeurs communes : la culture, la démocratie, la laïcité. La France ne pouvait demeurer les bras croisés. Un génocide annoncé se préparait en Centrafrique. La solidarité humaniste se devait de surgir pour que l’espoir renaisse sur les décombres funestes des déchirures. Si l’initiative de la France peut inciter d’autres nations à voler au secours de la République Centrafricaine, ce sera salutaire. L’espoir, c’est aussi celui de voir une République Centrafricaine s’appuyant sur son passé vertueux pour retrouver la voie de l’harmonie cultuelle. C’est pourquoi il faut saluer et soutenir le combat pour la réconciliation, engagé par les dignitaires de toutes les religions, à Bangui et ailleurs. Oubliant les bruits de bottes, une Nouvelle République Centrafricaine se prépare, dynamique et, enfin, réconcilié.

 

 
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1 COMMENTAIRES

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RECONCILA QUOI? JAMAIS SANS JUSTICE

Par jeune generation

23/12/2013 18:34

Une reconciliation ne peut venir qu'après la Justice,pour que toutes ces familles peuvent leur deuil. La RECONCILIATION ne se DECRETE PAS. Et face à des gens bouchés religieux de la sorte,c'est juste époussiérer sans brosser à fond. Justice internationale pour la quietude de ce pays et pour la moralisation de la politique. la JUSTICE sera un grand pas pour un pays pour lequel ni les conferences nationales,reconciliation et amnisties n'ont rien résolu ,sinon conduit au pire. il faut que justice se fasse au moins cette fois ci pour repartir sur de bon Pied. PAS DE JUSTICE,PAS DE RECONCILIATION.

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