INTERVIEW  |    

Éloge Enza-Yamissi: «je suis capitaine de la sélection nationale»

Par Sébastien Billard - 16/12/2013

Joueur de foot professionnel, il vit en France mais ne cache pas son inquiétude face aux violences. Son père, notamment, vit toujours à Bangui. Témoignage

 

Ce qu’est en train de vivre la Centrafrique actuellement est dramatique. Déjà fragilisé par des coups d’État incessants, le pays voit désormais sa propre population se diviser et s’entredéchirer. Selon l'ONU, près de 600 personnes ont été tuées et 159.000 déplacées en à peine une semaine. Éloge Enza-Yamissi est centrafricain. Joueur de foot professionnel, capitaine de la sélection centrafricaine, il vit en France mais ne cache pas son inquiétude face à cette situation. Son père, notamment, vit toujours à Bangui. Témoignage.

Un pays qui se disloque
Entre chrétiens et musulmans, la défiance grandit, l’esprit de vengeance gagne chaque jour un peu plus de terrain. Ce n’est pas inquiétant, c’est tout simplement dramatique. Les difficultés du pays ne sont pas nouvelles. D’un coup d’État à un autre, la Centrafrique se disloque toujours un peu plus. Mais les tensions entre les communautés chrétienne et musulmane, elles, sont relativement récentes. J’ai quitté la Centrafrique pour la France à l’âge de 10 ans, mais j’y retourne très régulièrement, ne serait-ce que pour évoluer sous les couleurs de la sélection nationale. Et, dans le quartier où j’ai grandi à Bangui comme au sein de l’équipe de Centrafrique, je n’ai jamais noté d’hostilité particulière entre chrétiens ou musulmans. Tous vivaient en harmonie. L’hostilité actuelle, ce sont les rebelles de Séléka qui en sont les principaux responsables. Ce sont eux qui ont déstabilisé la société et propagé la haine.

 


© panoramic
Éloge Enza-Yamissi: «je suis capitaine de la sélection nationale»
On tue des gens sans raisons
Ma famille proche réside aujourd’hui à mes côtés, en France. Mais mon père vit toujours là-bas. Il est têtu et patriote, alors il refuse de rentrer et d’abandonner son pays. Je suis en contact quasi quotidien avec lui et ce qu’il me raconte fait peur. Récemment, il a été obligé de changer de quartier à Bangui, la capitale, tant la zone où il vivait devenait dangereuse. Il craint pour sa vie. Aujourd’hui en Centrafrique, surtout dans les campagnes, on tue des gens sans raisons. Le plus terrifiant dans cette situation est que personne ne sait qui est qui, en qui il peut vraiment avoir confiance. Il y a de la méfiance entre tout le monde, un esprit de vengeance plus ou moins latent. Il y a beaucoup de confusion et de fébrilité de tous les côtés. Et, comme toujours dans pareille situation, certains en profitent pour voler, piller, violer. Quand on sait que le peuple centrafricain vit déjà depuis tant d’années dans la survie quotidienne, je ne vois pas comment le tableau pourrait être plus sombre.

Je ne parviens pas à joindre mes coéquipiers
Si je parviens à appeler mon père presque tous les jours, cela fait de nombreux mois que je n’ai plus de contacts avec les joueurs de l’équipe nationale qui évoluent dans des clubs centrafricains. Depuis le coup d’État, il leur est de plus en plus difficile d’avoir du crédit pour le téléphone. Car la situation financière d’un joueur de foot, sur place, n’a rien d’enviable. Ils sont à peine payés et travaillent dans des conditions difficiles. Ils sont loin d’être des nantis par rapport au reste de la société. En juin dernier, nous étions avec l’équipe en déplacement au Cameroun. Notre match contre l’Afrique du Sud y avait été délocalisé en raison de l’instabilité et de l’insécurité qui régnaient déjà en Centrafrique. Trois mois après le coup d’État intervenu en mars, les rebelles de la Séléka étaient en train de plonger le pays en plein chaos. Et en toute impunité. Des joueurs de l’équipe qui vivent en Centrafrique étaient alors restés au Cameroun quelques jours. La situation, malheureusement, n’a fait qu’empirer depuis.

L’intervention de la France: un soulagement
L’arrivée des forces françaises est une bonne nouvelle. C’est surtout un soulagement. J’en suis reconnaissant à la France et à ses soldats dont certains ont déjà payés de leur vie cette opération.Peu importe le passé entre les deux pays, et notamment la période de la colonisation. On se doute que la France a des intérêts à défendre. Mais la situation est tellement critique que toute aide est la bienvenue. Et les Centrafricains ont parfaitement conscience que la France est le seul pays prêt et capable d’intervenir pour nous porter secours.Cette présence française doit stopper l’hémorragie. Ce qui manque à ce pays depuis trop d’années, c’est une autorité forte et démocratique. Les coups d’État qui se succèdent ont fragilisé le pays. J’espère que la France va pouvoir insuffler un peu d’autorité dans les rues et ramener le calme.C’est une opération qui va prendre du temps car il y a tout un pays à désarmer et à pacifier. Et, encore une fois, comme me le soulignait mon père, il est très difficile d’identifier à quel "camp" chaque individu appartient.

 

 
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