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Centrafrique: les soldats français au milieu des haines de Bangui

Par Adrien Jaulmes-lefigaro.fr - 10/12/2013

En débutant leur mission de désarmement, les hommes de l'opération «Sangaris» ont dû ouvrir le feu à plusieurs reprises

 

Dans l'avenue Poussière, qui traverse le quartier Combattants, un faubourg populaire de Bangui à côté de l'aéroport M'Poko, une unité française patrouille à pied. Une petite foule est sortie pour acclamer les soldats qui avancent de part et d'autre de l'avenue. Les gens sont soulagés. Ce lundi matin, entre en vigueur la première mesure censée permettre le retour à l'ordre dans Bangui: le désarmement des milices de l'ex-Séléka. Craints et haïs par la majorité des habitants, leurs soldats qui ont terrorisé Bangui pendant ces derniers jours sont rentrés dans les casernes de la ville, camp de Roux, camp Béal et camp Kassaï. Ils ne sont plus visibles dans les rues.

 


© lefigaro.fr
Contrôle d'un ex-officier des séléka hier lundi à Bangui, par les troupes françaises
À leur place, les unités françaises de l'opération «Sangaris» et les contingents africains de la Fomac, dont la mission est de désarmer tous ceux qui seront interceptés avec une arme dans la ville. Malgré les badauds, les troupes françaises sont aux aguets. Les soldats échangent des coups de feu avec des individus armés. Le sol est jonché d'étuis de cartouches. Postés devant la boutique La Princesse, les paras français mettent soudain en joue une camionnette des gardes-chasses centrafricains, qui émerge d'une ruelle. «Arrêtez-vous!», crient les paras. Les occupants sortent de la voiture, en civil. «Laissez-nous passer!», hurle aux Français un homme à lunettes noires. «Vous nous avez pris nos armes, et ensuite les gens du quartier sont venus avec les Anti-Balaka et ont tué mon père!» Les badauds les insultent. «Salauds! Séléka!»

Une kalachnikov est trouvée dans la cabine de la camionnette. «J'ai un permis des Eaux et Forêts, nous avons le droit de porter une arme!», crie l'homme aux lunettes noires. Les militaires français sont inflexibles: «Vous ne pouvez pas circuler avec une arme! Cessez de discuter!», hurle un sergent. Un para s'empare de la kalachnikov, et vide le chargeur dans la poussière. La foule pousse des cris de joie et applaudit. «Si vous nous désarmez, vous devez nous protéger! Ceux-là veulent nous tuer!», dit l'homme, avant de remonter dans la camionnette qui démarre à fond sous les sifflets et les lazzi.

Dans la ruelle, le portail vert d'une mosquée est grand ouvert. C'était la base locale de l'ex-Séléka. «Ce matin, une patrouille française est venue pour prendre leurs armes», explique Kossi Aimé-Césaire, un habitant du quartier. «On est sortis pour les applaudir. D'autres Séléka sont arrivés et nous ont tiré dessus. On est partis en débandade.» Les voisins musulmans ont une version un peu différente des événements. «Dès que les Français sont partis avec les armes, les gens du quartier ont commencé à lapider les Séléka», dit Chérif. «Si on nous prend les armes des mains, il faut nous protéger, sinon on est voués à la mort!»

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De l'autre côté de l'avenue, un peu plus tard, la foule prend d'assaut les boutiques de commerçants musulmans et les met à sac. Les propriétaires leur donnent la chasse avec des machettes. Les Français sont déjà loin. Les forces africaines de la Fomac aussi. Un peu plus loin au rond-point du VIIIe arrondissement, des forces spéciales françaises ont intercepté une autre camionnette. Les occupants sont une dizaine. Ils sont à genoux sur la chaussée, les mains attachées derrière le dos. Les commandos français les tiennent en joue. «On les a repérés ce matin, on a échangé des tirs avec eux», dit un sous-officier français. Un autre fouille les prisonniers, et jette sur la route leurs possessions, cartes, portefeuilles, grigris en cuir que portent tous les combattants de l'ex-Séléka, et téléphones portables. La foule ici aussi applaudit. «Bravo! Félicitations!»

Les premières nouvelles de ces incidents mettent les soldats de l'ex-Séléka hors d'eux. Au camp Béal, où 2017 soldats ont été cantonnés, c'est la colère. «La France nous désarme et nous livre à nos assassins! Nous sommes dans les casernes et on en profite pour tuer nos familles. Vous voulez faire un nouveau Rwanda? On va se défendre!»

À peine entamée, la mission des troupes françaises ressemble à un guêpier dont il va être difficile de s'extraire. Dépouillée de son habillage diplomatique et onusien, l'opération «Sangaris» revient pour la France à prendre la responsabilité du maintien de l'ordre et de la sécurité dans une ville déchirée par la peur et la haine confessionnelle. Le volet militaire est en sous-effectifs. La France et la Fomac n'ont que quelques milliers d'hommes à déployer dans une ville d'un million d'habitants. Les seules unités capables de maintenir l'ordre à Bangui sont celles de la Séléka: mais leurs méthodes sont brutales, et en moins d'un an leur ont valu la haine de la population non musulmane. Surtout, ce sont celles que l'on est censé désarmer. Or ce désarmement par la France est applaudi par la population de Bangui, mais est aussi perçu comme le signal de la vengeance contre la minorité musulmane qui leur est associée. Les musulmans ont, quant à eux, l'impression d'être délibérément désarmés par la France pour être livrés à leurs ennemis.

Si on nous prend les armes des mains, il faut nous protéger, sinon on est voués à la mort&#8202;!
Un habitant musulman
 
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1 COMMENTAIRES

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LA MORT

Par JULES

10/12/2013 22:49

C'est con mais ces connards de séléka connaissent la mort et ont peur de mourir!
On ne peut tuer des dizaines d'innocents et espérer vivre paisiblement. Vous payerez d'une manière ou d'une autre devant la justice des Hommes et celle de Dieu. Ce n'est pas la vengeance mais il faut qu'il y ait justice.

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