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La raison a foutu le camp de mon pays

Par Alain Lamessi - 09/12/2013

L’humanité a déserté le cœur de certains de ses fils. La civilisation a pris ses jambes au cou.

 

La raison a foutu le camp de mon pays.
La tradition de la solidarité africaine chère à nos anciens dans les villages est à jamais évanouie. Le respect de la vie humaine a disparu. La folie s’est érigée en maîtresse absolue. La sauvagerie brille de tous ses éclats. Les viles et bestiales passions ont pris le dessus. On dirait la horde de l’enfer en action. Pendant que les autres peuples s’organisent pour aller faire du tourisme sur la très lointaine planète mars, nous sommes encore à nous découper à la machette comme à l’âge de bronze.

Qui a dit que l’intelligence, c’est ce qui fait la différence entre l’homme et l’animal ? J’ai beau la chercher, je ne la retrouve nulle part dans mon pays. Sommes-nous devenus des animaux ? Pourtant les animaux ne tuent jamais les individus de leur propre espèce. Les animaux tuent les individus d’autres espèces pour se nourrir, pour survivre. L’éthologie nous apprend que dans une bataille de chiens, lorsque l’un des deux est vaincu, celui-ci adopte une attitude de soumission en baissant les oreilles et en mettant la queue entre les deux pattes postérieures. Voyant cela, le vainqueur ne touche plus le vaincu et il s’en va. La bataille est finie. Définitivement finie.

 


© journaldebangui.com
Alain Lamessi
La raison a foutu le camp de mon pays.
Des êtres humains ivres de haine, de rancune et de vengeance en sont venus à éventrer des femmes enceintes. Comme si cela n’était pas suffisant, ils ont fièrement égorgé des enfants innocents, comme on égorge des poulets. Ils ont coupé les bras et les doigts de ces « pauvres anges », créatures de Dieu. Et l’horreur le disputant à l’horreur, ils ont froidement abattu des hommes, des femmes et des enfants sans arme, nus comme des verres de terre, réfugiés dans un lieu saint comme la mosquée. D’autres encore ont uriné et déféqué dans les églises, le Corps de Jésus-Christ. Quel sacrilège ! Guidés par la folie meurtrière, ces mangeurs de chair humaine et buveurs de sang ont poursuivi leurs gibiers et assassiné des personnes sans défense dans le lieu, symbole de souffrance et de faiblesse humaines, qu’est l’hôpital.

La raison a foutu le camp de mon pays.
Ô barbarie, quand tu tiens un homme dans ta main puissance, plus rien au monde ne le retient. Ils ont brûlé des villages entiers, détruit toutes les archives, pillé tous les biens qu’ils ont découverts au grand jour et détruit ce qui a de la valeur. Ils ont violé mères, grand-mères, filles, petites filles, tantes, cousines, nièces, toutes les femmes. Ils les ont violées devant des maris impuissants. Comble d’humiliation ! Ils les ont violées devant des enfants martyrs qui ne doivent pas voir la nudité de leur mère. Comble de malédiction!

La raison a foutu le camp de mon pays.
Les héros de notre cauchemar, essoufflés de leurs forfaits, enivrés de leurs crimes et fiers de leurs goujateries, pavanent crânement dans des places publiques, bombant la poitrine et bandant les muscles tels des matadors dans les films d’horreur. En prime nous devons nous en accommoder et pire applaudir ces tigres en papiers ou autres macistes en carton.

C’est vrai, la raison a foutu le camp de mon pays depuis belle lurette. Que dire de ces jeunes et moins jeunes qui applaudissent à tout rompre et encouragent à gorge déployée le carnage dont est victime leur propre peuple, la barbarie qui s’abat avec férocité sur leurs propres frères et sœurs ? Lorsqu’un aveugle ose conduire un véhicule, la mort devient inévitable au bout de chemin. Alors ne soyons plus étonnés que nous sommes aujourd’hui tombés bien plus bas que le fond du trou qu’ils ont eux-mêmes creusé avec leurs dents rougis par notre sang. Ils veulent le pouvoir qu’ils ont déjà exercé pendant dix ans, sans laisser le moindre héritage à la postérité. Ils veulent garder le pouvoir qu’ils exercent aujourd’hui en devenant la honte universelle à cause de leur perversité intrinsèque. Refusons catégoriquement de prendre part à ce jeu macabre de poker-menteur : Ni Séléka, ni Antibalaka. Entre la peste et le choléra, aucun choix n’est possible.

Ils proclament l’Islam de la bouche et déclarent du bout des lèvres qu’ils sont des chrétiens. Est-ce bien de l’Islam fondé par le Prophète Mohammed (Paix soit avec Lui !) qui prône la tolérance dont ils parlent ? Ou est-ce du Christianisme de Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, né de la vierge Marie, mort et ressuscité le troisième jour, assis à la droite de Dieu le Père et qui reviendra à la fin des temps pour juger les vivants et les morts qui prêche l’Amour et le Pardon ? Ces anges de la mort puent le mensonge. Ils n’ont jamais rien compris ni au message du Prophète, ni à l’évangile du Christ. Leur haleine, à terrasser un éléphant, pue la haine et la vengeance. Il se dégage d’eux cette forte odeur de putréfaction qui leur colle à la peau et leur sort des narines. Sur leur âme damnée se voit à l’œil nu la tâche indélébile du sang des innocents que même toute l’eau du fleuve Oubangui ne saurait nettoyer. Leurs actes crient plus que leurs paroles et trahissent à jamais leur véritable nature d’agents du diable. Ils sont les bras armés de leur maître Satan. Leur place est déjà réservée en enfer où ils pourront cramer, comme ils veulent, dans l’étang de feu jusqu’à la fin des temps.

Ô Dieu, Tu as dit dans ta Sainte Parole d’aimer nos ennemis et de bénir ceux qui nous maltraitent. C’est bien là une injonction difficile à réaliser sur le plan humain. Comme c’est ta volonté, nous voulons l’accomplir sans discuter. Mais remplis-nous de ton Esprit-saint pour supporter l’insupportable ! Nous te demandons une faveur. Oui une seule faveur. Accorde-nous la sagesse et le discernement pour ne pas être complices de tous ces agents du diable qui se déguisent aujourd’hui en anges de lumière. Donne-nous le courage et la force d’être toujours du côté du peuple centrafricain opprimé, brimé, martyrisé, assassiné qui souffre dans son âme et dans sa chair, quelle que soit son ethnie, sa région et sa religion. Donne-nous d’être la voix de ceux qui souffrent en silence parce qu’ils n’ont même plus la force de pleurer. Donne-nous surtout de nous aimer les uns, les autres.
Que Dieu bénisse la République centrafricaine.

 

 
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2 COMMENTAIRES

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A mon compatriote Alain Lamessi

Par Niki

09/12/2013 14:50

L’analyse me parait extrêmement légère. C’est on ne peut plus insuffisant. Que cela soit à ce point insuffisant démontre plus qu’une faiblesse, surtout de la part de Mr Lamessi dont les écrits jusque-là m'ont toujours séduit. Mr Lamessi est tombé grassouillettement dans le piège des politiciens qui ont donné l'occasion aux journalistes occidentaux d’étiqueter la conflit centrafricain de conflit inter-religieux. Cet amalgame est un raccourci dangereux qu'il faut que les centrafricains éclairés et avertis comme Lamessi puissent éclairer. On associe avec légèreté le phénomène des groupes d'auto-défense et les anti-balaka et milices à l'obédience chrétienne, ce qui n'est pas une vérité prouvée. Les centrafricains comme Lamessi doivent faire connaître le contexte social et historique d'apparition de ces différents groupes. Tous, nous savons que ces groupes sont nés à une certaine époque donnée en réponse aux problèmes d'insécurité dans les villages abandonnés par l'Etat et le phénomène des coupeurs de route communément appelés "zaraguina" qui ont toujours écumé nos villages et nos routes en province, dépouillant les passagers et usagers de nos chemins. Et leur engagement consistait à défendre leurs biens et leurs villages et à faire douter les malfaiteurs invétérés de toute tentative d'attaques contre leurs intérêts. Ainsi donc, le groupe anti-balaka a été ressuscité politiquement au début des campagnes meurtrières de la Seleka quand elle a commencé sa marche sur Bangui depuis le nord. Et c'est l'activiste du KNK très connu, Mr Levy Yakété qui en était publiquement le responsable au niveau de Bangui. Il n'a fait que s'inspirer de la philosophie des groupes d'auto-defense anti-balaka (anti-dote, anti-poison) pour organiser les milices pro-KNK contre les seleka. Et jusque-là, remarquez qu'il n'y avait aucun lien, ni aucune allusion au christianisme dont il est malheureusement question aujourd'hui. Mais le glissement a été rapidement fait, tout simplement parce que la rébellion de Djotodia était composée majoritairement de musulmans et le KNK a instrumentalisé ce côté par supercherie pour faire attirer la sympathie de la population en général à sa cause. Alors, c'est ce qu'il faut faire comprendre aux occidentaux aujourd'hui au lieu de laisser s'enraciner cet amalgame au niveau de l'opinion internationale. Alors, s'il vous plaît, si aujourd'hui il y a une mobilisation générale de la population non musulmane contre la seleka, si aujourd'hui malheureusement s'est inscrite au fond du cœur des centrafricains une haine viscérale contre tous ceux qui représentent l'islam, ce n'est pas parce qu'ils sont chrétiens, mais parce qu'ils défendent leur honneur en tant que humains, ne pouvant pas accepter d'être la cible des exactions au seul motif qu'ils n'ont pas eu la chance d'être musulmans. Donc, les milices pompeusement baptisées "chrétiennes" ne sont pas du tout chrétiennes et n'agissent pas au nom d'un quelconque intérêt religieux et aucun responsable religieux, que ce soit l'église catholique, que ce soit l'église protestante, ne peut cautionner un tel programme. Alors, il faut lever toute équivoque, poser la bonne analyse, et donner la lumière nécessaire pour comprendre le drame qui se noue en Centrafrique puis éviter les amalgames qui empêchent de connaître la réalité et la vérité. Toutefois, nous dénonçons comme vous, la perte de la raison qui va jusqu'à la bestialité comme on le voit depuis les tentatives de sursaut ces derniers temps de la part des milices KNK. La vérité vaut d'être présentée, il n'y a donc pas en Centrafrique des "milices chrétiennes", mais des milices politiques et des gens qui veulent se venger.
Amitié.

De l'émotion à la raison

Par hipopotamus

09/12/2013 16:15

Oui au compatriote Lamessi d'hurler sa peine,nos
peines, la détresse de la "Coquette" et du pays tout entier;l'Homme est confronté à la cruelle réalité où celui-ci est un loup pour lui-même,il invoque l'esprit des anciens pour le soulager,du moins l'aider à supporter sa souffrance...
En revanche,Oui au compatriote Niki,de sécher nos larmes et d'envisager l'avenir en froide raison afin de mieux saisir les éléments du mal qui nous rongent depuis l'avènement de Bozeze.Dès lors, la clarification des expressions "Anti-balaka",KNK et Séléka vient à point pour lever la brume de saison sèche qui embrouille nos yeux et notre esprit ,idéologiquement bien entretenue par ailleurs.
Plus jamais ça!!! Zo kwe zo.

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