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Exil: Mort de 92 migrants dans le désert nigérien

Par Maurice Nguepe - 04/11/2013

Les solutions de la Jeunesse africaine au président Mahamadou Issoufou

 

Monsieur le président de la République,

À la suite de la terrible tragédie qui a coûté la vie à 92 migrants Nigériens dans le désert, la Jeunesse africaine, profondément attristée, vient auprès de votre bienveillance proposer des pistes de solutions afin que cela ne se reproduise plus jamais, et ce, en sollicitant la création, au sein de votre gouvernement, d’un ministère de la sécurité civile.

En effet, ce sont au total 113 jeunes Nigériens qui, fuyant la misère, ont quitté le sud du pays en direction du nord dans le but de rejoindre l’Algérie d’où ils espéraient affronter la Méditerranée pour atteindre l’Europe. Nous n’en sommes pas à la première, mais à la énième tragédie qui se joue presque chaque jour dans le pays, et ce, depuis des années. Mais la particularité de ce drame réside dans le fait qu’à la suite de la panne survenue sur les deux camions qui les transportaient, les 113 jeunes ont entamé une longue marche à travers les plaines et les montagnes de sable brûlant et, rendus au bout d’une souffrance sans nom, ont dû se disperser en petits groupes pour donner la chance aux plus chanceux de trouver des points d’eau. Malheureusement, 52 enfants, 33 jeunes femmes et 7 hommes ont trouvé la mort par déshydratation et leurs corps, complètement asséchés par le soleil, ont été retrouvés, selon le principe de leur dispersion, à 20 km à la ronde.

 


© © makea-world.com
Maurice NGUEPE, Secrétaire Général de l'OJA
Monsieur le président de la République,
Le plus choquant dans ce drame, ce n’est plus seulement le nombre de morts tant du côté des enfants que des femmes, mais aussi et surtout le temps écoulé entre le moment de la panne de leurs camions (fin septembre 2013) et celui de la découverte des cadavres (fin octobre 2013), soit un mois. Plus que le drame lui-même, c’est le manque de structures de surveillance, de contrôle, de protection et de sécurisation de nos populations qui inquiète et étonne; c’est notre lenteur, notre incapacité à anticiper, à prévoir et à réagir promptement face aux catastrophes et aux fléaux qui font désormais de l’Afrique un continent en retard.

Face à ce drame, nous, jeunes Africains, lançons un appel à votre Excellence et à votre gouvernement afin que vous ne restiez pas indifférents, au risque de donner le signal fort d’une mauvaise gouvernance. Nous vous exhortons donc à prendre vos responsabilités devant l’histoire, non pas seulement en organisant un deuil national, mais en créant dans les faits un ministère de la sécurité civile qui aura pour mission d’élaborer les stratégies de prévention des fléaux et des catastrophes, de gérer celles-ci et leurs risques, de reconstruire les zones sinistrées, de prendre en charge les victimes et de faire le suivi auprès d’eux. Cette mission de prévention n’a pas une vocation bureaucratique. Elle impliquera les enfants, les jeunes et tous les citoyens en les soumettant régulièrement à des exercices de simulation en situation de catastrophes (naturelles, industrielles, etc.) et de fléaux (famine, sécheresse, épidémies, etc.) pour les préparer à mieux les affronter.

Pour réaliser cette mission de création des structures et des institutions, la signature des contrats d’exploitation des richesses du pays doit être assortie des clauses de protection des personnes, des biens et de l’environnement, et des redevances doivent être prélevées aux exploitants à cet effet. Cette tragédie doit donc marquer le tournant dans l’histoire de l’exploitation des richesses du Niger. Elle représente l’argument de poids dans la future législation que nous vous encourageons à adopter pour limiter l’omnipotence des multinationales et restituer aux Nigériens leurs richesses. Les redevances, majorées au standard international, permettront alors d’acheter les cars, les ambulances, les hélicoptères de surveillance et de former/recruter le personnel de la sécurité civile dans les domaines aussi divers que la santé, l’éducation, la géographie, la police, la psychologie, l’ingénierie, etc.

Monsieur le président de la République,
Tant que nous n’aurons pas mis sur pied ces structures fortes, comme le conseillait d’ailleurs le président Barack Obama, nous n’aurons pas rendu hommage à ces victimes, et nous n’aurons pas commencé à gouverner véritablement. Gouverner, c’est sauver et protéger la vie des citoyens; c’est s’assurer que s’ils travaillent dans les mines d’uranium par exemple, que les conditions et les équipements de travail soient tels qu’ils ne s’y feront plus irradier, comme il ressort d’ailleurs de plusieurs rapports d’experts ayant enquêté auprès des multinationales présentes au Niger. Gouverner, c’est aussi s’assurer que les citoyens soient rémunérés à leur juste valeur; c’est créer des conditions de justice sociale et garantir leur bien-être matériel et intellectuel.

Du fait qu’il est le deuxième producteur mondial de l’uranium, juste derrière le Canada, nul ne peut imaginer que le Niger n’ait pas les moyens de cette politique. Et il peut en créer davantage du fait qu’on y compte aussi le gaz, le pétrole, l’or et la bauxite. Il est donc inacceptable que les enfants de ce pays meurent de soif et de faim comme on l’a vu par le passé et comme on le voit encore aujourd’hui; il est inconcevable qu’ils soient sous scolarisés, vivent pauvres, sans assurance sociale et médicale, et soient obligés de fuir leur pays au point de mourir dans leur désert.

Et à propos du désert, grâce aux revenus du pétrole, l’Arabie Saoudite a transformé le sien en un espace plus que vivable pendant que les Émirats Arabes Unis faisaient du leur un véritable paradis. Le Niger peut transformer le sien en un espace vert à travers une politique de reboisement stratégique. Copions le bon exemple, Monsieur le président, pour bâtir un Niger prospère où aucun enfant et aucun jeune Nigérien ne se sentira plus abandonné.

La Jeunesse africaine compte sur votre sens de l’humanisme, sur votre patriotisme et sur votre vision du développement pour mettre sur pied des structures fiables et nombreuses qui garantiront aux jeunes Nigériens un avenir meilleur et mettront fin à leur fuite.

Pour l’Organisation Jeunesse Africaine
Maurice NGUEPE
Le Secrétaire Général

 

 
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