INTERVIEW  |    

Ilhame Taoufiqi: « En décembre, il sera trop tard »

Par Frantz Vaillant/ Tv5 - 28/10/2013

Ilhame Taoufiqi, reporter à TV5Monde, revient d'une mission à Yaloké et Gaga, village minier situé à quelque 200 kilomètres au nord-ouest de Bangui, la capitale

 


En Centrafrique, on ne parle plus de crise mais de chaos. Depuis le 24 mars, jour du renversement du président Bozizé par les rebelles de la Séléka, le pays est la proie de chefs de bandes et de mercenaires. Viols, pillages, exécutions sommaires continuent de terroriser les populations civiles. Le secrétaire général des Nations Unies à proposer l'envoi prochain de 560 militaires dans le pays. En attendant, sur place, rien n'est fait pour stopper les massacres. Dans Le journal de Bangui un journaliste écrit : « La Centrafrique est officiellement une déchetterie, une ruine de guerre… » Il y a vraiment un tel chaos ? Déchetterie ?
Le mot est un peu violent pour les gens qui y habitent. Sur place, on a le sentiment que c’est le chaos mais il y a aussi des gens qui trouvent leur place, leur intérêt… En revanche, les populations civiles sont dans une précarité totale… L’ONU estime que près de 10% de la population est actuellement déplacée. Et cette population, fragile, est victime de pillards, de bandes armées, de violeurs...

La grosse difficulté de la Centrafrique, et notamment pour les organisations humanitaires, c’est d’atteindre ces population de déplacées. Il y a 35000 personnes qui sont réfugiées à Bossangoa, au pied de l’évêché et près de 300 000 qui sont complètement dispersées dans le pays et cachées dans la brousse, dans des espaces proches de leur village. Ils ont fui et vivent comme des bêtes traquées. Pendant notre tournage, l’un des pneus de notre voiture a crevé sur la route de Bossangoa. Nous avons vu quelqu’un, tout à coup, sortir de la brousse avec une machette. On pensait qu’il s’agissait d’un anti-Balaka, ces miliciens d’autodéfense. En fait, c’était juste un paysan qui faisait le guetteur. Il avait entendu des véhicules passés. Pour ces gens-là, dès qu’ils entendent un véhicule, il ne peut s’agir que d’un milicien de la Séléka qui va les tirer comme des lapins. Nous lui avons parlé, nous l’avons rassuré, et nous l’avons suivi dans la brousse. Et petit à petit, au fur mesure de ses rencontres en chemin, il rassurait les gens : « Ce ne sont pas des ennemis, ce sont des journalistes ! » et alors nous avons vu apparaitre une quarantaine de personnes, la moitié était des enfants. Tous terrorisés, apeurés, affaiblis. Au-delà des conditions sanitaires, c’est la peur qui les consume.

 


© dailymotion.com
Attendent-ils quelque chose de la communauté internationale ?
Tous attendent que la Séléka soit désarmée. Officiellement, cette rébellion a été dissoute, et cela est vrai à Bangui mais pas pour celles et ceux qui vivent en dehors de la capitale. Cela reste une horde de pillards qui ne répond à aucun commandement, à part, sur place, leur commandant de zone. La majorité de ces pillards ne sont pas centrafricains. A 80%, ils sont soudanais et tchadiens. Ils vivent de rapines, sur le dos de la bête. Ils ne s’attaquent pas aux femmes et aux enfants en premier lieu. La Séléka s’attaque d’abord aux hommes parce que ce sont eux qui grossiront les rangs des anti-Balakas. Les femmes peuvent circuler, même si elles sont harcelées. Il y a beaucoup de cas de viols, mais elles peuvent aller aux champs. Les hommes, eux, ne peuvent pas sortir de leur cachette. Ils sont immédiatement abattus. Parce que ceux qui sortent de la brousse sont considérés comme des anti-Balakas et donc ennemis de la Séléka.

S’agit-il de musulmans contre chrétiens comme on le dit souvent ?
Nous, journalistes, avons une responsabilité, qui est de ne pas rentrer dans cette espèce de dichotomie parce que notre travail peut influencer les choses. Reste que quand la Séléka est arrivée à Bangui, c’était les missions catholiques et les quartiers chrétiens qui étaient pillés. Mais ils l’étaient, je crois, pour des raisons économiques. La Séléka est en grande majorité composée de musulmans. Ils ne vont pas forcement piller leurs coreligionnaires. Dans les mosquées, il y a des tapis et le Coran. Dans les missions catholiques, il y a plus de biens, de matériel. C’est une vraie réalité. S’il n’y avait eu que des musulmans en Centrafrique, les rebelles de la Séléka s’en seraient pris aux musulmans aussi. Ce sont des gens qui ont combattu au Darfour, ils sont musulmans et ils ne se sont pas fait de cadeaux…

Musulmans et chrétiens en Centrafrique ont toujours vécu en bonne intelligence mais une fracture s’est faite. Désormais, tous les musulmans sont apparentés à des collabos, à des soutiens de la Séléka, qui est considérée comme une force d’occupation et de l’autre coté, ces anti-Balakas se sont constitués en milice d’autodéfense, aujourd’hui ce sont des maquisards. Nous sommes dans cette rhétorique-là : des résistants, des forces d’occupation. Ils s’en prennent aux musulmans qu’ils considèrent comme des collabos. Les Sélékas s’en prennent aux chrétiens. Et on en arrive à une guerre confessionnelle mais non pour des motifs religieux, des raisons de foi mais plutôt pour des motifs politiques.

400 soldats français sont présents en Centrafrique. Que font-ils concrètement sur place ?
Les forces françaises sécurisent l’aéroport de Bangui et elles sécurisent les expatriés français et bi-nationnaux. C’est tout.

Au-delà des ballets diplomatiques, on a le sentiment que les actions pour venir en aide à ces populations tardent à se manifester. Il y a encore de l’espoir parmi les personnes qui sont victimes de ces raids, de ces viols, de toute cette violence ?
C’est terrible à dire : il n’y en a plus aucun. Avec d’autres confrères de RFI et du Monde qui sont sur place, nous avons fait le même constat : aucune once d’espoir ne se dégage de cette situation. D’autant plus que si les casques bleus interviennent, ce ne sera pas avant décembre et alors il sera trop tard. Les gens seront morts de maladie ou de s’être entretués… On ne peut pas attendre décembre, c’est beaucoup trop tard ! On a l’impression que la Centrafrique est la grande oubliée.

A Bossangoa, dans cette ville dont tout le monde parle, où tous les rescapés se réfugient au pied de l’église, dans la vermine, dans la fange, dans la peur et la haine, il y a MSF (Médecins sans frontières, ndlr), l’Unicef. Je me suis entretenue avec la coordinatrice de l’Unicef qui est allée en Somalie, au Darfour, aux Balkans, au Kosovo… Elle m’a dit qu’elle n’avait jamais vu une telle situation.

 

 
MOTS CLES :  Ilhame   Taoufiqi   Centrafrique   Tv5 

13 COMMENTAIRES

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La vérité ne peut être indefiniment étouffée,elle sortia pleinement et justice devra être faite

Par Pascalklm

28/10/2013 16:05

Vous avez dit tout ce que presque les centrafricains savent que leurs proches et que les politicens pourris,Djotodia en tete le cachent.Ils font comme si on vit en centrafrique dans le meilleur du monde,le chef de transition se balade à travers l'Afrique comme s'il conduit une transition dans un pays normal. Comme j'ai lu quelque part,ils font comme si,tous politiciens confondues ,que centrafrique c'est bangui. Regardez celui que les centrafricains surnomme Guérékatar,il s'est un peu baladé à bangui fait beaucoup de bruits,critique pour etre reçu,voie tracée par doumba et reçu par djotodia,ok pour lui,ça s'améliore,mais en même temps sous ses yeux alors qu'il était à bangui ,Séléka continue de kidnapper pour le camp de roux de djotodia,continue de racketter ,de voler ,de menacer dans Bangui. Est il allé vers les peuples pour receuillir leurs témoignages? Son collistier Doléguélé surnommé lui par les banguissois(l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt)pareil. Ce qui les attirent ce sont les gens du pouvoir. Normalement,ce sont eux qui devraient faire l'article de cette jeune et courageuse dame. Guérékatar nous sort un communiqué de parti faisant sa propre éloge,doleguélé nous parle de parti politique et vous peuple où êtes vous pour ces faux qui s'agitent faussement en votre nom? Que voulez vous,il n'y a personne,la france doit arrêter de nous traficoter les élections et de nous laisser choisir,que l'homme qui sort des élections soit celui que la voix du peuple a choisi et s'il ne remplit pas sa mission dans 5 ans les centrafricains eux memes choisiront son successeur jusqu'à ce qu'ils comprennent.Mais venir promettre le pouvoir à ces farfelus qui s'y croient déjà,narguant le peuple ou se croyant indispensable et demain ces choisis par la france seront critiqués par lui quand ça ne lui convient pas.ziguélé,tiangaye,doléguélé,vous aviez quoi comme bases au lycée pour etre aussi nuls et de continuer à penser en plein 21èsiecle que ce sont les politiciens français selon leur connexion de magouille,tel ou tel con doit gouverner? Déby sanguinaire que vous voyez,ce sont les politiciens français qui l'ont élu et pas le peuple tchadien. On vous fait le discours hypocrite de souhait démocratique en afrique,c'est faux. Votre malheur et chemin tracé,vous savez d'où ils trouvent leur origine. Le peuple veut élire par lui même et assumer son mauvais choix,pour exiger un autre meilleur, mais tout le temps nous imposer des potiches dont le premier but est de vite voler car sachant que le parrain peut se retourner contre eux à tout moment. Alors quand est ce que ce peuple profitera enfin de son pays?Les militaires français sont en centrafrique,ils peuvent et savent l'opinion centrafricaine,ce que nous pensons de ces zouaves qui fuit la guerre ou crée des partis sachant parfaitement qu'ils ne sont pas en odeur de sainteté avec le peuple et qu'ils ne pourront jamais gagner quoi que ce soit mais croient dur comme fer à l'anarque électorale promise par la france pour vous voler votre choix,comme ils se le murmure. Ils ont crée le Far,on nous les impose,on va leur montrer de quel bois on se chauffe.Mettez vous y pour le lendemain des élections. la tricherie se prépare déjà entre les deux larrons frères et contre le peuple. Doumba encore lui,le conseil constitutionnel des magouilles. Organisons nous déjà pour que personne ne peut abuser de notre voix.On nous présente toujours comme un pays des plus pauvres,alors pourquoi on empêche à ce pays pauvre d'exploiter ou d'entreprendre des choses de façon unilatérale qui améliorerait ses conditions?

Nous réclamons la justice .

Par SOROKATE

28/10/2013 17:14

Tous ces faits sont connus de tous, c'est pourquoi nous attendons que la fystice soit rendue au peuple Centrafricain et que des explications relatives à ce coup d'état soit données à la nation centrafricaine. On n'y comprend plus rien comme motivation de la seleka au gouvernement.

toute la seleka et les chefs de guerre recherchés par la CPI ne doivent rester impunis.
SOROKATE Alaisa Domzan bene

l,enfer de nos compatriotes dans l,ouham

Par famoundjou

28/10/2013 22:14

pour les compatriotes qui n,ont pas vues les images apocalyptiques du reportage sur la chaine tv5,de l,horreur,des hommes arabes tchadiens et soudanais pour la plus part on debarquer dans un village nomme GAGA,ils ont tuer nos compatriotes en masse et jetes les corps dans des fosses,leur mains derriere le dos.des corps rester sans que quelqu,un ne puisse les enterres dans la dignite,l,horreur a atteind son degre de paroxisme.je me demande si le regime islamo-fasciste de monsieur ndotodia et ses acolytes centrafricains regardent ces images macabres?


les mercenaires tchadiens repondaient au journaliste sans remord,nous n,avons rien a cacher aller voir dans les forets ou poser la question qa notre general,les cadavres jonchaient dans les environnements,des femmes centrafricaines en larme temoins pointaient tous les selekas qi,ils sont responsables de cette boucheries.monsieur les politiciens a quand la fin de l,horreur du peuple?un seleka en arme centrafricain disait,j,ai pitie car les femmes et les enfants sont dans les forets en train de souffrir.voila chers monsieurs les politiciens centrafricains ce que vous faite subir a votre propre peuple.voila chers compatriotes le quotidien de nos freres en province,pendant ce temps a bangui,on ne parle que des elections prochaines,ainsi va la vie en rca.

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