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Centrafrique: De bougeons et de fleurs fanées

Par Francis Macaire Yabendji-Yoga - 27/10/2013

Depuis bientôt un an le pays est aux arrêts. En deux mois de la fin 2013, la situation va-t-elle enfin se dénouer?

 

« La situation n’a que trop duré ! » Derrière la boutade du participant à l’émission appels sur actualité de RFI portée sur l’appréciation de la décision de la France d’envoyer en RCA – en supplément – un renfort militaire pour appuyer, entre autres, la Mission Internationale de Sécurité en Centrafrique (MISCA), des évidences admises d’un bout à l’autre de l’échiquier social centrafricain exaspéré par le chaos humanitaire : désarmer l’ex-rébellion Seleka de gré ou de force et passer aux choses sérieuses. Chamboulement institutionnel, déliquescence en matière du respect des droits de l’homme de « l’armée » de Michel Djotodia, manque d’attention de la communauté internationale un temps passé, humiliation de tout un peuple par une série d’épreuves endurées, déception et défaillance des élites dites « politiques », vulnérabilité à la famine et maladie réunies et surtout par l’absence de force de défense régulière ne désemparaient pas seulement le centrafricain mais reste que les raisons d’espérer retrouver une vie normale sont très nombreuses. Près de 8 mois plus tard l’ordre constitutionnel reste un vœu pieux. Force est de se demander à quoi peut-on s’attendre, à la fin des deux mois restants, en matière politique, militaire et économique ?

 


© journaldebangui.com
Francis Macaire Yabendji-Yoga, Congo-Brazzaville
CONFORTER L’OPINION CENTRAFRICAINE
Depuis l’assemblée générale des nations unies en octobre 2013, il y’a eu quelques avancées qui peuvent faire commode surtout par leurs natures majeures et légitimes tel le déplacement à Bangui du MAE français, Laurent Fabius accompagnée de Kristalina Georgiev, commissaire européenne chargée des questions humanitaires. Le mouvement du 13 octobre dernier vers Bangui n’a été qu’une étape de plus dans la résolution de cette crise endémique que vit ce pays continental. Cette distinction diplomatique va remonter le moral des troupes françaises présentes à Bangui et conforter l’opinion centrafricaine. Tandis que pour d’autres, conforme à ce qu’appelle un très proche et ex-conseiller de François Bozizé « spectaculaire organisation musculaire d’un nouveau petit parti » allusion faite à l’ouverture, le 24 octobre 2013, du congrès de l’union pour le renouveau centrafricain (URCA) d’Anicet Georges Dologuélé. Mais sommes toutes pas anodin.

ACTIONS DE GRACE
D’ailleurs, le messager du gouvernement français, en marge de la visite de Bangui, avait tenu des propos responsables et évocateurs sur l'aspect religieux de la crise centrafricaine que nos haruspices des temps modernes, en particulier des médias, interprètent volontiers comme désamorcer une nouvelle catastrophe inévitable. « La tradition en Centrafrique n'est pas du tout celle d'affrontements religieux. Les Centrafricains, depuis des décennies et des décennies, ont eu l'habitude de travailler ensemble. Ils ont chacun la religion qu'ils veulent - ou pas de religion -, mais la religion n'a pas à se mêler de la politique. Certains ont voulu établir un lien entre les deux et monter en épingle des affrontements entre les musulmans et les chrétiens. Nous le refusons, et j'ai été extrêmement heureux de voir que tant du côté des protestants, des catholiques que des musulmans, il y a une volonté au niveau des autorités de refuser ces affrontements. C'est également le souhait et la position de la communauté internationale, de l'Europe et de la France. » Tel que la classe sociale centrafricaine aimerait entendre. Il est vrai que l’avis de tempête interconfessionnelle était permanent. Les banguissois se sentent pousser les ailes et de nombreux croyants, musulmans et chrétiens n’ont pas manqué mosquée et église, vendredi et dimanche dernier pour offrir des solennels moments d’actions de grâce.

UN NOUVEAU POUVOIR LEGITIME AU DEBUT DE 2015
Au volet retour à l’ordre constitutionnel [chère à Fidèle Gouandika, une autre des têtes de turc de la course présidentielle de 2015 révélé par un site internet largement diffusé dans lequel il dévoile son projet de briguer la magistrature suprême] Laurent Fabius, a bâtit pierre par pierre, le mur qui fait interdiction à Mike (sobriquet du président centrafricain, prononcé à l’anglaise), à Nico (surnom donné au premier ministre actuel à Bangui) et leurs bandes d’être candidats. « Il a été exigé, et les autorités de transition sont pleinement d'accord, que des élections libres aient lieu au début de 2015, auxquelles ne se représenteront pas d'ailleurs - elles nous l'ont confirmé -, les autorités de la transition. Mais cela demande une préparation, puisque dans un certain nombre de villes et de villages, l'Etat civil a été détruit. Et puis, il faut qu'une commission électorale soit mise sur pied ; il va falloir pratiquer un référendum constitutionnel. Nous visons comme objectif, ce n'est pas facile mais il faut le remplir, un nouveau pouvoir, légitime bien sûr, au début de 2015. » Résume le ministre.

CASQUES BLEUS POUR LE PROCESSUS DES ELECTIONS
L’envoi de troupes supplémentaires par les pays de la sous-région Ceeac à l’instar du Tchad (quelques 400 éléments), du Congo Brazzaville (150) et de 200 militaires de la Guinée Équatoriale - pays qui n’avait jusqu’à lors pas de troupe par les forces de la Fomac en Centrafrique- et très prochainement du Burundi sont des mesures qui doivent être bien accueillies. Cette force africaine ou Misca contiendrait quelques 3000 hommes et doit être rehaussés à 3500 selon la résolution de l’Union africaine. Le récent sommet extraordinaire – le 5e du genre sur la crise centrafricaine- dont le communiqué final lu par le secrétaire général de la Ceeac, a exhorté la communauté internationale à accroitre son aide, demander que la force africaine présente en Centrafrique fasse appel à la force si possible pour mettre hors d’état de nuire ces ex-éléments de la Seleka qui sont d’un vandalisme extravagant sur la population. Cerise sur l’offre, la demande envoyée par le secrétaire général au conseil de sécurité pour l’envoi de quelques 250 militaires de l’ONU et avec à terme son renforcement à 560 hommes afin de protéger la mission de l’ONU qui devraient se répandre dans l’arrière pays et la décision autorisant le Binuca d’aider pour la réussite du processus des élections prochaines sont autant de choses dont les centrafricains doivent se réjouir.

123 MILLIONS DE DOLLARS POUR CENTRAFRIQUE
Pour taire le chapitre de légitime intérêt particulier de la part de la communauté international à un temps aussi sensible et, afin d’éviter ce que craint Libreville, de voir à la veille de 2014 un nouveau point de départ d’une annus horribilis pour un Etat en piteux état comme la RCA, les principaux bailleurs de fonds, dont l’Union Européenne, ont réalisé une collecte financière à la hauteur de « la situation terrible » propre à Kristalina Georgiev. Depuis décembre 2012, derrière la vitrine d’un pays où dès le lendemain des indépendances, le positionnement de l’économie était relativement respectable se cache une réalité plus sombre : pillage de deniers publics, corruption généralisées, fortunes jaillies de néants, services publics déliquescents, souveraineté bradée… mieux pour calmer les esprits des citoyens centrafricains et éviter les accès de fièvres récurrents, la commissaire européenne chargée des questions humanitaires a tenu rassurer l’opinion centrafricaine en ces termes « Quand je suis venue en juillet, la contribution de toute l’Union européenne - Commission et Etats membres - était de l’ordre de 30 millions de dollars. Aujourd’hui, cette contribution européenne est autour de 56 millions de dollars. Car aussi bien les Etats membres que la commission ont augmenté leur assistance humanitaire. Je suis personnellement allée à la rencontre d’autres pays membres, pour qu’eux aussi augmentent leur contribution. Du coup, aujourd'hui, le total est de l’ordre de 123 millions de dollars pour aider les gens en Centrafrique. Parce que j’ai vu ici à quel point la situation est terrible. » Une très belle nouvelle pour la RCA qui, d’ailleurs le mardi 22 octobre 2013, beaucoup, surtout les fonctionnaires d’état ont tenté de s’imposer une vieille habitude de bière blonde grâce aux deux mois de salaire que le gouvernement venait de payer.

ADVERSAIRES POLITIQUES REQUINQUES
Sur le terrain politique national, une certaine léthargie anime le quotidien de la classe politique. Le coup d’état du 24 mars 2013 et la gestion catastrophique de l’après Bozizé ont eu un impact désastreux sur l’activité des partis dont la plupart passe des lunes dans des querelles internes au lieu de penser à doter le pays avec un modèle de société qui lui correspond en 2015. S’est-elle laissée griser par l’ivresse du pouvoir de Michel Djotodia ou a-t-elle finalement montré son vrai visage ? Si le FARE 2011 et le KNK avec son ex majorité ne sont plus les mêmes aujourd’hui, ils trouvent également face à eux des adversaires requinqués capables d’assumer l’adversité électorale et de façonner un autre Centrafrique. Beaucoup chercheront pas à peser sur les élections ou peuvent jouer un véritable rôle. Le contexte actuel est différent de 2005 et 2011, pour ne citer que ces dates.

VOLONTE DE PACIFIER LE TERRITOIRE NATIONAL
La région de l’Ouham, au nord du Centrafrique, la population s’accorde autour de tenu d’un cycle de dialogue et réconciliation entre la population chrétienne et musulmane a-t-on appris de Radio France Internationale le 25 octobre 2013. Le gouvernement quant à lui a annoncé dans la matinée de ce vendredi sa volonté de pacifier le territoire national en envoyant à Damara, Sibut et Mbaiki la gendarmerie nationale. Quand bien même « l’armée nationale manque de matériels et de moyens financiers » a révélé le ministre de l’administration du territoire, le pasteur Josué Binoua.

BREF, DE TOUTES CES APPROCHES DE DENOUEMENT SINGULIER ET FRANC, personne ne peut pavoiser si le centrafricain, qui a d’ailleurs beaucoup appris durant ces épreuves, ne rebondit pas sur ces signaux qui augurent un avenir reluisant. D’ici fin 2013 et en attendant de pratiquer le référendum et la mise en place de la commission électorale, le chemin est encore long et les écueils sont nombreux. Et Bozizé qui ne désarme pas de jouer en guest-trouble-fête. Il faudra du temps et encore beaucoup de temps avant de voir éclore les fleurs du réveil centrafricain. Nombreux sont ceux qui, face à ce sombre tableau, en viennent à regretter les temps anciens, ceux des dictatures, de la sclérose, de l’avilissement et de l’illusion. Ils ont tort : l’optimisme est la foi des révolutions.

 

 
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