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Insécurité en Centrafrique: terreau fertile du populisme politico- ecclésiastique

Par Kaly Iyalou - 21/10/2013

Kaly Iyalou est Consultant en Management de Projet et Entrepreneuriat, Chargé d’Etudes et Prospectives socio-économiques

 

La hantise d’un embrasement confessionnel, la méfiance, la confusion et les « idées reçues » véhiculées ce dernier temps en République centrafricaine par des manipulateurs assoiffés du pouvoir ont atteint leur paroxysme. Ce fantasme des nostalgiques et des opportunistes politiques de voir notre pays sombré dans un chaos généralisé pour espérer venir ou revenir au pouvoir trouve un écho favorable auprès de certains de nos compatriotes dont l’esprit a été conditionné pour une haine viscérale de l’islam.

Certes, les Ex-Seleka pendant leur assaut sur Bangui depuis les régions du Nord-est avaient provoqué une situation anarchique dans les zones occupées avec des conséquences désastreuses sur le plan humanitaire (déplacement massif des populations) et sur le plan de violation du Droit au respect des personnes et des biens. En l’absence de l’autorité de l’Etat, de toute force publique et de la justice nationale, il s’en est effectivement suivi des assassinats, des destructions, des rapts, des viols, etc., en toute impunité. Cette situation a fait naître un sentiment « antimusulman » étant donné que la majorité de combattants de cette coalition sont musulmans. A cela s’ajoute le fait qu’ils avaient été souvent contraints lorsqu’ils avaient la certitude qu'un lieu de culte servait de cache d'armes, de le considérer comme une cible militaire. Cependant, en quoi l’islam peut-il en être tenu pour responsable ? Ce cas de figure se vérifie pourtant, partout dans le monde, dans une confrontation armée. Rappelons nous que lors de la traque des rebelles de l'Union des Forces Démocratiques pour le Rassemblement (UFDR) par l'armée de l'air française et les forces armées tchadiennes au moyen d’aviation militaire dans la région de Birao en novembre 2006 et mars 2007, des mosquées considérées comme cibles militaires avaient été systématiquement détruites. Et, c’était l’apocalypse pour la population de cette région dont le sort n’a ému et intéressé personne.

 


© journaldebangui.com
Kaly Iyalou
Il est également vrai de constater et de noter à l’heure actuelle, l’échec sur le plan sécuritaire et l’incapacité de l’ex-coalition Seleka à empêcher les atteintes aux droits des personnes et à leur intégrité physique. Les autorités au pouvoir ont du mal à contrôler des éléments récalcitrants voire certains chefs qui se comportent comme des véritables seigneurs de guerre, bafouant ainsi les principes essentiels et les règles élémentaires d’une justice républicaine. Il y a une confusion au niveau de la chaîne de commandement de cette ex coalition, sans compter que d’autres profiteurs situationnistes de tout bord se cachant derrière sa nébulosité continuent de terroriser la population en commettant des actes délictuels et criminels.

Or, un tel contexte de flou ne peut que profiter stratégiquement à la nébuleuse des éléments armés pro bozizé qui, pour déstabiliser la transition en cours, provoquent des faits divers en multipliant des escarmouches, en commettant des crimes crapuleux, en posant des actes terroristes et barbares sur des paisibles et innocentes populations particulièrement musulmanes. Ils se fondent généralement dans la masse après leur forfait, utilisant ainsi la population comme bouclier en espérant une riposte disproportionnée de l’ex-Seleka afin de la présenter aux yeux de l’opinion comme une entité assoiffée du sang. Précisons également que leurs exactions et autres pillages ont commencé bien avant l’entrée de la Seleka à Bangui et continuent jusqu’à maintenant.

Mais, une telle ambiance d’insécurité généralisée profite également aux opportunistes politiques et ecclésiastiques de tout genre qui trouvent là, l’occasion de se livrer à une véritable compétition sur un terrain de marketing politique en usant et abusant des nouvelles technologies de l’information et de la communication pour manipuler et faire peur à la population, aggravant ainsi quotidiennement la méfiance entre les principales communautés religieuses à savoir musulmane et chrétienne.

Et pourtant, dans cette extrême insécurité, tout le monde (musulmans compris) enterre et pleure ses morts sans compter les préjudices physiques, matériels et psychologiques. Aussi, comment peut-t-on expliquer que les éleveurs peuls soient constamment pourchassés, traqués, spoliés, sauvagement assassinés ? Qu’ont-ils fait pour mériter cela ?

Chers compatriotes, l’information est une arme redoutable, c’est une bombe qui, une fois lâchée explose. Car, souvenons-nous de l'incident survenu au quartier Kina à Bangui, avec le meurtre de deux enfants innocents, déclenchant des émeutes dans le 3èmè arrondissement. Savez-vous que le débordement et l’amplification disproportionnée occasionnés par cet incident étaient simplement dus à un coup de fil d’un auditeur sur les ondes d’une radio locale ? Cette personne apeurée aurait vu des musulmans en train de détruire une Eglise alors qu’en réalité celle-ci était tout simplement en travaux et que des charpentiers auraient été aperçus sur le toit. La suite, tout le monde connaît : une dizaine de mosquées incendiées, plus d’une cinquantaine de morts. A ce jour, personne ne connait la suite judiciaire de cette affaire.

Souvenons-nous également des ces images qui ont fait le tour des blogs et autres réseaux sociaux centrafricains intitulées « massacre à Sibut » dans lesquelles plusieurs corps gisaient sur la bitume en présence des véhicules 4x4 et des plusieurs combattants armés. L’ « information » par ces images consistaient à faire croire à nos compatriotes avec quel degré de barbarie les éléments de la coalition Seleka étaient en train de massacrer les FACA. Sauf que, en regardant ces images de façon objective, on se rend compte qu’il s’agit en réalité d’une scène de la guerre en Côte d’ivoire. Bref, des exemples abondent dans ce sens. Par conséquent arrêtons de pervertir, de déformer à notre guise la réalité à des fins de propagande et de manipulation politique : faire du marketing politique en suivant le vent relève purement et simplement du populisme et ce n’est pas digne de notre élite qui doit plutôt jouer un rôle d’éclaireur. A force de matraquage incessant, certains compatriotes même convaincus qu’il y a dans notre pays des musulmans centrafricains d’origine comme eux, il n’en demeure pas moins qu’ils doutent et n’acceptent pas de voir un musulman à la tête du pays.

(…) c’est notre état d’esprit qui est mauvais. Car, notre foi n’est que de façade, c'est-à-dire très superficielle et que tous nos préjugés ne sont que des faux prétextes. En réalité, nous ne faisons qu’obéir à notre égoïsme et à notre cupidité.
Kaly Iyalou

 


A vrai dire, dans leur imaginaire rempli des préjugés, les musulmans centrafricains dans leur majorité sont des illettrés ; même s’ils savent lire et écrire en arabe, cela ne suffit pas à faire d’eux des lettrés. Ainsi, de leur point de vue, en Centrafrique, seuls ceux qui savent lire et écrire en français doivent être considérés comme des lettrés capables de discernement.

Encore plus important, les musulmans, en raison de leur spécialisation dans les activités économiques devraient rester en dehors de la gestion politique du pays. Et, habituellement, ils sont considérés comme des vaches à lait, des « bouche-trou financier » ou au mieux des véritables supplétifs et pourvoyeurs de fonds dans la gestion politique.

Les musulmans eux, de leur côté considèrent les autres comme des « égarés », des éternels « envieux » avec qui, toute entente est impossible. Dans leur imaginaire, les autres ne sont intéressés qu’à l’alcool, à la danse et à beaucoup d’autres perversions sociales. Ils aiment le « fonctionnariat » et sont allergiques à l’entrepreneuriat. Enfin, demeurent formatés dans leurs esprits, tous les clichés relatifs au mode de vie propres à la forêt et incomptables avec leur idéal de vie.

Mais, puisque nous prétendons tous (chrétiens et musulmans) être des bons croyants, qu’est ce qui est recommandé par nos religions respectives ? Méditons sur ces textes tirés de l’évangile et du coran :

Dans l’Evangile du prophète Jésus fils de Marie (Paix et Salut sur Lui) selon saint Matthieu 22, 35-40, un docteur de la Loi posa une question à Jésus pour le mettre à l’épreuve : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Le prophète Jésus (PSL) lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute de ton âme et de tout esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et voici le second qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Tout ce qu’il y a dans l’Ecriture, dans la Loi et les prophètes dépend de ces deux commandements. » Autrement dit on montre qu’on aime vraiment Dieu en aimant son prochain même si on désapprouve ces opinions ou ses croyances. Et le Prophète Jésus fils de Marie (PSL) ajoute : dans Mathieu 5.44 « Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et vous persécutent ».

Dans le coran [49, 13] Dieu a dit : "Ô Hommes, Nous vous avons créés [des œuvres] d'un être mâle et d'un être femelle. Et Nous vous avons répartis en peuples et en tribus afin que vous vous connaissiez entre vous. Les plus méritants sont, d'entre vous, les plus pieux".

Et Dieu a dit également : « Ô vous qui croyez! Tenez-vous fermes comme témoins, devant Dieu, en pratiquant la justice. Que la haine envers un peuple ne vous incite pas à commettre des injustices. Soyez justes! La justice est proche du respect de Dieu.[Coran 5.8].

Le prophète Mohamed (SWS) a dit : « Quiconque est bon envers les autres, Allah sera bon envers lui. Soyez donc bons envers vos semblables sur terre ; Celui qui est dans les cieux vous fera alors miséricorde. » (Abou Daoud, At – Tirmidhi). Et dans un autre Hadith rapporté par At – Tirmidhi, le prophète Mohamed (SWS) dit ceci : « Et aime pour les gens ce que tu aimes pour toi-même, tu seras croyant ». A vrai dire, l’islam ne tolère même pas de cruautés envers les animaux comme nous le rapporte Sahih Al – Boukhari : les compagnons du prophète demandèrent : « Ô Prophète de Dieu, sommes- nous récompensés pour nos bonnes actions envers les animaux ? » Il répondit : « Pour toute créature vivante, il y a une récompense à qui lui fait du bien »

Vous comprenez maintenant notre égarement dans ce déferlement de violence, ces violation du Droit au respect des personnes et des biens qui n’ont rien avoir ni avec le christianisme ni avec l’islam. Pouvons-nous nous regarder sincèrement devant une glace tout en nous interrogeant si nous n’avons pas un parent aimable ou un ami intime qui ne soit pas de la même confession religieuse que nous ?

En définitive, c’est notre état d’esprit qui est mauvais. Car, notre foi n’est que de façade, c'est-à-dire très superficielle et que tous nos préjugés ne sont que des faux prétextes. En réalité, nous ne faisons qu’obéir à notre égoïsme et à notre cupidité. La preuve : il est rare de trouver au monde un pays qui affiche autant de ferveurs religieuses. Cependant, lorsque l’on prend le temps d’analyser de façon objective notre société (toutes confessions confondues), on se rend compte que la majeure partie de nos actes sont contraires aux recommandations de Dieu. Quel paradoxe ! Nous avons toujours pensé qu’être musulman eu chrétien revient à apposer un tampon sur la figure. Alors que ce n’est pas du tout cela. C’est plutôt un « cheminement » vers le bien, autrement dit, on est né chrétien ou musulman et on le devient vraiment en perfectionnant, en renforçant sa foi conformément à ce qui est recommandé par Dieu.

Notre état d’esprit destructeur (pillages et destructions systématiques des biens publics et privés) devenu notre seconde nature, a commencé avec le renversement de Bokassa en 1979 (Grâce na Dacko), puis c’est devenu une constante : toute mutinerie, tout coup d’Etat, toute manifestation ou soulèvement populaire constitue une opportunité d’enrichissement rapide et facile (Ngou ti lè ti soussou a yourou). Et, l’avènement des Seleka n’est que celui qui a permis de battre peut être en raison de son étendu géographique, le record d’un sport déjà très prisé dans notre pays.

Réveillons nous ! Nous sommes devenus la risée du monde. Notre élite doit par conséquent jouer son rôle de guide, d’éducateur et de moralisateur. Elle doit devenir plus juste et équitable dans ses analyses et commentaires, avoir un esprit critique pouvant lui permettre de disséquer le vrai du faux dans tout ce qui est véhiculé et soutenu comme information ça et là, le plus souvent pour des raisons inavouées. Elle ne doit pas reprendre naïvement et inconsciemment dans son raisonnement, tout ce qu’elle ne peut vérifier par elle-même. Enfin, un risque d’embrasement confessionnel lorsqu'il est bien identifié, peut être évité et/ou maîtrisé. Et, c'est à notre élite un tant soit peu lucide qu'incombe cette responsabilité morale. Le travail est certes difficile en raison d’un formatage de longue durée. Cependant, il est nécessaire de commencer la « décontamination » de nos esprits si nous tenons à vivre ensemble dans l’harmonie.

(La suite dans la prochaine Tribune)

Bordeaux, le 21 octobre 2013
 
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19 COMMENTAIRES

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Est ce d'une ncessité actruelle,quand les gens sont à une autre urgence/ les débats après

Par octave

21/10/2013 15:19

Ces consultants qui sortent partout et qu'on ne les voit nulle part solliciter ailleurs par d'autres grand cabinets du domaine. on aime parler,il faut commencer à pratiquer nos dires,car souvent on reproche aux autres exactement ce qu'on est. La réligion n' a jamais été un problème mettant les gens en conflit,il l'est de l'arrive de seleka et des comportements de certains musulmans dopés par Déby et qui faisait n'importe quoi et que bozizé ou patassé devraient couvrir et crer l'amertume. Et meme quel centrafricain a poursuivi ces musulmans pour ces faits. djotodia,l'a dit lui meme selon reportage Rfi,il vient pour une vengeance qu'il a dans sa tete contre cette nation par son propre complexe. Le negliger serait-il allé en russie pour parler russe.Allons!

Réponse à octave

Par Daniel

21/10/2013 16:58

Le problème qui est posé ne concerne pas l’intervenant ni son statut du consultant qui par ailleurs, ne souffre d’aucun doute. Car, ce Monsieur a exercé en tant qu’économiste régional de la CNUCED puis de l’AIF. Il a en outre exercé en tant que Consultant en Création d’Entreprise pour le compte du cabinet AKSIS dans la région d’Île-de-France. Il est membre du réseau francophone des experts et praticiens en négociations commerciales internationales (UNITAR/OIF). Par conséquent, ne sortons du cadre du débat. Le sujet à débattre est posé sans ambiguïté.

La vérité

Par MBIWA

21/10/2013 20:29

Cet homme à dit la vérité dêh!!!!

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