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Centrafrique: six mois après, une sortie de crise incertaine

Par Raphaël Mvogo - 23/09/2013

Et la "feuille de route" du gouvernement d'union nationale et de transition de l'ex-chef de file de l'opposition démocratique Nicolas Tiangaye, jugée irrecevable

 

Il ne se passe presque pas une nuit sans qu'une détonation d'arme ne retentisse à Bangui, la capitale centrafricaine, preuve que six mois après la prise du pouvoir le 24 mars de Michel Djotodia, investi président de transition en août, les obstacles restent entiers pour une sortie de crise, ce qui n'aide pas à dissiper les inquiétudes de la communauté internationale. "La situation actuelle ne prête pas à l'optimisme", a par exemple asséné dans une analyse sans appel, que les autorités pourront certainement juger exagérée, un officier supérieur français en service dans une organisation internationale opérant dans ce pays d'Afrique centrale. Cette remarque a été exprimée peu de temps après le camouflet essuyé vendredi 20 septembre au soir par la "feuille de route" du gouvernement d'union nationale et de transition de l'ex-chef de file de l'opposition démocratique Nicolas Tiangaye, jugée irrecevable, parce que, entre autres lacunes, peu cohérente par le Conseil national de transition (CNT) qui joue le rôle d'une Assemblée nationale provisoire. Un document censé être approuvé par la communauté des bailleurs de fonds incarnée par le Comité de suivi de l'accord politique de Libreville (Gabon) du 11 janvier et le Groupe international de contact constitué des partenaires au développement, ce programme de politique générale a pour objectif de servir comme un instrument précieux en vue d'une sortie de crise réussie.

 


© ugo.cn/photo
Image d'illustration
Le Gouvernement sanctionné
Hélas, de l'avis de son président, Alexandre Nguendet, le CNT, un organe réunissant en son sein les différentes sensibilités politiques et socioprofessionnelles nationales, a affirmé avoir sanctionné l'incapacité du gouvernement à concevoir, avec coûts des besoins chiffrés à l'appui, une stratégie fixant le cap des actions à réaliser pour la reconstruction du pays. Il s'agit notamment, a expliqué le détenteur du pouvoir législatif de transition, de l'élaboration d'un plan de relance économique, d'un plan de pacification et de sécurisation du territoire national avec en bonne place le programme DDR (désarmement, démobilisation et réinsertion) concernant les combattants de l'ex-rébellion de la Séléka de Djotodia et l'ensemble des groupes armés en Centrafrique. La tâche consiste aussi, a par ailleurs indiqué M. Nguendet, à déterminer un chronogramme clair et précis des élections incluant "un recensement général de la population pour établir un fichier fiable, en vue d'élections transparentes, libres et démocratiques".

Aux prises avec une population, en l'occurrence celle du Nord-Ouest, qui a décidé de passer à son tour à l'offensive pour faire payer aux ex-Séléka leurs exactions, le pouvoir de Bangui, qui dénonce plutôt une action de déstabilisation à connotation politique, a aussi du mal à créer une cohésion au sein de cette organisation hétéroclite officiellement dissoute par un décret présidentiel il y a une semaine. L'amélioration de la situation sécuritaire qui se fait peu à peu ressentir à Bangui est pour l'instant loin d'effacer le traumatisme de cette population causé par des pillages, vols, braquages, viols, assassinats et exécutions, d'autant que quelques-uns de ces actes continuent d'être signalés ça et là sur le territoire national. "C'est Dieu qui nous protège. On côtoie la mort", ont pris l'habitude de se consoler les Centrafricains, en signe de résignation. Tant le pays est exsangue et qu'ils se retrouvent eux-mêmes pris au piège de l'impasse, les ex-rebelles n'ont pas arrêté à se faire payer sur la bête. Sous couvert d'anonymat, même les autorités admettent que personne aujourd'hui n'est en sécurité, à commencer par Bangui où il a fait état d'énormes quantités d'armes en circulation.

Intrigues politiques
De temps en temps, des responsables des unités de commandement des forces françaises présentes depuis l'indépendance sur le sol centrafricain et de la Force multinationale de l'Afrique centrale (FOMAC) mises à contribution pour la pacification du pays, ne résistent pas à la tentation de siroter un verre de bière ou de boisson hygiénique à la terrasse des cafés à la mode. Pendant ce temps, la classe politique, minée par des divisions, des intrigues et des coups bas, s'emploie déjà à fourbir ses armes dans la perspective de la présidentielle et des législatives prévues au terme d'une transition de dix-huit mois.

Le retour d'un repli en France jeudi de l'ex-Premier ministre Anicet Gorges Dologuélé, par ailleurs ancien président de la Banque de développement des Etats de l'Afrique centrale (BDEAC, basée à Brazzaville au Congo), est ainsi venu faire augmenter l'agitation. Car, dans ce pays où prospèrent des trafics de pierres précieuses, c'est pratiquement tout le monde qui s'estime avoir un destin national. Mais, la venue de l'ancien chef du gouvernement du défunt chef de l'Etat Ange-Félix Patassé n'est pas vue d'un bon œil par certains proches de Michel Djotodia, officiellement investi président de transition le 18 août. "Il est venu faire quoi en ce moment, ce Monsieur-là ? Mais, sa place est en prison, pour des actes de mauvaise gestion commis à la BDEAC !", a pesté l'un d'eux. C'est que, à tort ou à raison, M. Dologuélé, diplômé d'économie de l'université de Bordeaux qui s'est vu escorté sous haute sécurité de la FOMAC, de l'ONU et de l'armée française dès sa descente d'avion jusqu'à sa résidence banguissoise, est considéré comme "l'homme" des Français et l'annonce de sa candidature a eu comme l'effet d'un coup de pied dans une fourmilière consistant à bouleverser certains plans d'ores et déjà établis.

 

 
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