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Bohong: population en brousse, maisons brûlées, la loi Séléka!

Par journaldebangui.com - 03/09/2013

Le récit des religieux de l’arrière-pays sur les situations de détresse des populations de la région de Bouar à l’Ouest de la Centrafrique

 

La route était libre et vide. Arrivés à Forte (premier village après le pont sur l’Ouam) tout de suite nous avons aperçu les squelettes des maisons dont les toitures ont été brûlées par le feu. Devant l’église des Baptistes nous avons rencontré un groupe de 50-60 personnes qui se sont réunies pour faire le recensement des personnes rentrées de brousse et le nombre de maisons brûlées par les militaires. Ce recensement était fait suite à la rencontre qui a eu lieu à Bohong entre la population de la région et l’autorité civile (le maire de Bohong) et les militaires sous commandement du général Souleymane. De notre retour de Bohong les animateurs de Forte nous ont remis la liste des personnes sans logement et le nombre des maisons brûlées (206). En traversant le village de Forte, en silence, nous avons regardé ces maisons et pensé à la souffrance des personnes qui, pendant la saison de pluie doivent se cacher dans la brousse, et de retour au village ne trouvent que des scènes de désolation. Après Forte, les autres villages qui se trouvent sur la route de Bohong n’ont pas été endommagés.

 


© bozoumfr.blogspot.fr
Les maisons dans un village déserté!
Le désastre commence à l’entrée de Bohong. Là, aucune maison en paille appartenant aux habitants non musulmans appelés «Gbaya» n’a été épargnée par les militaires de la Séléka, venus de l’extérieur. Sur toute l’étendue de la ville (sauf la partie musulmane) on assiste aux mêmes scènes: les maisons sans toiture, les murs noircis et vides. Plus de bruit, plus de mots, plus de joie… Nous sommes arrivés à la paroisse Ste Jeanne Antide de Thouret. Vues de l’extérieur, toutes les maisons sont là, non touchées. Nous nous sommes vraiment réjouis en voyant l’intérieur de l’église, et surtout le tabernacle et l’autel en bon état, aucun dégât. Par contre, dans la sacristie tous les objets du culte, les livres liturgiques… sont par terre. Dans la maison des Sœurs, la chapelle a été profanée: le tabernacle ouvert de force, les Hosties consacrées jetées par terre…tout est en désordre. La maison des prêtres et celle des sœurs ainsi que la direction de l’école privée, le dispensaire et le foyer des filles n’ont pas été épargnés. Les objets présentant une quelconque valeur ont été emportés (entre autres: un congélateur, un frigo, une radio SB, les batteries 12V, les matelas…) les autres jetés par terre en grand désordre. Les deux voitures : Suzuki Jimny de l’abbé Michel et Samurai des sœurs ont été volés ainsi que le groupe électrogène. Néanmoins les meubles des maisons et les bancs de l’école n’ont pas été volés.

Arrivés à l’église et dans la concession des Sœurs nous avons rencontré les chrétiens qui ont eu le courage de rester en ville. Le catéchiste Fidèle passait les nuits dans son jardin, pas loin de l’église et de la concession des abbés. Un autre chrétien avec toute sa famille s’est installé dans la concession des sœurs en surveillant la maison jour et nuit. Le dispensaire et l’école ont été surveillés par un autre catéchiste, Alphonse. Il faut noter que toutes ces maisons sont restées avec les portes ouvertes puisque les serrures ont été cassées sous les yeux des abbés et des sœurs avant leur départ à Bouar. Les personnes citées ci-dessus se sont engagées spontanément pour protéger ce qui est resté en attendant le retour des abbés et des sœurs. Les petits voleurs qui rodent dans les situations pareilles n’ont pas pu profiter de l’absence du personnel parce qu’ils ont rencontré les chrétiens qui ont du courage.

Pendant notre séjour à Bohong nous avons pu rencontrer le maire de la commune (un Foulbé) et les commandants de la Séléka (un soudanais et un tchadien). Tous regrettaient ce qui se passait (chacun portant sa responsabilité) et manifestaient leur volonté de travailler pour rétablir l’ordre dans la région en invitant les déplacés à regagner leurs villages. La population est encore réticente, les blessures sont profondes, les conditions matérielles très difficiles. Nous nous sommes rendus aussi à Mbotoga en visitant le catéchiste et Mr Jorgen qui étaient toujours sur place. Sur la route de Mbotoga, les villages n’ont pas été incendiés.

De retour à Bohong nous nous sommes arrêtés encore chez nos frères Luthériens qui ont subit le même sort. Le personnel soignant de SMI de Bohong à travaillé pour soigner les blessés de deux camps, et leurs maisons ont été pillées complètement par les militaires de la Séléka.

Nous avons quitté Bohong sous la pluie qui nous a accompagné jusqu’aux limites de la paroisse et de la préfecture de l’Ouam-Pende. Arrivés à Bouar vers 19h30, la pluie a repris jusqu’au matin. Pendant ce temps de pluie, les gens de Bohong, à part les huttes faites au bord de leurs champs et les familles d’accueil pour ceux qui ont quitté la ville, n’ont pas d’endroit sec où ils pourraient se cacher en attendant le lever du soleil. Après cette visite les démarches sont faites auprès des ONG présents à Bouar et les Organismes Internationales des Nations Unies pour venir rapidement en aide aux victimes de ces événements. La Plate-forme Religieuse mise en place à Bouar en juillet dernier, travaillera aussi pour la réconciliation et la paix entre les différentes confessions religieuses présentes à Bohong et dans les villages voisins.

 

 
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1 COMMENTAIRES

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La vie humaine n'a plus de valeur pour certains dieux éphemeres.

Par SOROKATE

04/09/2013 15:19

L'image de ce village inendié par la seleka témoigne à quel point la seleka est sans morale. C'est dommage.

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