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La laïcité en danger en Centrafrique

Par PEOU Emmanuel - 09/08/2013

«Je ne comprends pas que la coalition rebelle Seleka ne comprenne pas que la Républicaine Centrafricaine est un Etat résolument laïc»

 

Durant sa marche conquérante du pouvoir, la coalition Seleka s’était illustrée par des attaques ciblées contre les Eglises Chrétiennes notamment catholiques à Bangassou, Kembé, Bambari, Sibut, Kaga-Bandoro et Bossangoa. Des biens ont été pillés. Des Eglises ont été saccagées et détruites. Des femmes Centrafricaines non musulmanes dont des religieuses ont été violées. Cependant, les mosquées et les biens appartenant à la communauté musulmane ont été préservés.

 


© halalmagazine.com
Malgré la prise du pouvoir le 24 mars 2013, on enregistre jusqu’à ce jour des actes attentatoires au principe de laïcité, et les exemples sont nombreux. Lors d’un office religieux à la Cathédrale de Bangui, des éléments Seleka armés, ont fait irruption dans l’Eglise à la recherche d’un Centrafricain débiteur à leur égard. Ce fait a provoqué l’indignation chez les fidèles présents. Pendant ce temps, d’autres éléments s’affairaient dehors et devant la dite Cathédrale à leurs activités favorites, vol de véhicules, intimidations et braquages à main armée. A Kaga-Bandoro et à Galo (60 km de Bouar), prétendument au nom de la Charia, certains éléments Seleka, ont interdit la consommation de la viande du porc et de la viande boucanée. De même, l’élevage porcin a été interdit. Pour joindre l’acte à la parole, ces éléments Seleka ont abattu tout le cheptel porcin. Au quartier KM5, les musulmans Centrafricains et étrangers, sont devenus arrogants et très agressifs vis-à-vis de leurs compatriotes non musulmans qu’ils traitent de «Congo». Au marché à bétail de Bégoua, des Centrafricains non musulmans sont marginalisés sous plusieurs formes par des musulmans qu’on considérait comme nos frères. Dans l’arrière-pays, les éléments musulmans Seleka profitant de l’inexistence de l’Etat, se font passer pour des véritables maîtres des lieux, demander des rançons à la population Centrafricaine et racketter les églises, en dépouillant les curés de leurs dîmes. Certains établissements scolaires et hospitaliers ont été pillés et transformés en mosquées. Partout dans le pays, des femmes Chrétiennes sont contraintes à des mariages forcés et au port du voile intégral.

L’on voit bien qu’à travers ce faisceau d’éléments factuels, se dessinent, en République Centrafricaine, une islamisation rampante et l’instauration de la Charia, en lieu et place d’une Constitution Républicaine. D’ailleurs, sur ce registre, le Chef de l’Etat de Transition, Michel Djotodia, pour justifier les pillages des églises chrétiennes en question, avait même clairement déclaré que ces églises disposaient de tout tandis que dans les mosquées, il n’y avait rien d’autre que le Coran. Durant les travaux préparatoires de l’adoption de la Charte Constitutionnelle de Transition, l’idée déguisée de changer le mot laïcité par le mot «Dieu», sous-entendu «Allah» a été même émise, ce qui a d’ailleurs provoqué la réaction des membres non musulmans du Conseil National de Transition (CNT), sans oublier les protestations des Centrafricains sur les réseaux sociaux.

Le principe de laïcité est un grand principe républicain et une valeur de la nation Centrafricaine
PEOU Emmanuel

 

On a noté que Michel Djotodia, lors de ses sorties médiatiques, s’est exprimé en faveur du principe de laïcité, tentant ainsi de rassurer le peuple Centrafricain. Cependant, les faits sont bien têtus, comme on le constate dans les éléments factuels précités. La laïcité est aujourd’hui un vain mot en Centrafrique. L’opinion nationale et internationale est en droit de s’interroger sur les intentions réelles de Michel Djotodia et de la coalition Seleka désormais au pouvoir. Et pourtant, les Centrafricains toutes confessions confondues ont toujours cohabité de façon harmonieuse et pacifique depuis l’indépendance. La marginalisation historique dont ont été victimes les ressortissants du nord Centrafricain, ne saurait justifier de tels actes.

Le principe de laïcité est un grand principe républicain et une valeur de la nation Centrafricaine. La République Centrafricaine n’a jamais été et ne sera jamais un nid pour les islamistes, comme ce fut récemment le cas au Mali avec Al-Qaïda Maghreb Islamique (AQMI) ou au Nigéria en proie à une longue guerre de religions, devenue aigue avec Boko-Haram.

La communauté musulmane de Centrafrique étant très minoritaire, ne pourrait tenir face à éventuelle mais potentielle révolte du peuple, excédé par des comportements islamistes. Oui, la colère des Centrafricains gronde et s’enfle au fur et à mesure, et il temps pour Michel Djotodia et ses acolytes de prendre enfin leurs responsabilités, pour siffler la fin de la récréation avant qu’il ne soit trop tard. Les canons et les sabres de la coalition Seleka, soutenue par les pétrodollars du Quatar, ne suffiraient pas à contenir la furie du peuple Centrafricain qui se battra mains nues pour sauvegarder sa dignité, son identité, son honneur, bref le principe de laïcité.
 
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4 COMMENTAIRES

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TI TÂ TENE

Par GALADIMA

11/08/2013 14:21

Cet article est scandaleux et ne reflète pas ou sinon que partiellement la réalité des faits. Cette stratégie de "après nous, c'est le pire" basée sur l'islamophobie galopante des nostalgiques de l'ancien régime doit nous interpeller tous. Car, il est de nature à envenimer la situation déjà précaire en incitant sous prétexte de la remise en cause de laïcité à la guerre inter religieuse dans laquelle nous serons tous perdants. Souvenez-vous de 9 mosquées incendiées seulement dans Bangui et ses environs à la suite de l'incident survenu au quartier Kina et amplifié par des personnes mal intentionnées. A ce jour, personne ne connait la suite judiciaire de cette affaire.
Le président "Djo" n'est pas "islamiste" mais musulman et il ne s'en cache pas. Il n'a pas non plus modifié son prénom comme le fit à son époque Ahmad Saladine Al BOKASSA (maréchal puis Empereur de Centrafrique) ainsi que son premier ministre de l'époque, un certain Moustapha PATASSE devenu par la suite Président de la RCA. Ceux-là auraient dû être considérés comme des traîtres et jugés comme tels par la mémoire et la conscience collectives centrafricaines. Hélas non, ils sont plutôt considérés comme des nationalistes. Et pourtant, nul n'ignore le programme de conversion de masse proposé par le Président KADHAFI et auquel ils avaient adhéré en montrant l'exemple eux même.
C'était cela la remise en cause du caractère laïc de l'Etat centrafricain.
Enfin que dire du Président Patassé qui aurait rencontré "Dieu" et à qui "Dieu" aurait donné la mission de venir sauver le peuple centrafricain? Le président Bozizé quant à lui n'est-il pas pasteur de son église de Christianisme céleste? Que dire de Joseph KONY, ce fondamentaliste chrétien qui tue, mutile, viole et soumet à l'esclavage au nom de Dieu la population de l’extrême Est de notre pays?

Le risque esr la

Par Decastro

11/08/2013 19:39

Cher Galadima,
Vous ne vous prononcez pas sur les eglises qui sont saccagees sans qu'on touche aux mosquees. Vous ne vous prononcez pas sur les elements Seleka qui perturbent une messe sous pretexte d'arreter quelqu'un qui leur devait de l'argent. Y a-t-il plus grand mepris pour son prochain que cela? Le risque est reel et ce n'est pas la peine d'agiter l'epouvantail de l'islamophobie.

Risque évitable

Par GALADIMA

12/08/2013 09:01

Cher Decastro,

Partout dans le monde, dans une confrontation armée, lorsque l'on a la certitude qu'un lieu de culte est une cache d'armes, il est systématiquement considéré comme une cible militaire.
S'agissant des éléments Seleka qui auraient perturbé le bon déroulement d'une messe, cela relève d'un fait divers naturellement condamnable.
Enfin, un risque de guerre inter-religieuse lorsqu'il est bien identifié peut être évité ou maîtrisé. Et, c'est à nous centrafricains, un tant soit peu lucides qu'incombe cette responsabilité morale d'éviter cela.

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