INTERVIEW  |    

Gnl Jean-Felix Akaga: «la fomac continuera le cantonnement et le désarmement»

Par Mathurin Momet et Sylvestre Sokambi – Leconfident.net - 15/07/2013

Commandant en chef de la Force Multinationale de la CEEAC, et n°1 de la FOMAC, il a accordé au journal Le Confident des réponses à certaines interrogations

 

Le niveau actuel de la crise centrafricaine exige un éclaircissement sur certains points essentiels liés à la question sécuritaire au centre de laquelle se trouve la Force Multinationale de l’Afrique Centrale - FOMAC. Le mandat de cette force, ses moyens opérationnels, sa collaboration avec les nouvelles autorités, son objectif et l’épineuse question de cantonnement et de désarmement des Séléka, voilà autant de sujets abordés par le général Jean Félix AGAKA, en tenue militaire et arborant ses deux étoiles de général, dans son modeste bureau de la base Mpoko.

Vous êtes commandant de la FOMAC impliquée dans le processus de la résolution de la crise en République Centrafricaine. Vous aviez pris part dernièrement à la rencontre des chefs d’Etat-major de la CEEAC à Brazzaville, sur la crise centrafricaine. Quels ont été les principales résolutions assorties de cette rencontre?
Les principaux enseignements de cette rencontre étaient de pouvoir amener la force à deux mille (2000) hommes. En effet, la force jusqu’au début de la crise était à sept cent (700) hommes, les chefs d’Etat ont estimé qu’il fallait augmenter l’effectif à deux mille hommes pour pouvoir assumer la nouvelle mission qui lui était assignée. Lors de cette rencontre nous avions étudié les contours de cette augmentation et la nouvelle mission assignée à la FOMAC.

 


© REUTERS/Luc Gnago
Le général Jean Felix Akaga, commandant de la FOMAC à Bangui
Quelles sont les innovations qui ont été apportées à la mission de la FOMAC?
Au départ, nous avions bénéficié d’un mandat d’interposition. Maintenant, nous avons un mandat de sécurisation de la République Centrafricaine avec une mission de pouvoir désarmer les forces non régulières afin que dans la période qui couvre la transition la sécurité soit assurée pour qu’on puisse organiser les élections de manière sereine.

Vous vous êtes rendus dernièrement à Brazzaville pour une visite de travail. Aviez-vous rencontré le président Denis Sassou Nguesso, médiateur de la crise centrafricaine?
J’ai été à Brazzaville mais ce n’était pas pour rencontrer le médiateur. C’était plutôt dans un cadre de travail opérationnel qui n’avait rien à voir avec la médiation.

Les chefs d’Etat de la CEEAC, lors de leur dernier sommet, ont décidé l’augmentation de l’effectif de la FOMAC à deux mille hommes. Cet effectif est-il aujourd’hui atteint?
Nous n’avons pas encore atteint les deux mille hommes à ce jour. Il y a un certain nombre de pays qui n’ont pas encore déployé leurs troupes sur le terrain.


Quels sont les Etats dont les troupes ne sont pas encore sur place?
Vous savez bien que nous sommes dans le cadre de la CEEAC et cette institution compte dix Etats. Alors si vous faites la déduction par rapport aux troupes qui sont ici, vous saurez quels sont les Etats qui n’ont pas encore des troupes sur le terrain.

C’est plusieurs pays qui n’ont pas encore fait ce geste?
Nous n’avons pas encore d’Angolais, de Burundais et d’Equato-guinéens donc, ceux-là peuvent éventuellement renforcer la force. Mais qu’à cela ne tienne, on a déjà eu des renforts supplémentaires du Cameroun, du Congo, du Tchad et du Gabon.

Le fait que l’effectif des deux mille ne soit pas atteint, on peut supposer que cela a des répercussions sur les opérations en cours?
C’est vrai que nous aurons voulu avoir ces deux mille hommes mais avec l’effectif que nous avons, nous pensons que nous travaillons dans des conditions qui sont acceptables. Nous avons franchi le cap de mille hommes.

Tenir cet effectif et vu la mission assignée à la force, cela suppose des moyens financier et logistique. La FOMAC est-elle à l’aise sur ces plans?
Je ne parle pas de finances parce qu’elles ne relèvent pas de mon domaine. Elles relèvent de la CEEAC. Pour ce qui concerne les moyens logistiques, nous avons des moyens. Nous aurons voulu avoir plus de moyens mais avec ceux que nous avons, nous sommes en mesure d’assumer la mission qui nous a été confiée. Cependant un surplus de moyen ne fera qu’augmenter la capacité opérationnelle de la force.

Avant la signature des accords de Libreville de janvier 2013, une ligne rouge était tracée à Damara. Comment expliquez-vous que Séléka ait traversé aisément cette ligne le 22 mars sans que la FOMAC ne soit intervenue?
Lorsque la crise a éclaté en décembre, avant les accords de Libreville, nous avions un mandat d’interposition. Il était question à cette époque que Damara soit une ligne rouge à ne pas franchir. Je vous dis bien avant les négociations de Libreville. Mais après ces assises, la mission de la force a changé. Nous n’étions plus dans un cadre d’interposition parce que les acteurs politiques s’étaient convenus de régler le différend à l’amiable, donc nous ne jouissions plus du mandat initial. Or, pour des raisons que chacun d’entre nous connait, les accords n’ont pas été respectés, Séléka a repris les hostilités. Nous n’avions plus à ce moment-là, les moyens pour jouer l’interposition parce que nous avons dégraissé nos forces et les éléments qui étaient à Damara ne jouaient plus l’interposition mais plutôt un rôle de sécurisation et nous n’étions pas capables de tenir un combat contre l’effectif de l’ancienne rébellion estimé entre quatre et cinq mille hommes. Voilà la raison pour laquelle entre Décembre, janvier et mars la mission a évolué. Nous n’étions plus dans la même logique.

Vous dites qu’entre décembre et janvier le mandat de la FOMAC est passé d’interposition à celui de la sécurisation. Alors pourquoi rester à l’époque à Damara, là où il y avait la ligne rouge?
Nous sommes restés à Damara dans le cadre de la sécurisation. Vous savez qu’à cette époque malgré le fait qu’il y avait eu les accords de Libreville, la Séléka était restée à Sibut, donc nous avions un rôle de sécurisation puis de cantonnement. En ce temps-là, Damara était le centre de tri qui pouvait nous permettre de faire le recensement des éléments de la Séléka. Ce recensement qui était effectué et nous étions presqu’à la fin au mois de mars.

Aujourd’hui à Bangui, la FOMAC est critiquée pour avoir assisté impuissante aux exactions de la Séléka dans la ville. Que répondez-vous?
Dans la situation de détresse actuelle du peuple centrafricain, je comprends que la FOMAC soit l’objet d’un certain nombre de critiques. C’est tout à fait normal. Je reconnais que certains de nos éléments ne font pas souvent correctement leur travail, ça aussi nous le savons parce que nous-mêmes, avons fait le constat. Mais qu’à cela ne tienne, il faut quand même tenir compte que malgré ces manquements la FOMAC fait un travail énorme. Dans ce moment de détresse, la FOMAC est plus que jamais déterminée à restaurer la sécurité par tous les moyens en Centrafrique. Mais j’aimerai éclairer un tout petit point. La sécurité n’est pas seulement une affaire de militaires, c’est une affaire de tout le monde. Il faut alors que tous, nous nous y mettons. Il y a les Séléka qui gèrent les pillages mais à certains égards, la population participe indirectement parfois en facilitant la tâche à ces éléments puisqu’elle joue à l’indicateur. Alors, tout le monde en Centrafrique doit se sentir concerné pour que le pays retrouve la paix d’ici là.

Depuis quelques temps, on sent une évolution dans la situation sécuritaire à Bangui. Cette évolution se traduit par le désarmement parfois forcé des Séléka. Qu’est ce qui a fait passer la FOMAC à la vitesse supérieure ?
La FOMAC n’est pas une force d’occupation. Nous considérons que les forces Séléka qui ont pris le pouvoir constituent des forces régulières parce que ce sont elles qui ont pris le pouvoir et qui gouvernent. Nous avons établi avec la force Séléka un plan de travail pour arriver à sécuriser la République Centrafricaine et cela depuis le mois de mars. Nous nous sommes rendus compte que nous allons de promesse en promesse, de rendez-vous manqué en rendez-vous manqué et la situation sécuritaire ne fait que se dégrader. A partir des évènements de Gobongo, nous nous sommes réunis avec les responsables au plus haut niveau pour que chacun prenne ses responsabilités, c’est ce qui a été décidé. Nous avons dit que nous prenons les nôtres pour que ce problème de cantonnement et de désarmement puisse rentrer effectivement en action et c’est ce que nous sommes en train de faire en collaboration avec les responsables de Séléka pour pouvoir désarmer tous les militaires qui se trouvent en ville avec des armes de manière à ce que nous ne voyons plus de militaires se promener avec des armes en ville alors qu’ils ne sont pas en mission. La FOMAC continuera ce travail de cantonnement et de désarmement par tous les moyens jusqu’à ce que Bangui n’ait plus de militaire qui se balade en arme.

Être à la tête de mille hommes de plusieurs nationalités et de surcroit des militaires n’est certainement pas facile, comment arrivez- vous, à vous en sortir?
Vous comprenez que gérer la multi nationalité est suffisamment complexe. Avec les différences de culture et de formation, il faut arriver à lier ce mélange-là de manière à sortir une forme homogène, c’est ce que j’essaie de faire depuis que j’assume cette lourde et noble charge.

Y a-t-il collaboration entre la FOMAC et l’Etat-major des Forces Armées Centrafricaines?
Comme je vous le disais tantôt, nous ne sommes pas une force d’occupation. Nous sommes une force qui vient en aide aux forces de défense et de sécurité centrafricaines. Nous travaillons en collaboration avec les responsables militaires des forces de défense et de sécurité centrafricaines.

Cette collaboration se fait malgré les difficultés que rencontre l’Etat-major dans le cadre du rassemblement des FACA?
Qui vous le dit…ce sont des rumeurs. Il y a un travail qui est fait aujourd’hui. Vous savez, il y a quand même eu une crise, des affrontements et il y a une crise de confiance qui est là. Il ne faut pas demander à tous les militaires centrafricains de regagner les casernes s’ils ne sont pas rassurés qu’ils sont en sécurité. Je pense que sur le point concernant les FACA, cela va prendre un peu de temps pour que les gens se sentent en sécurité, qu’ils se sentent vraiment rassurés de regagner les casernes. Sinon il y a déjà un nombre qui est là. Il y a un nombre de policiers, de gendarmes et de militaires avec qui on travaille. Tout le monde n’est pas là mais nous espérons que dans les semaines et les mois qui viennent, nous aurons le maximum de FACA avec nous.

La sécurité c’est une affaire de tous, qu’avez-vous à lancer comme appel à la population centrafricaine aujourd’hui?
J’aimerai dire ceci à la population centrafricaine. La vengeance ne sert à rien. Je comprends la douleur des uns et des autres. Mais si vous devez raisonner en vengeance, cela va engendrer toujours la vengeance. Imaginez ce qu’a connu l’Afrique du Sud pendant l’apartheid. Si MANDELA au temps qu’il était au pouvoir, avait appliqué le langage de la vengeance, est ce que ce pays devrait être au niveau actuel ? Je ne crois pas. Si les Centrafricains veulent que ce pays continue à exister, il faut vraiment un sursaut national, que l’intérêt du pays prime sur les considérations personnelles de manière à ce que le pardon soit une arme et non un élément de vengeance.

 

 
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