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Stop! Ne me parlez plus de la «République» centrafricaine!

Par Danielle Mbari – leconfident.net - 15/07/2013

«De toute évidence, en Centrafrique, le pouvoir n'a pratiquement jamais été détenu par le peuple centrafricain…»

 

N'allez pas croire qu'il s'agisse là d'une quelconque décision prise afin de parer à la "centrafro-dépression" compte tenu de la multitude des exactions qui nous sont rapportées tous les jours... Non non, loin de là ! Mbï ngbâ tî yê Bêafrîka mîngi. Seulement voilà: Par définition, la "république" - du latin "res publicae" (la chose publique) - désigne un régime politique, un Etat, dans lequel le pouvoir appartient au peuple qui le confie à ses représentants par le biais d'élections. Ce régime s’oppose à la monarchie où le pouvoir est héréditaire, transmis selon des règles prédéfinies ou encore, dans la variante d’ailleurs musulmane que représente un "sultanat", par simple choix de celui qui le détient. En tout cas, quand on lit dans les appels au secours lancés par les frères et sœurs au pays, aujourd’hui, en juin 2013, que la "République Centrafricaine" se meurt, c'est tout simplement faux ! Elle est morte depuis belle lurette, la république, plusieurs fois, même, la toute dernière le 24 mars 2013!

 

Est-elle d’ailleurs jamais née, la «République» Centrafricaine?
Toute proclamée qu’elle fut le 1er décembre 1958, disons qu’elle exista à l’état de projet jusqu’à la mort de B. Boganda le 16 février 1959. David Dacko, qui militait dans le MESAN, parti de Boganda, succéda à ce dernier à la tête du pays par la force des choses ou plus précisément de la France. Cette dernière trouva en lui un allié parfait qui ne manquait d’ailleurs pas de la remercier, notamment le 13 août 1960, date de l’indépendance, déclarant que « la France a ainsi une fois de plus prouvé aux yeux du monde que sa mission était la protection de la liberté ». En tout état de cause, Dacko n’accéda à la présidence ni par choix du peuple centrafricain ni par le biais d’élections. On a tendance à l’oublier mais c’est lui qui fut le tout premier dictateur de la république ! L’amitié avec la France atteint rapidement ses limites lorsque Dacko flirta avec la Chine et devint donc embarrassant pour la France, celle-ci voyant ses intérêts menacés.

C’est ainsi qu’une nouvelle fois à la place du peuple centrafricain, la France choisit J.B. Bokassa comme futur nouveau « président de la république », le soutenant pour le renversement de Dacko par un coup d’état. Le plan, bien étudié, fonctionna effectivement le 1er janvier 1966. La période de Bokassa, le plus célèbre de tous les dictateurs de Centrafrique, n’est plus à raconter. On peut accorder à Bokassa d’avoir clarifié les choses quant à la prétendue «république» en se proclamant d’abord président à vie en 1972, puis souverain de l’Empire Centrafricain en 1976, apportant ainsi une certaine cohérence entre le régime en place et son appellation. Ce qu’il convient de retenir ici est simplement que, dans tout cela, le peuple centrafricain n’a pas eu son mot à dire, pas plus pour son «élection» que durant tout son règne.

Le renversement de Bokassa par la France en septembre 1979 (opération Barracudas) n’est plus un secret pour personne. Face à cet empereur incapable de gérer le pays, de satisfaire son peuple et de calmer les étudiants révoltés, la France lui préfère à nouveau Dacko qu’elle missionne de rétablir rapidement la « république ». A la clé, elle lui offre un poste de président, officialisé par des élections, pour la forme, le 15 mars 1981, défi que Dacko remporte bien évidemment (on sait s’y prendre) devant Ange-Félix Patassé.

Ce n’est pas non plus le peuple centrafricain qui a missionné le Général André Kolingba d’accéder au pouvoir par ce que certains appellent un coup d’état le 1er septembre 1981 ! Kolingba était choisi pour faire figure de celui qui estimait que la période appelée « Dacko II » avait assez duré. Après tout, Dacko avait déjà mangé ! A ce moment-là, comme auparavant, le peuple n’avait toujours rien à dire en « République Centrafricaine ». La dictature de Kolingba reste cependant assez discrète dans l’Histoire. Elle commença à tourner au rouge alors qu’il s’acharnait à réserver la gestion des choses aux seuls membres de sa famille ethnique, ce qui ne différait cependant en rien des pratiques de ses prédécesseurs.

Le « non-mandat » de Kolingba fut marqué en 1986 par un référendum – oui, enfin une consultation du peuple ! – et se solda par des élections présidentielles le 22 août 1993 qui accordèrent la victoire à Ange-Felix Patassé. Oui, pour la première fois dans l’Histoire de la « république », il s’agissait là effectivement (passons sur l’éventuel bourrage des urnes) d’un choix du peuple centrafricain ! On n’est jamais à l’abri d’une erreur et le peuple regrettera ce choix par la suite. Le pays connaîtra en effet durant le mandat de Patassé des records en arriérés de salaire donnant lieu en avril 1996 à de premières mutineries des militaires qui réclament leur dû, puis des grèves généralisées, et pour finir, de nouvelles mutineries de novembre 1996 à janvier 1997. Pour sauver le régime en place et palier à son incapacité à gérer les affaires de l’Etat, on tentera des pratiques plutôt démocratiques telle l’ouverture à un gouvernement d’union nationale ; le pouvoir ne tient plus qu’à un fil. La France observe discrètement. On préfère employer une force armée africaine, la MISAB. Il devient ici de plus en plus évident qu’en dehors du pouvoir, d’autres souhaitent avoir également la parole, ne serait-ce que par les partis de l’opposition, ce qui aboutit à une conférence de réconciliation nationale. La MINURCA chargée de faire régner l’ordre ne suffit pas. Rien ne va plus en Centrafrique ! Et tous sont d’accord (la France aussi !) que le temps est venu pour Patassé de laisser la place au prochain dictateur, pardon, «libérateur» !

Force est de constater que depuis la proclamation de la République, les périodes de l’Histoire durant lesquelles le pouvoir fut détenu par le peuple et pour lesquelles on peut réellement apposer l’étiquette d’une « république » au Centrafrique n’ont été que très rares et de courte durée.
Danielle Mbari – leconfident.net

 

Après une tentative de coup d’état manquée par le chef rebelle François Bozizé, tous (la France aussi !) sont de nouveau d’accord pour que ce soit lui qui vienne renverser Patassé à la tête du pays, ce qui se réalise par un coup de force le 15 mars 2003. L’espoir de lendemains meilleurs renaît et le pays est en fête à l’arrivée de ce Général putschiste qui s’autoproclame président (non, pas « de la République - ce serait paradoxal !), qui assure aux Centrafricains n’avoir pris le pouvoir que pour les libérer, que des élections présidentielles seront organisées auxquelles il ne se présentera pas et ceteri et cetera ! Suivant son slogan « Kwa Na Kwa » (le travail, rien que le travail !) tout le monde s’y remet. Arrive la préparation des élections et, ô surprise, la candidature « inattendue » de F. Bozizé ! Ces élections « libres et transparentes » du 8 mai 2005 sont marquées par de flagrants bourrages des urnes, laissent cependant le libérateur s’assoir plus confortablement sur le fauteuil présidentiel. Le peuple fait avec et déchante assez rapidement en subissant sa dictature de plus en plus flagrante (arrestations arbitraires, règlements de compte, exécutions sommaires etc.). Bozizé avait été repéré comme successeur de Patassé par les tireurs de ficelles « traditionnels », on ne peut donc affirmer qu’il s’agissait là d’un réel choix du peuple centrafricain.


De toute évidence, en Centrafrique, le pouvoir n'a pratiquement jamais été détenu par le peuple centrafricain. Ceci est encore et plus que jamais vrai depuis le 24 mars 2013 ! Ceux qui dominent actuellement le territoire (ou sont censés le faire) ont-ils été choisis par le peuple par le biais d'une élection ? L’originalité du pouvoir actuel est qu’il n’est même pas détenu par celui-là même qui s’en est emparé par la force et fait figure de proue de la rébellion (pour ça, c’est vraiment original, cette fois !) Le pouvoir du pays, le Centrafrique, est détenu par la Seleka, alliance ou amalgame de tout ce qui a suivi ou intégré le mouvement de rébellion par opportunisme, après coup (d’état et de fait !) et, de toute évidence, il n’appartient non seulement pas au peuple mais finalement bien plus à des forces beaucoup plus étrangères que nationales…

En tout cas, il est simplement aberrant de continuer à désigner de "république" quelque chose qui n'en est pas une et ne l’a pratiquement jamais été ! Au lieu de clamer « Vive la République ! » ou « Survive la République », ne serait-il pas pertinent de réfléchir si l’on souhaite réellement crier que « Naisse la République ! » ? Est-il vraiment souhaitable de persister à vouloir la voir naître, cette « république » alors qu’on ne cesse depuis l’indépendance de l’avorter ? Oh, bien sûr, les « intellectuels » bien formatés (ceux qui sont allés à l’école des blancs et y ont étudié), crieront qu’ils veulent des libertés et la démocratie pour le pays ! Mais entre une « République dictatoriale » et une monarchie libérale laquelle préféreriez-vous (pas vous, les blancs, mais vous, là, les Centrafricains) ?

A l’heure où tous s’interrogent sur l’avenir du Centrafrique et s’apprêtent à devoir choisir entre le mauvais et le moins pire, n’est-il pas légitime de s’interroger si une « république » calquée sur celle de l’ancienne puissance coloniale est effectivement le bon choix à formuler pour le pays, si un tel régime « républicain » est réellement le mieux adapté au Centrafrique…? A-t-on réellement besoin de « ministres », de « députés », etc. Nos chefs traditionnels n’avaient-ils pas bien mieux les choses en mains jusqu’à ce qu’on leur arrache la chefferie ? Qu’a-t-on gagné à mettre en poste périodiquement des dictateurs nuisibles en guise de « gouverneurs » ? Peut-on imaginer un Centrafrique centrafricain, dans lequel le peuple serait effectivement libre mais souverain sous un régime qui intégrerait uniquement les bonnes choses apprises dehors (libertés, droits de parole, droits de l’Homme) à un système traditionnel de gestion des choses publiques adapté et à la culture et la mentalité de la population ?

L’Histoire du Centrafrique ne s’écrirait-elle pas mieux par des réflexions nouvelles que par photocopie des pages déjà écrites ? Avez-vous des suggestions pour un nouveau nom à donner à cette «non-république» centrafricaine et des idées pour un modèle à la fois innovant et traditionnel à l’image de l’Afrique afin d’inscrire une page vraiment nouvelle à l’Histoire de Bêafrîka?
 
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1 COMMENTAIRES

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Ne nous en parlez plus tout

Par Ed

16/07/2013 20:14

Ce pays est la honte du monde, laissons le disparaitre svp...

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