INTERVIEW  |    

Centrafrique: «le panorama est noir»

Par Céline Lussato - Le Nouvel Observateur - 10/07/2013

Pour Action contre la faim, il est urgent d'agir pour faire sortir du silence la grave crise humanitaire qui parcourt le pays. Interview.

 

Alain Coutand, directeur régional à Action contre la Faim, en appelle avec quatre autres ONG (1) aux Nations unies : une mobilisation est urgente "au risque, sinon, de se retrouver avec une crise humanitaire sans précédent au centre de l'Afrique."

Pourquoi lancer un appel pour la République Centrafricaine 9 juillet?
Cela fait, tout d'abord, plus de quatre mois que la crise humanitaire a éclaté avec le coup d'Etat de la Seleka et nous sommes plus qu'étonnés du silence de beaucoup d'acteurs. Ensuite, il y a, ces jours-ci, la visite en République centrafricaine de Valérie Amos, secrétaire générale adjointe des Nations unies. Et nous souhaitons l'interpeller pour lui demander de réinvestir le champ humanitaire dans la région. Il y a urgence.

 


© JDD/SIPA
L'association Action Contre la Faim en République Centrafricaine
La situation humanitaire se détériore dans un pays où les crises se succèdent depuis des décennies. Comment se manifeste cette aggravation?
Sur un terreau chronique, faire ressortir une crise est effectivement souvent difficile. On le fait donc, aussi, au moment où il y a de vrais chiffres le démontrant. Concrètement, pour ACF, cette crise se manifeste notamment par le doublement en mai du nombre d'enfants malnutris dans les centres que nous appuyons, doublement par rapport à l'année passée et donc à une époque déjà compliquée. Autre indicateur : on a l'habitude de villageois qui vivent de l'agriculture avec trois ou quatre mois de réserve. Or, aujourd'hui, ils ont à peine un à deux mois de réserve alimentaire. On est donc dans l'anticipation d'une crise encore plus grave.

Vous soulignez l'insuffisance de l'action des Nations unies. Comment l'expliquez-vous?
Les conditions sécuritaires expliquent pour beaucoup le manque d'action des Nations unies qui sont présentes à Bangui et, en dehors du pays, à Yaoundé puisque pour ces raisons sécuritaires ils effectuent des rotations avec le Cameroun. Cela nous paraît bien insuffisant par rapport aux enjeux actuels. Certes, il est difficile de travailler en RCA mais on peut le faire. Beaucoup d'ONG sont présentes et travaillent sur place. Les Nations unies doivent réinvestir d'urgence ce champ-là.

 


© journaldebangui.com
Quelles sont les mesures d'urgence nécessaires?
Il est possible de travailler sur le terrain même, en dehors de Bangui, de travailler avec les communautés en direct, d'interagir avec les départements malgré les difficultés administratives. Il y a aussi des possibilités d'appuyer financièrement les organisations de solidarité sur le terrain, qu'elles soient religieuses ou non... Il y a une myriade d'actions possibles! Mais il faut être sur place pour les mettre en place, pour comprendre la meilleure façon de procéder, comprendre qu'il y a un impact de ces actions malgré le panorama extrêmement noir qui pèse sur le pays.

L'appel lancé vise à une amélioration de la situation humanitaire. Une stabilisation politique dans le pays ne permettrait-elle pas de faciliter une sortie de crise humanitaire?
Nous en appelons aussi les instances politiques, tant au niveau de l'Union africaine que de la Communauté des Etats d'Afrique centrale pour trouver une solution politique. L'un des préalables à la sortie de crise étant le retour à une situation sécuritaire normale et à une structure gouvernementale au moins reconnue partiellement. Il faut que la communauté internationale – la France, l'Union européenne, l'Union africaine – déploie une force internationale de maintien de la paix, quelle que soit sa forme. La population doit reprendre confiance dans le gouvernement actuel pour que les ONG puissent travailler mieux. La grille géopolitique est complexe, le panorama assez noir, mais, avec des moyens, on peut travailler. La communauté internationale doit donc se mobiliser sur les questions humanitaires et sécuritaires au risque, sinon, de se retrouver avec une crise humanitaire sans précédent au centre de l'Afrique.
 
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POURQUOI NOUS NOUS ASSOCIONS A CETTE ACTION

Par Jean M'balanga

11/07/2013 15:52


Les associations humanitaires de par le monde sont le dernier rempart pour venir en aide à nos populations. Dans cette guerre des idéologies totalitaires (intolérance libérale, intolérance islamique, intolérance des dictatures) toutes ces ONGS sont les dernières lueurs avant la nuit.

Depuis 4 mois, nous pataugeons sans aucune vision claire. Bien sur le temps de la politique se met en marche. Mais nous de la diaspora devons tonifier notre intervention pour qu'elle soit encore plus efficace. Quand la politique interviendra en son heure, plus jamais une telle débâcle ne devra survenir. Nous, cadres, classes moyennes, dirigeants, intellectuels centrafricains sommes conscients d'une humiliation historique.

P O U R Q U O I ?

1- Les nouvelles nations, au lendemain de la seconde guerre mondiale, sont l'œuvre des intellectuels. Les nations modernes sont des constructions juridiques, morales, technologiques, c'est à dire seule les intellectuels y comprennent quelque chose. Les traditions immuables de nos vieilles sociétés "intro déterminée" ont cessé d'avoir le feu sacré, libérant une nouvelle phase de mobilisation des forces sociales, plus informées, plus revendicatifs, pour la JUSTICE SOCIALE et le DEBAT DEMOCRATIQUE. Les intellectuels ont compris, au crépuscule des pouvoirs moyenâgeux, qu'ils s'installaient pour longtemps à la direction des Etats - Nations.

2- L’architecture politique et sociale de la nation centrafricaine est à faire. Or, entre la vision opportuniste et bassement égoïste d'une petite bourgeoisie bureaucratique au service d'un système mondialisé de la corruption et les vrais militants de "la cause nationale pour une œuvre populaire"; une vraie crise collective a ainsi désarticulé le projet républicain d'une société apaisée et sécularisée. Depuis 50 ans de gestion locale du pouvoir, peu d'hommes politiques dans ce pays n’ont exercé une autorité au-dessus des clans. NOUS SOMMES RESTES PRISONNIER DES CARRICATURES REGIONALISTES. Baganda nous a laissé définitivement orphelin.

3- Il nous revient de reconstruire un espace public majeure, en intégrant nos diversités culturelles. Il y a d'un côté l'institution immuable d'un pouvoir politique légitime s'incarnant à travers les lois, les conflits, et la justice de l'Etat républicain; de l'autre le travail de l'histoire où chaque centrafricain cherchera à tirer de la communauté nationale et de lui-même, les ressources de son épanouissement. En langage claire, nous voulons une société solidaire, qui puise dans la force de ses élites, la quintessence d’un avenir heureuse. Au lieu de brader nos ressources minières, nous soulagerons, grâce aux ressources tirées du marché mondial, les misères impondérables de nos populations

Mais ses réflexions lointaines ne nous écartent pas du rôle colossal, qu’investissent les associations humanitaires auprès de nos populations. En les soutenants, nous éloignons la mort qui rode, et qui frappe indistinctement les enfants, les mères en détresse, les malades sans soin. Notre pays a besoin plus qu’ailleurs les ONGS qui œuvrent face à la disparition d’un système étatique. La folie islamiste qui s’abat comme au moyen âge dans nos rues, plein d’enfants dans la promesse de leur âge, marquera à jamais l’âge d’or d’un humanisme fraternel en République Centrafricaine

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