FOCUS  |     CONSEILS PRATIQUES  |    

Bernard Leménager: «les Centrafricains ne doivent pas rester les grands oubliés»

Par Céline Lussato – Le Nouvel Observateur - 10/07/2013

Alors que cinq ONG appellent à l'aide pour la Centrafrique, le chirurgien qui revient de Paoua, décrit la situation sanitaire dans le pays

 

Quelle est la situation en ce moment dans le pays?
J'étais à Paoua qui se trouve dans le Nord-Ouest de la Centrafrique, pas très loin de la frontière avec le Tchad, dans un hôpital que MSF a repris il y a 5 ou 6 ans, un endroit qui avait été sinistré par la rébellion locale en 2008 mais n'a pas été tellement touché par les événements fin mars. On peut donc dire qu'il reflète l'état général du pays où tout est désorganisé: il n'y a plus d'Etat, plus d'administration, une insécurité permanente… Notre hôpital fonctionne parce qu'il s'agit d'un hôpital MSF avec du personnel local payé par MSF, du ravitaillement MSF, de la logistique MSF… Mais j'ai reçu un gamin hospitalisé 15 jours avant à Bozoum, la grande ville du Nord-Ouest, après avoir été pris dans un éboulement. Il avait une luxation de hanche, donc un problème qui se voit à l'œil nu, et il n'avait pas eu de radio parce qu'à Bozoum il n'y a pas de radio possible! Le système de santé est inexistant. Et puis, on commence aussi à ressentir la malnutrition, même si le pire reste à venir. Et avec l'arrivée de la saison des pluies ces jours-ci, le paludisme connaît une recrudescence.

 


© ouest-france.fr
Bernard Leménager est chirurgien. Il revient tout juste de République centrafricaine où il était parti pour MSF.
Le paludisme se soigne assez bien en principe maintenant…
Oui, ça se soigne. Mais à condition d'avoir accès à un système de santé. Si on considère les infrastructures de MSF par exemple: nous avons l'hôpital central à Paoua où les gens de la ville peuvent venir facilement. Nous avons ensuite les centres de santé à 50 km. Mais entre les centres, il y a aussi 50 km. Les gens dans la campagne ont donc un accès difficile aux centres de soin. Les gens qui viennent en catastrophe chez nous arrivent en moto, il n'y a pas d'ambulance… y compris des femmes enceintes dont le travail a commencé depuis des heures, qui constatent qu'il y a un problème et qu'on installe sur une moto. Vous imaginez l'état dans lequel les patients nous arrivent…

Malgré le manque de financement international, il est possible de travailler en RCA?
La situation est un peu biaisée parce que MSF fonctionne avec des fonds propres, ceux de nos donateurs. Nos programmes continuent, avec les difficultés liées au pays – nous nous sommes fait piquer tous notre matériel à Bangui au moment des derniers événements par exemple, mais nous parvenons à joindre les deux bouts. En revanche, les autres ONG, qui fonctionnent sur fonds institutionnels n'ont pas cette liberté de continuer à exercer depuis que les institutionnels se sont désengagés. Et nous avons beaucoup de mal à mobiliser pour ce pays où vivent 4,5 millions de personnes étalées sur un pays aussi grand que la France. Pourtant, ces gens magnifiques sont dans une détresse folle. Il ne faut pas qu'ils restent les grands oubliés.

 

 
MOTS CLES :

0 COMMENTAIRES

Afficher tous les commentaires | Poster un commentaire

POSTER UN COMMENTAIRE

Identifiez- vous : pseudo* e-mail
Titre du commentaire
votre commentaire
Etre prévenu par email quand une réponse est faite
Ne cochez oui que si vous voulez recevoir des mails en cas de réponse sur ce sujet et que vous avez saisi votre mail
Je reconnais avoir pris connaissance des conditions d'utlilisation

POLITIQUE

SPORTS

ECONOMIE & BUSINESS

DOSSIERS

Culture & Loisirs

Société

Débats & Opinions

Personnalités

Agenda - événements

Lancement du Africa CEO Forum 2015
Tous les événements

TOUT L'UNIVERS JOURNALDEBANGUI.COM

DOSSIERS

Dossiers

L'INTERVIEW

Interview

COMMUNIQUES OFFICIELS

Communiqués