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La voix centrafricaine des sans voix

Par Olivier Tallès - la-croix.com - 10/07/2013

Une journaliste courageuse, Sylvie Panika, dirige la Radio Ndeke Luka, seule «radio locale à dire la vérité» selon les auditeurs centrafricains

 

La journée commence par un défilé de plaignants. Hommes ou femmes, paysans ou professeurs, anonymes ou VIP : les victimes d’exactions commises à Bangui, la capitale de la Centrafrique, sont accueillies chaque matin par la directrice de Radio Ndeke Luka, Sylvie Panika, et ses journalistes. Une mère détaille à l’antenne le vol de sa voiture. Un homme au visage maculé de sang témoigne des circonstances de son agression. Les coupables? Tous pointent du doigt les anciens rebelles de la Séléka qui ont pris le pouvoir le 24 mars dernier.

 


© Olivier Tallès - la-croix.com
Au micro de Radio Ndeke Luka, Sylvie Panika donne la parole aux victimes d’exactions commises à Bangui, depuis le coup d’état du 24 mars 2013
«Nous relayons le ras-le-bol»
Les journalistes écoutent, notent, enregistrent puis recoupent les témoignages. «Les gens viennent se plaindre à la radio comme ils vont à la clinique ou au commissariat, explique Sylvie Panika. Nous relayons sur les ondes le ras-le-bol de la population et l’incapacité des autorités à rétablir la sécurité. Mais nous devons redoubler de vigilance.» En ces heures où la plupart des auditeurs sont prêts à croire n’importe quelle rumeur contre les auteurs du coup d’État, la crédibilité de la rédaction est en jeu. Dans le paysage médiatique centrafricain dévasté par les crises politiques à répétition, Radio Ndeke Luka («l’oiseau de la chance en Sango») a valeur d’institution que l’on vive à Bangui ou dans un village de brousse isolé à la frontière du Congo Brazzaville. «D’après un sondage mené par la radio Voice of America, nous concentrons 80 % des auditeurs de la Centrafrique», se félicite sa directrice. Le public reconnaît le sérieux de ses journalistes et loue l’impartialité des émissions.

Une radio à l’histoire singulière
Son indépendance, Radio Ndeke Luka la doit à son histoire singulière. C’est une enfant du programme Hirondelle, une fondation suisse qui soutient des médias d’information dans les pays en crise. Aujourd’hui, des fonds de l’Union européenne, de la coopération suisse et de l’ambassade américaine assurent 80% du budget, le reste provenant de la régie publicitaire. «Nous conservons un statut d’association, précise la directrice, ce qui nous donne une liberté de ton unique dans ce pays.»

Un journalisme sérieux et exigeant
Du haut de ses 45 ans, la journaliste parle d’expérience. Après des études en communication au Caire, puis une formation en France, Sylvie Panika a passé dix années à la Radio nationale, subissant la censure et les pressions en tout genre. Quand Radio Ndeke Luka part à la conquête des ondes en 2000, elle se lance dans l’aventure. «Dès lors, j’ai pu mettre en pratique les règles du journalisme sérieux et exigeant», se félicite-t-elle. Les reportages s’enchaînent, au rythme des coups d’État et des violences qui émaillent l’histoire de la Centrafrique. En treize ans, Sylvie Panika a perdu le compte des menaces proférées contre la station et ses passeurs d’informations. «Les derniers temps du régime du président Bozizé ont été très dur, confie-t-elle. Des correspondants ont été obligés de fuir en brousse. On n’a pas eu de nouvelles d’eux pendant des mois.»

Vivre avec la peur
Au lendemain du coup d’État du 24 mars, la radio est pillée par les rebelles comme presque tout ce qui brille à Bangui. Les soudards volent la voiture, les quatre motos des reporters, les ordinateurs, tout l’argent. Le personnel n’est pas épargné. Un fusil braqué contre son torse, la directrice doit donner son passeport, son téléphone et son portefeuille à des soldats en traversant un barrage. La suite ici

 

 
MOTS CLES :  Panika   Radio Ndéke Luka   Journalisme   Séléka 

1 COMMENTAIRES

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Reconnaissance et remerciement.

Par noumeva

11/07/2013 12:15

Je demanderai aux centrafricains de faire une pétition au près de reporter sans frontière afin de décerner un prix qui reste à déterminer ensemble à notre chère sœur, bref maman S. Panika. Pas seulement à elle, mais aussi à l'homme de Dieu, Dieudonné Nzapalahinga. Ces gens ont porté les cris des centrafricains aux oreilles du reste du monde. On n'oublie pas aussi toutes et tous ceux qui portent les cris des centrafricains sur le toit du monde.
Mbi bara mo mingui mama S. Panika. Nzapa a iri tènè nzoni na ndo ti mo na ti Radio Ndèkè-Luka kouè.

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