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Centrafrique: l’impasse actuelle et l’échec politique d’une génération?

Par - 07/06/2013

Par Rodrigue Joseph Prudence MAYTE

 

On ne peut ébaucher des analyses ou épiloguer longtemps sur la Centrafricaine sans pour autant placer la main en visière dans l’unique but de scruter dans le moindre détail la manière à laquelle l’avenir du pays se profile à l’horizon…Une technique scientifique qui ne peut se faire sans un regard croisé et spontané dans le rétroviseur. A vrai dire l’impasse excessive actuelle de la Centrafrique trouve son explication dans les causes endogènes et exogènes des différents soubresauts que le pays a connus. Tant qu’on ne dispose pas une vue synoptique sur ces différents événements fâcheux et un regard inquisiteur sur l’avenir de la Centrafrique, on risque de faire une analyse complaisante sur la situation sociopolitique du pays. Pire encore, lorsqu’on se place du côté de ceux qui font l’actualité, on peut être tenté d’encenser quelques comètes du pouvoir, de dédouaner certains faucons du sérail ou alors de clouer au pilori d’autres personnalités qui sont manifestement en disgrâce. Une telle approche analytique ne peut être qu’en déphasage avec la réalité du pays car elle constituera la face cachée de l’iceberg. Presque tous les hommes politiques sans exception se bouffent le nez sur la crise contemporaine et se rejettent mutuellement la responsabilité du bourbier dans lequel le pays se trouve. Il suffit d’observer l’environnement sociétal actuel pour discerner la morosité du paysage politique. A l’évidence les Centrafricains doivent aborder sans ambages toutes les questions qui fâchent car elles constituent justement le socle du manque de maturation politique qui a toujours désorienté le pays depuis une époque lointaine.

 


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Rodrigue Joseph Prudence MAYTE
L’analyse approfondie du paysage politique centrafricain met en exergue l’existence réelle des guerres de positionnements, des querelles d’égo, des courants d’hommes en lieu et place des courants de pensée qui ne facilitent pas forcément la résolution durable de la crise répétitive du pays. D’un côté, on dénombre des Centrafricains qui soutiennent mordicus la junte au pouvoir et qui estiment que l’embrasement du pays incombe inéluctablement à l’ancien président BOZIZE. De l’autre côté, on observe les partisans de l’ancien président BOZIZE qui militent pour le rétablissement de la vérité sur la crise centrafricaine et n’hésitent pas un seul instant à dénoncer les manœuvres dilatoires des alliés de la junte au pouvoir. Un quiproquo qui a connu maintes fois ses lettres de noblesses dans le paysage politique centrafricain. Il n’est point un secret de polichinelle que le paysage politique centrafricain a toujours fonctionné à la manière d’un dualisme. Régulièrement, les personnalités qui font l’actualité se rejettent la responsabilité des dérives du pouvoir. Par le passé, on attribuait la décadence du pouvoir aux anciens présidents défunts KOLINGBA et PATASSE. Or la précarité sociopolitique demeure stable en dépit de l’absence des anciens présidents dans la gestion de la chose publique. Aujourd’hui encore, certaines personnes pensent que l’ancien président BOZIZE constituait un obstacle au développement du pays. Supposons que l’ancien président BOZIZE était réellement un frein au développement du pays comme l’attestent ses détracteurs…Pourquoi la Centrafrique peine t’elle depuis plus de deux décennies à connaître une stabilité sociopolitique voire économique?

En passant en filigrane l’historicité de la Centrafrique, on constate que le pays a connu une kyrielle d’événements malheureux dont l’opération zaraguina (coupeurs de route), les multiples rébellions, les coups d’états à répétition, les mutineries, les exactions et autres exécutions sommaires. L’objectif de cette analyse n’est pas de refaire l’histoire pour la simple raison qu’on risque de dépoussiérer un bottin d’événements macabres qui n’épargne guère tous les régimes successifs en Centrafrique. Diantre ! Inutile de déshabiller Pierre pour habiller Paul. D’ailleurs, tous les analystes s’accordent à dire qu’il y’a un manque de maturation politique dans le pays. Par conséquent, il est indécent de faire l’esbroufe en pointant du doigt les autres alors que l’impasse, dans laquelle le pays se trouve, débute à une période lointaine et aucun régime n’a su lui trouver un palliatif idoine. Bien que le pays traverse une impasse excessive, certains hommes politiques s’adonnent à leur sport favori à savoir la transhumance, le transfuge. Ainsi de régime en régime, ils changent de veste et in fine ils ne changent maintenant que de tee-shirt. Ce qui est surprenant, la situation centrafricaine n’a pas changé d’un iota en dépit de ces différents régimes et les revirements à tour de bras des hommes politiques centrafricains.

Un parolier de l’orchestre JMC disait en Sango dans son album intitulé « A qui la faute » je le cite : « Ala gba ti té, ala kiri ala té » qui veut dire mot à mot en Français « Vous mangez et vous continuez encore de manger ». Cette pensée sous-jacente du parolier cache une insinuation selon laquelle les personnalités, qui font l’actualité, ne pensent qu’à leurs propres intérêts et ne se soucient point du développement de la Centrafrique. Fort de tout ce qui précède, il y’a lieu de jeter le pavé dans la mare qu’il s’agit purement et simplement de l’échec d’une génération. Bien évidemment, l’intention primordiale n’est pas de susciter un conflit de génération mais de mettre plutôt de l’ordre dans l’anarchie et de remettre l’espoir à la place du désespoir. Malgré les régimes successifs en Centrafrique, les défis qui s’imposent au pays demeurent intacts alors que les anciens présidents sont régulièrement fustigés et pointés du doigt. Toutefois, le socle du manque de maturation politique demeure et se métamorphose à travers les différents régimes. Cet avatar constitue le panier à crabe du paysage politique centrafricain. D’ores et déjà, on dénote certains hommes politiques centrafricains qui n’hésitent pas à opter pour des méthodes peu orthodoxes dans l’intention de participer à la « mangecratie ». Ils sont même capables de recourir au mercenariat dans l’unique but d’accéder à la magistrature suprême. Une technique balourde qui alimente et enrichit la haine depuis un certain temps à travers tout le pays.

A priori, la réalité quotidienne démontre que les hommes politiques centrafricains n’utilisent que deux signes arithmétiques à savoir la soustraction et la division pour imposer leurs marques de fabrique. Ce faisant, certains n’hésitent pas à utiliser le signe de la soustraction comme une méthode d’élimination physique ou de contrainte de leurs détracteurs à l’exile. A fortiori, d’autres mettent en amant le signe de la division comme une stratégie de désunion pouvant leurs permettre de maîtriser les différents contextes en vue de trancher au moment opportun. Nonobstant, ces derniers surfent sur l’illettrisme avéré d’une partie de la population et l’analphabétisme affiché de la Centrafrique profonde pour instrumentaliser les maillons faibles. En toute vraisemblance, la population centrafricaine doit formuler une philosophie d’une communauté de destin. Cette nouvelle approche passe nécessairement par une mutualisation d’énergie de tous les fils et filles du pays. L’heure est à l’apaisement et tous les Centrafricains doivent absolument regarder dans la même direction. Pour ce faire, certains Centrafricains doivent sortir de leurs anfractuosités partisanes, ethniques et de leurs clivages pour booster le pays vers une république exemplaire. Assurément, le pays a fortement besoin d’un renouvellement de l’élite. De surcroît, la magistrature suprême de l’état doit être chapeautée par un rassembleur, un leader politique qui prône non seulement la paix mais qui est également capable de fédérer toutes les sensibilités autour de lui. Les discours belliqueux et les déclarations incendiaires doivent être bannis durant cette reconstruction nationale.

 

 
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