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Centrafrique: le choix entre continuité ou une rupture

Par RJP MAYTE - 03/06/2013

«Il est temps de mettre un holà dans cette chienlit organisée qui caracole dans le pays depuis fort longtemps»

 

Il a juste fallu dix(10) ans après l’éviction du défunt président Ange Félix PATASSE pour que la Centrafrique renoue avec son passé d’instabilité. Il n’est de secret pour personne que la Centrafrique vit un bouleversement sociopolitique d’une manière cyclique depuis les indépendances jusqu’à nos jours. Le constat est certes amer mais nous n’allons pas refaire l’histoire en nous attardant sur ces soubresauts répétitifs. Il incombe à la Centrafrique de s’inscrire dans les nouvelles dynamiques politiques, sociales, économiques, énergétiques à l’instar des autres pays du continent. Seulement ce réalisme politique, qui constitue le reflet d’une gouvernance tangible dans certains pays africains, est loin d’avoir un début d’applicabilité en Centrafrique. L’historicité de la Centrafrique révèle que le pays a connu lors de l’époque dictatoriale un développement économique appréciable par tout le monde et une avancée en termes d’infrastructures. Quasiment toute la Centrafrique a été construite durant l’ère de la dictature précisément sous l’égide du défunt président Bokassa.

 


© journaldebangui.com
Rodrigue Joseph Prudence MAYTE
Curieusement, depuis les années 90 avec l’avènement de la démocratie, le pays s’embrase au fur et à mesure. Les routes sont dans un état de délabrement avancé, les ponts sont défectueux, le tissu économique se détériore peu à peu et avec l’apprêté de la vie les plus burlesques on assiste à une paupérisation voire une clochardisation de la population. A cela s’ajoute un nanisme sans précédent du paysage politique et de l’administration centrafricaine. Fort de tout ce qui précède, la tentation d’une laborieuse analyse est grande. D’un côté, certains analystes politiques pensent que la tergiversation sociopolitique de la Centrafrique est l’œuvre d’un sous-développement structurel, d’un manque de maturation politique et d’une absence de renouvellement de l’élite. De l’autre côté, certains analystes estiment que cet atermoiement sociopolitique trouve son explication dans les querelles d’égo, l’infantilisme tatillon des leaders politiques centrafricains basé sur un intérêt grégaire égoïste et un transfuge sans vergogne sur les fonts baptismaux d’une traitrise abyssale.

Dans un regard analytique et croisé des impressions citées ci-haut, l’homme politique centrafricain devient le centre de symétrie incontournable des défis qui s’imposent au pays. Il faut admettre que dans un premier temps, l’analyste pointe du doigt le sous-développement structurel de la Centrafrique. Il serait acceptable de reconnaître que la nomenclature actuelle de l’administration centrafricaine est l’œuvre de l’époque coloniale. Dès lors le fonctionnement de l’administration centrafricaine nécessite une adaptation avec la réalité mondaine. Il est bien vrai qu’un travail qualitatif ne peut s’opérer à ce niveau qu’avec un capital humain sélectif. Or avec la fuite des cerveaux, la Centrafrique manque certaines compétences distinctives capables de booster davantage le pays vers un développement durable.

… plusieurs Centrafricains réclament un renouvellement de l’élite en vue de prôner radicalement une rupture politique qui pourrait booster le pays vers un développement durable.
Rodrigue Joseph Prudence MAYTE

 

Ce faisant, le manque de maturation politique constitue un panier à crabe énorme qui nivelle tout le temps le pays vers le bas et promeut un éternel recommencement. Là ou le bât blesse, ce manque de maturation politique favorise la querelle d’égo, le transfuge et certains arrangements de bas étage. La nuance est très infime entre les leaders politiques et les chefs rebelles en Centrafrique. Il est même difficile de disséquer un homme politique qui se veut démocrate d’un chef rebelle pour la simple raison que les deux jouent un rôle d’interaction dans la brume contemporaine. A fortiori, le changement brutal du 24 Mars 2013 laisse encore un arrière-goût que les Centrafricains ont du mal à digérer. D’emblée, on a l’impression que la junte au pouvoir a plutôt retiré la Centrafrique dans le 21ème siècle pour la ramener à une époque moyenâgeuse. L’époque à laquelle l’obscurantisme battait encore la compagne.

Les gens normaux sont combattus pour leurs véracités. En plus, il suffit de pousser une analyse dénonciatrice pour être la cible des structures de ripostes des différentes personnalités qui font l’actualité. De facto, on voit apparaître sur les réseaux sociaux et un peu partout des pourfendeurs avec un nom d’emprunt dans l’unique but de jeter l’opprobre sur les scribouillards. Quel contraste saisissant! Alors la question qui revient sur toutes les lèvres est celle-ci: «Faut’ il continuer avec cette pratique politique ou prôner radicalement une rupture?» La question de la continuité politique peine en ce net moment à entretenir un débat quelconque dans la Centrafrique profonde. En revanche, plusieurs Centrafricains réclament un renouvellement de l’élite en vue de prôner radicalement une rupture politique qui pourrait booster le pays vers un développement durable. Cette rupture ne sera possible qu’avec un leader charismatique qui aura certainement une vue synoptique sur le système qui a toujours affaibli le pays à travers les différents régimes. Dans ce cas de figure, la Centrafrique n’a pas seulement besoin d’un tribun mais d’un faiseur également car nous devons à la vérité que très peu d’hommes politiques du pays savent joindre la parole à l’acte. Il est temps de mettre un holà dans cette chienlit organisée qui caracole dans le pays depuis fort longtemps.
 
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