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Centrafrique: le traquenard politique devenu un drame social

Par RJP MAYTE - 07/05/2013

"Les problèmes de cœur se trouvent curieusement sur la place publique et la peoplelisation s’enracine davantage"

 

Il est très difficile d’envisager un développement durable en Centrafrique tant qu’on n’éradique pas le traquenard politique qui est devenu actuellement un drame social. Pour qu’un projet hardi de développement sociopolitique voire économique puisse porter ses fruits de nos jours, un minimum de débat interne et critique est un préalable incontournable. Aujourd’hui, la Centrafrique vit dans le repli, le déni de ses contradictions pour la simple raison qu’elle a toujours été imperméable à l’autocritique. Mais comment admettre qu’un traquenard politique qui était jadis une alerte puisse devenir depuis plus de deux décennies un drame social ? La tentation d’analyser ce questionnement est grande car il devient quasiment la tasse de thé de tous les Centrafricains sans exception. Il est d’une évidence absolue que le traquenard politique est l’œuvre d’un système qui a toujours existé et qui continue d’ailleurs de l’être à travers les différents régimes qui se sont succédés depuis les indépendances jusqu’à nos jours en Centrafrique.

 


© cap
Rodrigue Joseph Prudence MAYTE
D’ores et déjà, ce système n’est rien d’autre que le rempart des faucons, des personnalités issues du premier cercle autour des différents présidents en Centrafrique. Dans les pays évolués, ce système sert à mettre en musique d’une manière synchronisée la politique du pouvoir en place. Néanmoins, il sert en Centrafrique à constituer un cabinet noir qui dresse les règles du jeu d’une guerre de positionnement, des crocs-en-jambes et d’une vie politique ressemblant à un panier à crabe. Cette pratique politique, qui commença depuis l’état totalitaire du pays, résista à l’avènement de la démocratie et se solidifia avec le temps au point de devenir un drame social. La méthode usitée par ce cabinet noir semble être les stéréotypes, la caricature. Il n’est de secret pour personne que cette méthode fonctionne avec autant d’efficacité en Centrafrique. Plusieurs personnalités ont été accusées et incarcérées pour atteinte à la sûreté de l’état, de détournements de fonds sans aucunes preuves irréfragables. Que des supputations, des stéréotypes qui n’ont connu l’ombre d’aucunes démonstrations concrètes car la stratégie de base est l’élagage et le positionnement.

Ce qui surprend, c’est l’ampleur et la solidification de ce système. Plusieurs hommes politiques proches des différents régimes ont continué ce système depuis les indépendances jusqu’à nos jours. Certains l’entretiennent pour rester toujours à côté du soleil puisqu’ils n’aiment pas le froid. En revanche, d’autres sont plutôt les victimes des atrocités du système. Bien évidemment, lorsqu’on écoute le parolier de l’orchestre JMC dans son single titré : «A qui la faute» on comprend clairement les méandres de ce traquenard politique. Qu’un gavroche de Bangui ou des environs ait envie de siffloter ce refrain, c’est plus que compréhensible. A l’époque, le traquenard était plutôt une alerte mais à l’heure actuelle il est devenu un drame social. On se rappelle encore de la célèbre phrase provenant des soubresauts de Bangui à l’époque de l’ancien régime du défunt président Ange Félix PATASSE en Sango: « Akoli a kpé », d’une traduction littérale: « que les hommes fuient ».Cette phrase qui n’est d’ailleurs que l’œuvre d’un commérage, de la commune renommée a semé la panique dans l’esprit et le cœur de tous les Centrafricains. En ce temps, j’étais au quartier Sica 3 chez un ami. Son père était entrain de prendre un bain et lorsque ce dernier écouta soudainement la fameuse phrase : « A koli a kpe »,il sortit de la douche en courant sans pour autant sécuriser tout son corps qui attira ça et là des regards passionnés des uns et des autres.

D’ailleurs, il n’était pas le seul à courir à ce point puisque la gente masculine s’adonnait à ce sport également. En réalité, la vie d’aucun Centrafricain n’était inquiétée si ce n’était que du pur commérage qui a causé cette panique. On n’a même l’impression que le pays fonctionne sur la base de la commune renommée car très peu sont les Centrafricains qui arrivent à faire un distinguo entre une affaire privée et celle qui est d’utilité publique. Le pouvoir est de facto confondu avec le sentiment et l’humeur. Les problèmes de cœur se trouvent curieusement sur la place publique et la peoplelisation s’enracine davantage. Les enfants des directeurs s’érigent au rang et prérogative de leurs pères et imposent leurs marques de fabrique un peu partout. Il en va de même pour les enfants des ministres et des présidents. Pire encore, les gens ne vivent que dans l’utopie. Les potentiels héritiers souhaitent d’une manière anticipée la mort de leurs parents en vue de s’accaparer des biens familiaux dans l’unique but de faire de l’esbroufe à travers une gabegie qui ne dit pas son nom. Un traquenard qui était purement politique s’implante d’une manière vertigineuse dans la société.

Les problèmes familiaux des uns deviennent des atouts politiques des autres dans l’unique intention du noircissement …Un véritable traquenard politique qui n’a plus lieu d’être dans la nouvelle Centrafrique. Le pays doit avoir des courants de pensée et non des courants d’hommes. Toutefois, un système ne pourra être bénéfique pour le régime en place que s’il a pour mission la mise en musique de la politique du pouvoir. Les crocs-en-jambes, la guerre du positionnement et celle d’égo, qui ont toujours constitué un panier à crabe de la vie politique centrafricaine, ont montré leurs limites pour la simple raison que les différentes frustrations issues de ces acharnements ont donné lieu à tous ces événements fâcheux.

Rodrigue Joseph Prudence MAYTE

 

 
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