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Bangui, un nouveau drame "à huis clos"?

Par Gilles Labarthe - DATAS - 17/04/2013

Dans la capitale de la Centrafrique, le niveau est passé à l’alerte rouge depuis «l’élection présidentielle par acclamation» de Michel Djotodia, chef rebelle de la Seleka, samedi 13 avril

 

Rien ne va plus dans la capitale de la Centrafrique depuis l'auto-proclamation de Michel Djotodia, chef rebelle des Selekas, comme "nouveau président de la République". Les violences et pillages perpétrés par les Selekas se sont multipliés ces derniers jours. La population locale semble prise en otage et première victime d'une situation de gabegie qui risque de tourner "à la guerre civile", selon des témoins. Un drame à huis clos? Dimanche 14 avril, le dernier journaliste étranger a quitté l'hôtel Ledger Plaza Bangui, un "5 étoiles de luxe" situé à 5 minutes de l'aéroport international et du centre-ville. «[i Ce que nous vivons au quotidien est indescriptible. Il y a beaucoup de souffrance. J'ai bien peur que nous évoluions vers une guerre civile.)» Romain Guintizia, directeur de l'hôpital communautaire – le principal hôpital public de Bangui, craint le pire. Dans la capitale de la Centrafrique, le niveau est passé à l’alerte rouge depuis «l’élection présidentielle par acclamation» de Michel Djotodia, chef rebelle de la Seleka, samedi 13 avril.

 


© DIASPORA-Médias
«Le retour à l’accalmie» annoncé dans les médias internationaux a été démenti dans l’après-midi par des sources médicales, qui voient de nouveaux blessés affluer. «Ici c'est le chaos, le désastre, les pillages et vols continuent, on ramasse les cadavres de partout, la population va dans tous les sens car elle peur... il est dit qu'une autre rébellion se prépare, qu'il y aura d’autres affrontements. Pour certaines personnes, la famine s'annonce...», avertit Serge Pathé, un journaliste centrafricain. Pour lui, pas de doute: la crise va s’inscrire dans la durée. Bilan provisoire jusqu'ici: une vingtaine de morts, mais aussi «des dizaines de blessés graves – dont des enfants, après l’explosion d’un obus de mortier sur un terrain vague. Et des tirs, des scènes de pillage dans les quartiers de Boy-Rabe, puis Ngaragba, Ouango, Fouh, arrestations...», nous précise sous couvert d'anonymat un fonctionnaire européen à Bangui.

Le chef rebelle Michel Djotodia a récusé les exactions, rejetant la responsabilité des violences sur «quelques nostalgiques du régime Bozizé», l’ex-président chassé du pouvoir. Or, la situation risque de dégénérer en conflit «à huis clos»: les moyens de s’informer disparaissent les uns après les autres. Après la mise à sac le 24 mars de la rédaction de Le Confident, un des rares organes de presse centrafricains, dimanche 14 avril, le dernier journaliste étranger présent à Bangui a quitté l'hôtel Ledger Plaza – un des rares lieux encore sécurisés.

«Faites savoir ce qui se passe à Bangui!» C’est ce que réclame en France Astou Arnould, qui a passé trois ans en Centrafrique avant de rentrer précipitamment au pays le 28 mars avec ses deux enfants. Jour après jour, elle recueille les messages d’appel à l’aide d’amis et entrepreneurs contraints de rester «cloîtrés» à Bangui. «Personne ne se sent plus en sécurité. La population est prise en otage, entre trois forces armées: celle des rebelles, celle d’éléments Seleka incontrôlés et les ex-soldats réguliers des FACA, forces armées centrafricaines. Les habitants se révoltent: ils ne veulent plus se laisser faire. Maintenant, eux aussi cherchent des armes. Pour se défendre.»

 

 
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