SOCIéTé  |    

Centrafrique: Abandon des ressortissants français?

Par mediapart.fr - 16/04/2013

L’Ambassade n’était pas un lieu de regroupement et ils devaient donc rester chez eux, en sécurité(?) Témoignage

 

Suite aux évènements qui secouent la Centrafrique, je vous fais part de ma stupéfaction et de mon incompréhension en constatant les conditions de prise en charge des familles au cours des premiers jours de la prise de pouvoir par les rebelles, même si je conçois qu’elles ne soient pas aisées compte tenu du nombre important de personnes en cause, de la gravité et de l’ampleur de la situation. En effet :

1) Conseils et informations insuffisants voir dangereux pour la sécurité des personnes
Pour les familles isolées, il est incompréhensible qu’il leur ait été demandé de rester chez elles dès le vendredi 22 mars (veille du jour de l’entrée effective des rebelles dans Bangui) puis de manière répétée, alors même que l’on savait que de manière inévitable et prévisible, les rebelles allaient entrer dans Bangui et que certains d’entre eux allaient y commettre les exactions dont ils ont été coutumiers partout où ils sont passés dans le pays au cours des mois précédents. Ces familles, en danger majeur, dont la situation plus que précaire avait été pour certaines signalée à plusieurs reprises, avec insistance sur l’urgence, dès le dimanche matin auprès des services de l’Ambassade par eux-mêmes et aussi par leurs amis présents à Bangui. Ces familles ont dû faire face, seules, à des évènements dramatiques durant parfois plus de 24 heures. Elles ont ainsi dû assister aux pillages répétés de leur maison, subir des menaces à l’arme blanche et armes à feu envers eux et leurs enfants. Pour certains, les pilleurs ont pris jusqu’au dernier biberon du bébé présent, laissant des familles avec plusieurs enfants en bas âge sans eau, sans nourriture, craignant pour leur vie, pendant une journée et une nuit entière et dans une angoisse et une terreur bien compréhensibles, attendant désespérément des secours promis, sans aucun moyen de communication. Elles sont ainsi restées coupées de tout, cachées dans un bureau, une pièce, sans savoir si l’ambassade allait ou non envoyer des militaires, et quand.

 


© RJDH-RCA
ambassade de France à Bangui en décembre 2012
2) Pas d’information sur les procédures possibles mises à disposition
La seule information reçue de l’Ambassade au cours des tous premiers jours l’a été par SMS, écrite en lettres capitales, pour rappeler aux gens que l’Ambassade n’était pas un lieu de regroupement et devaient donc rester chez eux, en sécurité (?). Mais face à l’ampleur, la gravité et le réel danger des évènements, elle a quand même dû accueillir un nombre important de personnes, affolées, terrorisées et traumatisées par la violence de ce qu’elles avaient vécu, et complètement démunies après les pillages dont elles avaient été victimes et parfois la destruction de leur maison. Auprès de qui les ressortissants pouvaient-ils demander de l’aide sinon l’Ambassade, en l’absence de tout autre contact ou informations mis à leur disposition ? Pourquoi les premières paroles d’accueil ont-elles été de s’entendre dire qu’il aurait fallu qu’ils restent chez eux, que l’Ambassade n’était pas un centre de regroupement, alors que pour certains leurs maisons avaient leurs murs criblés de balles, voire pire? Il est dit à d’autres (encore aujourd'hui) qui ont trouvé refuge hors de leur domicile de retourner chez eux, dans leurs maisons ou leur immeuble dévastés, bien entendu sans aucune protection …

3) Pas de suivi d’informations
Pourquoi ne trouve-t-on aucune information officielle, aisée à consulter sur les sites de l’Ambassade et, ou, du Ministère des Affaires étrangères sur ce qui se passe ( le lundi 25 mars au matin, on ne trouvait sur le site de l’Ambassade et du Ministère que des informations « postées » le 22 mars), sur ce qui est mis ou sera mis en place au fur et à mesure des prises de décisions: que faire si on est isolé, qui appeler, comment demander de l’aide, puis une fois mis en sécurité, y aura-t-il un rapide rapatriement, sous combien de jours, au moins pour les familles les plus démunies parce qu’elles ont tout perdu et les plus traumatisées d’avoir vécu des situations très violentes et qui continuent à survivre dans des conditions difficiles même si elles sont enfin en relative sécurité.

Pour conclure, je suis scandalisée, et d’autres avec moi, résidents en Centrafrique ou non, par ce manque d’anticipation d’une situation prévisible même par des non spécialistes, compte tenu de l’instabilité régnant dans le pays depuis plusieurs mois et des évènements qui ont secoué le pays en décembre-janvier 2013. La France répète qu’elle s’occupe prioritairement de la sécurité de ses ressortissants mais les multiples témoignages ne plaident pas en faveur de cette thèse et il ne s’agit pas là de témoignages isolés, malheureusement. Beaucoup se sont sentis abandonnés dans une situation périlleuse et dangereuse en dépit de leurs appels au secours, et sans aucun contact. Il est inadmissible que l’Ambassade aient demandé aux familles réfugiées dans ses locaux (un hangar, en rupture d’eau et de nourriture parce que rien n’avait été anticipé…, les femmes et les enfants notamment méritaient une meilleure prise en charge) de payer ses billets d’avion pour un rapatriement alors qu’elles n’avaient plus rien, plus d’argent, et pour certaines uniquement les vêtements (parfois un seul maillot de bain) qu’elles portaient lors de l’attaque.

De la même manière continuer, aujourd’hui 10 avril 2013, à donner comme informations par SMS et sur le site de l’ambassade l’existence d’un couvre-feu de 00h00à 4h00 absolument pas adapté à la situation, dangereux et inconscient. La suite sur Mediapart

 

 
MOTS CLES :

0 COMMENTAIRES

Afficher tous les commentaires | Poster un commentaire

POSTER UN COMMENTAIRE

Identifiez- vous : pseudo* e-mail
Titre du commentaire
votre commentaire
Etre prévenu par email quand une réponse est faite
Ne cochez oui que si vous voulez recevoir des mails en cas de réponse sur ce sujet et que vous avez saisi votre mail
Je reconnais avoir pris connaissance des conditions d'utlilisation

POLITIQUE

SPORTS

ECONOMIE & BUSINESS

DOSSIERS

Culture & Loisirs

Société

Débats & Opinions

Personnalités

Agenda - événements

Lancement du Africa CEO Forum 2015
Tous les événements

TOUT L'UNIVERS JOURNALDEBANGUI.COM

DOSSIERS

Dossiers

L'INTERVIEW

Interview

COMMUNIQUES OFFICIELS

Communiqués