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Centrafrique: le camp de Bossombelé, théâtre des horreurs

Par Source: AFP - 09/04/2013

Tortures, exécutions sommaires, conditions de détention insupportables: le camp militaire révèle les horreurs du président renversé le 24 mars

 

On en parlait toujours sous-couvert de peur d’y être enfermé un jour. Le « get-mo » de la Centrafrique, Bossombelé, à 175 kilomètres au nord de Bangui, «c'était horrible. Inimaginable. Je suis resté trois mois et j'ai eu la chance que la communauté internationale se mobilise pour me faire libérer », affirme à l'AFP Herbert Djono-Ahaba, actuel ministre des Mines, membre de la coalition rebelle Séléka, qui était alors député. "C'étaient des tueries. Je remercie Dieu d'être encore en vie", poursuit M. Djono-Ahaba, libéré début 2012. Dans un cadre bucolique à l'entrée de la ville, le camp militaire de Bossombelé est en fait un centre de formation de militaires. Mais une de ses maisons avait été transformée en geôle pour les prisonniers dits "politiques". S'y côtoyaient des militaires et des civils détenus sans procès et considérés comme dangereux. Ils étaient maintenus au secret total, dans l'impossibilité de communiquer avec leurs proches qui, souvent, les croyaient morts ou disparus pour toujours.

 

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Les prisonniers ont tous été libérés le 23 mars, au début de l'offensive du Séléka qui a pris le contrôle de Bangui le lendemain. Une colonne de rebelles était passée à Bossombelé pour ouvrir une nouvelle voie vers la capitale et récupérer l'important matériel militaire qui s'y trouvait. Aujourd'hui, dix-sept conteneurs sont visibles dans le camp, et des milliers de cartouches, des obus, des mortiers et des mitrailleuses parfois éparpillés sur le sol. L'unique cellule de 40 m2 pouvait contenir jusqu'à 35 personnes. A la libération du camp, il y en avait 17. Yaya Issa, membre de la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP), une des rébellions composant aujourd'hui le Séléka, y a passé plus de deux ans. "On m'a torturé, frappé. Une fois, un GP (garde présidentiel) m'a tapé du soir au matin. 240 coups avec une cordelette militaire. Après, il a pissé sur mes blessures", raconte-t-il, exhibant les stigmates sur sa tête et son dos. "Je me disais que j'allais mourir". "Pendant les quatre premiers mois, je ne suis pas sorti de la cellule. Pas possible de se laver. Les mêmes vêtements. On n'avait pas de toilettes, on faisait dans la pièce. Après, ils ont apporté un seau". "On mangeait un peu la ‘boule’ (boule de maïs ou de manioc) une fois par jour. On avait faim. Parfois, pour nous humilier, les GP la jetaient devant nous et on n'avait rien", se souvient-il.

Frappés à mort, tués d'une balle
Amadou Tidjani, commerçant, avait été arrêté en septembre 2011 en possession de cartouches dont il dit aujourd'hui qu'elles ne lui appartenaient pas. Il a rejoint le Séléka à la libération du camp. "On dormait à même le sol ou sur des cartons. On ne sortait presque jamais. Un seul d'entre nous sortait pour la corvée de seau et d'eau", explique-t-il. Chaque jour, les prisonniers n'avaient droit qu'à cinq litres pour toute la cellule. "Les gardes entraient et te tabassaient, à coups de pieds, de crosse de kalachnikov", dit M. Tidjani. "Parfois, ils sortaient un prisonnier et le frappaient à mort. De mes yeux, je l'ai vu", assure-t-il, expliquant avoir assisté à au moins cinq exécutions. Il exhibe une longue cicatrice boursouflée: "Un capitaine a collé un pistolet sur mon ventre et a tiré. Pour me faire peur", déclare-t-il, ajoutant que ce même officier a tiré une balle dans le pied d'un autre détenu. Selon lui, un "mercenaire français" se trouvait au camp mais il ne l'avait pas vu participer aux exactions.

En se promenant à la périphérie du camp, les anciens prisonniers désignent une sorte de terre-plein. C'est là que seraient enterrés les cadavres des victimes. Des os sont visibles. D'humains ou d'animaux? Impossible de répondre en attendant un médecin légiste ou une commission d'enquête.

 

Le colonel du Séléka Ali Garba, auparavant membre de l'armée, a passé trois mois à Bossombélé en 2010 avant d'en être libéré. Lui aussi affirme avoir vu des exécutions sommaires. "C'était l'abattoir de Bozizé. Ils venaient, sortaient un soldat et le tuaient d'une balle. Il ne se passait pas deux jours sans une exécution", soutient-il. Selon lui, il s'agissait surtout de soldats qui s'étaient repliés lors de la prise de Birao (nord) par la CPJP en 2010. Bozizé avait ensuite dû faire appel à l'armée tchadienne pour reprendre la ville. En se promenant à la périphérie du camp, les anciens prisonniers désignent une sorte de terre-plein. C'est là que seraient enterrés les cadavres des victimes. Des os sont visibles. D'humains ou d'animaux? Impossible de répondre en attendant un médecin légiste ou une commission d'enquête. La plupart des geôliers sont aujourd'hui introuvables même si Amadou Tidjani affirme en avoir retrouvé à Bangui. "Certains n'étaient pas méchants et nous donnaient de la nourriture en cachette. Ce n'était pas de leur faute mais celle de Bozizé". Le colonel Ali Garba souhaite que justice soit faite: "Si je retrouve ceux qui m'ont torturé, je veux les arrêter pour qu'ils soient jugés. Bozizé aussi".
 

4 COMMENTAIRES

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La trouvaille pour faire diversion?

Par la non dupe

09/04/2013 14:47

N'avaient-on pas trouvé à Bokassa un mystérieux cuisinier qui jurait préparé de la chair humaine à Bokassa? Et de nous exhiber les frigos de la morgue comme les congelateurs reserves en chair humaine pour la consommation de Bokassa.
Avant de parler de Bozizé parlez de vos exactions,ne ne jouez pas l'etouffementt de ce que vous avez fait en centrafrique étant des agennts tchadiens au service de Déby niant toute implication.
Quand on a que le mensonge comme verité dans la bouche.
Le Tchad pourra toujours nier ,mais tout le monde les a vu,meme les seleka le confient. n'est ce pas ce meme tchad quand Patassé se playait des rebelles à la frontière tchadienne,ce meme tchad dit que la frontière est tellement perméable qu'il est difficile de savoir qui saute à gauche ou à droite de la frontière. Et ce meme tchad nous parlant de la perméabilité des frontières,accuse boziz de non coopération pour sécuriser les frontières. mais la sécurité des frontières naitra quand le Dictateur déby saura que gouverner c'est partager et un mandat limité pas à vie et pas à transmettre d'un clan à un autre ou d'un père à un fils ou à neveu.
Que les centrafricains attaque ce malade d'etre en violation aux règles de Droit internationales,envoyer des mercenaires pour détruire chez son voisin et renverser un pouvoir,tout détruire,quel esprit.

du feu,abus de langage

Par claude

09/04/2013 14:50

Saviez comment sont traites less prisonniers de la traque americaine. On n'a pas vu s'acharner dessus.

Atrocites hier, Atrocités aujourd'hui !!!

Par Wala Gargane

10/04/2013 13:25

Ce qui se passe et se fait ici et maintenant en RCA n'est pas mieux que ce qui se faisait hier. Savez-vous que des centrafricains enrôlés de force (contre leur gré) se trouvent en ce moment au Camp de Berengo, subissant humiliations et tortures tous les jours. Une cinquantaine (considérés comme des centros pur sang et non musulman) d'entre eux a été enfermée durant une semiane dans le sous sol de la villa Berengo, partangeant au quotidien une boîte de sardine à deux ? Leur boureau des éléments tchadiens de la Seleka (les reconnaître? fastoch: ils ne parlent même pas un seul mot de sango et ils disent à qui veut l'entendre qu'ils sont tchadiens, ils attendraient que Djoto Dja donnent à chacun 10 millions avant de quitter le pays). Ces centrafricains, hommes, femmes et jeunes gens, disent-ils, attendent d'être transférés au Tchad pour suivre une formation militaire... Ils attendent l'ordre du président (Déby ou Djoto Dja???).
ça on n'en parle pas... ce n'est pas aussi grave grave que les atrocités d'hier ! Rien ne peut être caché, détrompez-vous. Les vols, pillages des biens d'autrui, les maisons et arrière cour de mosqué de certains quartiers, qui servent de caches de ces biens volés seront protés au grand jour... Atrocités d'hier, atrocités d'aujourd'hui on en parlera demain.

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