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République Centrafricaine: un protectorat Tchadien ou un état indépendant?

Par Rodrigue Joseph Prudence MAYTE - 08/04/2013

« … le Tchad change un président centrafricain qu’il estime récalcitrant par un autre supposé docile et acquis totalement à sa cause… »

 

Il ne se passe pas un seul instant depuis le début des soubresauts actuels sans que l’interférence répétée du Tchad dans les nombreux événements fâcheux du pays soit l’objet d’un débat houleux entre les fils et les filles de la République Centrafricaine. Souvent ces débats se tiennent soit sur les réseaux sociaux soit dans les lieux habituels de rencontre de tout un chacun. Certains débatteurs de la crise estiment que la République Centrafricaine dispose seulement d’une indépendance relative. Ils argumentent leurs analyses par le fait que depuis plus de deux décennies la Centrafrique a toujours prêté un flanc au Tchad à telle enseigne qu’il ne peut qu’interférer autant que faire se peut dans la crise inter centrafricain. Aussi, ils prétendent que les frontières de la République Centrafricaine sont trop poreuses et favorisent régulièrement la villégiature des bandits de grands chemins susceptibles de troubler la quiétude de la population de la sous région et celle de la Centrafrique; d’où l’interférence du Tchad.

 


© journaldebangui.com
Rodrigue Joseph Prudence MAYTE
D’autres débatteurs lâchent sèchement que le Tchad à une mainmise sur la Centrafrique et c’est ce qui lui permet d’imposer à tour de bras son intention dominatrice et expansionniste. Ces débatteurs illustrent leurs analyses par des faits concrets qui se sont produits en Centrafrique lors des multiples crises intercommunautaires. Il semblerait que durant ces différentes crises, le Président Deby intervenait fréquemment bien que ce soit une affaire qui concerne la sécurité intérieure de l’état centrafricain. Plusieurs analystes affirment que l’objectif primordial du Président Deby était de fragiliser le pouvoir de l’intérieur. D’autres encore renchérissent leurs analyses en démontrant que la priorité du Tchad est le changement brutal du régime en place car il y’aurait des intérêts économiques auxquels l’ancien locataire du Palais constituerait certainement un frein. Comme une manette de « PlayStation » le Tchad change un président centrafricain qu’il estime récalcitrant par un autre supposé docile et acquis totalement à sa cause.

Nonobstant, un sentiment de désaffection se développe vis-à-vis du Tchad par les Centrafricains qui estiment être l’otage d’un système qui tend à se pérenniser. Déjà, plusieurs Centrafricains qui ne se réclament pas forcément de l’ancien régime s’indignent de l’interférence du Tchad en Centrafrique et attestent que ce dernier devient de plus en plus soporifique pour le développement durable du pays. Remplis de remords, de chagrins, de désarrois, les Centrafricains sont de plus en plus nombreux à confirmer que le Tchad a favorisé les rebelles de la coalition Seleka par tous les moyens pour aboutir in fine à la déchéance du régime défunt. Les critiques acerbes à l’égard du régime de Deby continue d’alimenter la chronique et elles ne s’arrêteront point tant qu’il y’aurait toujours une instabilité grandissante en Centrafrique.

A priori, l’échec de cette mutation brutale détruirait la réputation du président Deby et rendrait superfétatoire toute la financiarisation de la rébellion par ses bienfaiteurs occultes. De nos jours, de plus en plus des voix s’élèvent pour évoquer les raisons de cette interférence inextinguible du Tchad dans les affaires centrafricaines. Certaines personnes pensent que le Tchad occasionne régulièrement une mutation politique en Centrafrique dans le seul but d’éviter que ce pays ne puisse pas exploiter son pétrole car sa position géographique en forme de cuvette porterait préjudice à son exploitation pétrolifère. D’autres clament le plan machiavélique du président Deby qui est celui d’occasionner un déferlement des islamistes intégristes en Centrafrique pouvant justifier la durabilité de sa mainmise sur le pays.

A fortiori, d’autres personnes encore pensent que la stratégie fondamentale du Tchad consiste à placer ses supposés lieutenants dans les postes clés en Centrafrique dans l’optique de faire avancer les projets occultes de Deby. A vrai dire, la composition du gouvernement centrafricain fait un froid incroyable dans le dos surtout lorsqu’on constate que la majorité écrasante de ses membres ne sont que des musulmans. Certes, il existe parmi ces derniers des compétences distinctives en occurrence le Ministre Abdallah Kadre et le Directeur du Cabinet adjoint Idriss SALAO…Mais il n’en demeure pas moins que le nombre impressionnant des Ministres d’obédience musulmane ne fait qu’alimenter le débat de ces derniers jours sur l’islamisation du pays par le nouvel homme fort de Bangui.

On n’a pas besoin d’être un spécialiste en science politique pour scruter et décrypter la mainmise de la coalition sur les postes clés. Le scénario le plus invraisemblable est la création du ministère du pétrole alors que le pays ne se trouve qu’à la phase exploratrice. Pathétique ! Quelle est la motivation réelle de la création de ce ministère si le nouvel homme fort ne se représenterait t’il pas ? Voudrait-il opter pour un revirement de la situation ? Il est aisé de reconnaitre que la situation centrafricaine s’apparente à une équation dont les inconnus sont gérés directement par le Tchad.

C’est ainsi que plusieurs analystes s’accordent à dire que la composition du gouvernement de TIANGAYE mérite une explication politique spéciale compte tenu des intentions cachées du voisin encombrant. Ils estiment que la caporalisation de tous les postes clés du gouvernement par les rebelles serait une aubaine pour le Tchad. Dans un premier temps, le Ministre d’état chargé de la sécurité publique en la personne de NOURREDINE Adam qui n’est rien d’autre que le grand maestro, l’argentier de la coalition, le cordon ombilical du lien de la coalition Seleka avec le président Deby naturaliserait à tour de bras tous les éléments Tchadiens, Soudanais et autres mercenaires qu’ils ont réussi à embrigader dans le coup de force. En plus, il serait souhaitable d’évoquer ici que le Ministre d’état NOURREDINE a étudié durant un laps de temps en Arabie Saoudite au côté de son homologue et camarade de maquis Mohamed Daffane. Les deux disposent d’un carnet d’adresse assez laborieux dans le monde arabe et méritent d’être observer à la loupe au regard de tout ce qui se passe actuellement dans le pays.

Dans un deuxième temps, le Tchad cherche à faire main basse sur la richesse naturelle de la République Centrafricaine à travers l’occupant de l’hôtel Legder. Ce qui expliquerait certainement l’intention du nouvel homme fort de Bangui de diriger le pays dorénavant par ordonnance. On a véritablement l’impression que le pays a été cloué au pilori. Les susceptibilités politiques du temps actuel donnent absolument raison à tous ceux qui estiment que le nouvel homme fort risque d’islamiser le pays car il suffit de regarder sa première sortie officielle à la mosquée, la composition du gouvernement et la marche homogène de soutien à son endroit pour comprendre la frénésie de la Centrafrique profonde. Malgré tous ces errements, les rebelles de Seleka arpentent toujours et encore les différentes villes du pays dans l’unique but de piller comme une blatte à la recherche des rebuts et des rognures.

 

 
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