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Quelle destination pour le train Djotodia?

Par «Le Pays» - 29/03/2013

En déclarant vouloir organiser des élections d’ici à trois ans, (…) le président autoproclamé de la République centrafricaine n’apaise pas les inquiétudes

 

Bozizé président, c’est désormais du passé. Il a dû, à son tour, prendre la poudre d’escampette. C’est hélas, une fois de plus, le signe désolant d’une Afrique qui refuse de mûrir, le spectacle de politiciens imbus de leur personnalité et qui sont la cause première des malheurs de leurs concitoyens. Pour l’heure, la chute de ce régime ne s’est pas accompagnée de chasse aux sorcières, de purges massives comme cela arrive malheureusement dans bien des cas de ce genre. C’est certainement un motif de soulagement quoique cela ne suffise pas à rassurer sur la suite des évènements dans ce pays, abonné aux violences et autres coups de force au plan politique. Tout porte à croire que la communauté internationale a pris acte du changement de régime à Bangui. C’est ce qu’on peut déduire de l’absence de condamnation ferme et rapide de cette prise de pouvoir par les armes, même si l’Union africaine l’a fait, 24 heures après la chute de Bozizé. Mais comme toujours, il s’agit de condamnations de principe, qui ne changeront rien à la donne. En prenant le risque de ne pas être le démocrate qu’il avait promis d’incarner à sa prise de pouvoir, en jouant avec le feu par son refus d’appliquer avec diligence les accords de paix arrachés avec la rébellion au prix de la médiation de la Communauté des Etats de l’Afrique centrale, l’ex-chef d’Etat centrafricain François Bozizé, a certainement exaspéré ses partenaires. Il aura ainsi réussi à faire quasiment l’unanimité contre lui. Et, visiblement las de son attitude, les uns et les autres se félicitent en leur for intérieur, de sa chute.

 


© afp
Le président M. Djotodia sortant d'un hôtel de Bangui
Triste spectacle pour la démocratie, diront les uns. Seulement si c’en était une, rétorqueront les autres. En tout cas, une chose est sûre: il est largement admis que François Bozizé a été victime de ses propres turpitudes et il ne s’en trouvera pas grand monde pour le plaindre. Maintenant, les nouvelles autorités de la République centrafricaine vont devoir montrer de quoi ils sont capables en termes de redressement du pays. La mise ou remise du pays sur les rails de la démocratie réelle doit être pour eux un objectif primordial et urgent. En effet, il est notoire que la démocratie dans ce pays a toujours eu du plomb dans l’aile et que les libérateurs d’un jour ont toujours tôt fait de se transformer en dictateurs le lendemain. Bozizé en est l’une des illustrations. Et les choses font penser que les Centrafricains ne sont pas encore sortis de l’auberge. En effet, le nouvel homme fort de Bangui, Michel Djotodia, ne donne pas non plus des signaux encourageants. Comme le dit en substance une sagesse bien connue de chez nous, la beauté de la fête se perçoit dans la qualité de ses préparatifs. Et les contours de la future démocratie devraient être imaginables à l’analyse de la feuille de route des nouveaux maîtres du pays. Or, en termes de feuille de route, il n’y a véritablement rien de bien précis. En déclarant vouloir organiser des élections d’ici à trois ans et surtout en précisant qu’il n’a pas dit qu’il quitterait le pouvoir à cette échéance, le président autoproclamé de la République centrafricaine n’apaise pas les inquiétudes. Et comme on sait que «l’appétit vient en mangeant», on a des raisons de s’inquiéter de ce que pourrait être l’attitude du leader de la Seleka, devenu président de fait, quand viendra l’heure pour les Centrafricains d’exercer leur droit de confier leur destin à la personne de leur choix.

On n’ignore donc encore quelle est la destination du train Djotodia. Son conducteur saura-t-il être assez sage pour négocier les virages avec succès et ne pas faire au moment venu, l’étape de trop aux commandes ou va-t-il lui aussi, à force d’entêtement, foncer tout droit dans le mur comme son prédécesseur ? Difficile de le dire aujourd’hui tant ce pays semble abonné au surplace et aux reculs démocratiques de tous genres. On sait que Djotodia est un homme politique qui ne manque pas d’ambition. De par le passé, il aura été candidat aux législatives, mais sans succès. Maintenant qu’il a acquis le pouvoir par la force de la baïonnette, il faut que la société civile centrafricaine ainsi que la communauté internationale veillent au grain. Il est certes perçu comme une personne cultivée donc à même d’opérer de bons choix pour son pays. Mais comme le disait en substance Machiavel, seul le pouvoir révèle l’homme. On ne découvre le véritable visage, la personnalité et la nature d’un homme que lorsqu’il acquiert du pouvoir. Il faudra attendre de voir. Mais, il est impérieux d’éviter qu’une fois de plus, ce soit la peste qui remplace le choléra en Centrafrique. Il faut briser cette sorte de spirale de la malédiction qui a jusque-là côtoyé les pouvoirs qui se sont succédé à Bangui. Celui qui est censé balayer la maison centrafricaine devrait le faire dans les règles de l’art. Certes, il y a des raisons objectives pour prendre le temps de préparer correctement les échéances électorales. On pourrait ainsi réussir des élections transparentes, plus crédibles et moins contestables.

En déclarant vouloir organiser des élections d’ici à trois ans et surtout en précisant qu’il n’a pas dit qu’il quitterait le pouvoir à cette échéance, le président autoproclamé de la République centrafricaine n’apaise pas les inquiétudes.
«Le Pays»

 

Mais, il faut éviter que cela ne soit un alibi pour faire traîner la transition en longueur. Et comme on sait ce que c’est que la transparence de ceux qui sont au pouvoir sous nos tropiques, il importe d’aller vers une présidentielle à laquelle ne prendront pas part ceux qui seront au pouvoir et en charge de son organisation. Pour ce faire, Michel Djotodia devra, soit rester aux commandes de l’Etat et accepter son inéligibilité, soit quitter ses fonctions au moins à l’approche du scrutin s’il tient à être candidat à la prochaine présidentielle, histoire de donner les mêmes chances à tous les candidats et de contribuer à poser les jalons d’une vraie démocratie par la désignation d’un président dont la légitimité ne souffrirait pas de contestation. C’est à ce prix que la République centrafricaine pourrait-il vaincre peut-être ses vieux démons politiques.
 
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