DéBATS & OPINIONS  |     KIOSQUE  |    

Election municipale en Centrafrique: utopie ou réalité…

Par Rodrigue Joseph Prudence MAYTE - 04/03/2013

«La nomination des premiers citoyens centrafricains est devenue du pain bénit pour les dirigeants qui en profitent pour placer leurs proches»

 

Incroyable mais vrai, les dernières élections municipales remontent à une époque lointaine. Depuis plus de 20 ans, la République Centrafricaine n’a pas organisé les élections municipales faute de volonté politique des politicards tous azimuts. Cette situation qui n’a que trop duré témoigne la qualification de certaines langues qui considèrent ce pays comme une république bananière. La quasi suppression des Élections municipales, qui fait partie des prédispositions de la démocratie, fait de la Centrafrique un pays à part entière. Un pays qui se dit démocratique ne peut choisir son propre mode opératoire et le légitimer sans pour autant consulter le peuple fréquemment. Dans toutes les démocraties, le peuple doit être régulièrement consulté que ce soit pour les élections municipales, législatives, sénatoriales si possible, présidentielles etc…. Cette consultation régulière fait du peuple le centre de synthèse de la démocratie. D’où la célèbre définition de la démocratie: «Le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple». En réalité, cette définition fait de peuple un acteur au premier plan de la démocratie.

 


© journaldebangui.com
Rodrigue Joseph Prudence Mayte
A ce niveau, le peuple veille au bon fonctionnement du mandat électif, il donne son quitus et le retire à tout moment autant que faire se peut. L’élection municipale est une base élémentaire de l’échelle graduelle d’un mandat électif. De facto, le peuple est très intransigeant sur le réalisme politique des responsables de la municipalité. Ce regard légitime du peuple fait défaut dans certains pays qui occultent sciemment les élections municipales. Dès lors, les conseillers municipaux sont plutôt issus d’une nomination que d’un mandat électif. De ce fait, il est ingénieux d’admettre que cette nomination dénature les attributions des conseillers municipaux et des hauts responsables de la municipalité qui ne sont rien d’autres que le maire et ses adjoints.

A part le régime du président Kolingba qui a organisé les élections municipales il y a plus de deux décennies, aucun parti politique n’a songé, ni fait de ce problème une affaire d’État. On ne peut pas parler de la démocratie lorsqu’on nomme ses maires. La nomination des premiers citoyens centrafricains est devenue du pain bénit pour les dirigeants qui en profitent pour placer leurs proches. Les Élections municipales ont même été oubliées lors des pourparlers de Libreville. Les dialogues se succèdent, les jours passent, les remous sociaux s’éternisent, mais aucun homme politique centrafricain ne revendique ce mode de scrutin et de loin le plus important, vu son caractère local. La démocratie telle que définit ci-haut se pratique avec une certaine aisance dans plusieurs pays. L’échelle graduelle du mandat électif constitue un rendez-vous régulier qui existe entre le peuple et ses mandataires qu’ils soient réels ou potentiels. L’élection municipale est un temps fort qui permet à un peuple de choisir ses conseillers municipaux. Selon l’article 238 du code électoral : « Les conseillers municipaux sont élus au suffrage universel direct pour un mandat de cinq (5) ans renouvelable ». Il est important d’affirmer que le nombre de conseillers municipaux varie d’une commune à une autre ou d’un arrondissement à un autre en fonction de la taille de la population.

D’ores et déjà, il faut avouer que ces conseillers municipaux ne seront élus que sur la base d’un programme d’actions qu’ils présenteront dans leurs circonscriptions. Les conseillers municipaux, une fois élus, s’organiseront entre eux pour élire le maire et ses adjoints. A cet effet le maire est élu au scrutin secret parmi les conseillers municipaux, pendant la première réunion du Conseil municipal. D’emblée, il occupera la fonction du président du Conseil Municipal qui est d’ailleurs composé des conseillers municipaux. En réalité le conseil municipal est l’organe délibérant de la commune ou de l’arrondissement. Lorsqu’un conseiller municipal est élu, il n’a de compte à rendre qu’au peuple. Il n’est point astreint dans ses prérogatives par n’importe quel quidam fût-il une autorité car il dispose d’un domaine de compétence bien clair et d’un plan d’action à la hauteur des attentes de la population.

 


© sangonet.com
Découpage administratif de la Centrafrique
En plus, il n’est point assujetti aux injonctions mirobolantes et fantaisistes de certaines autorités administratives. C’est même à ce titre que les attributions des conseillers et des maires sont précises. Le maire est chargé de l’exécution des décisions du Conseil municipal et agit sous contrôle de ce Conseil. Il représente la commune ou l’arrondissement en justice, passe les marchés, signe les contrats, prépare le budget annuel ou quinquennal car il doit ensuite rendre compte de ses actes. Peut -être qu’en passant au crible de la raison, les effets nominatifs de l’élection municipale on comprendrait mieux la différence. La démocratie sur mesure en RCA a fait du mandat électif des conseillers municipaux depuis plus de 20 ans une fonction nominative. Il est vrai qu’il existe plusieurs causes de cet attentisme politique.

Cependant, les conséquences constituent des éléments probants qu’il est envisageable de passer au crible de la raison afin de comprendre les méfaits de cette nomination qui dénature réellement la fonction des conseillers et des maires plutôt que de se focaliser sur les causes. A priori, lorsqu’un maire est nommé, il perd certaines de ses qualités notamment l’exécution des décisions du conseil municipal. A fortiori, en l’absence des élections municipales les maires dépendent du ministère en charge de l’administration du territoire. Ils sont révoqués à tout moment et ne dispose d’aucune légitimité devant le peuple. Il est vrai que les maires ne disposent d’aucunes autonomies financières et leur sort est lié soit par un décret présidentiel ou soit par un arrêté ministériel. A vrai dire la nomination des maries a presque bouleversé le fonctionnement de la municipalité au point que ces derniers sont tributaires de leur homologue de Bangui en termes d’action et d’appui financier.

Autrement dit, ils n’ont d’autres activités que la célébration du mariage. Même la légalisation des documents devient simultanément l’apanage de la mairie de Bangui. Dans ce cas d’espèce aucun projet de développement durable ne peut voir le jour car les prérogatives du maire sont biaisées et ses fonctions limitées dans le temps et dans l’espace. Il faut reconnaitre que cette méthode de faire abstraction de l’élection municipale pendant plus de trois (3) décennies n’a pas été bénéfique pour la RCA. Au contraire, elle a contribué largement à un désordre organisé au niveau des communes et des arrondissements mettant un bémol substantiel sur la paupérisation de la population la plus excentrique et la dépravation des mœurs. A cela s’ajoute l’avantage que peut jouir un maire élu.

Dans certains pays de l’Afrique de l’ouest, les anciens députés et les anciens présidents de la République préfèrent s’engager dans l’élection municipale en vue de développer leur commune ou leur arrondissement. Certes ! Les exemples ne manquent pas, l’ancien président SOGLO Nicéphore qui est devenu maire de Cotonou après avoir servi le pays comme Chef de l’Etat. Aujourd’hui encore à Cotonou les œuvres de l’ancien président devenu maire parlent d’elles mêmes. A l’évidence, il est nécessaire que les maires disposent d’un carnet d’adresse à la hauteur de leurs ambitions car cela pourrait contribuer au développement fulgurant de leurs communes et arrondissements au prorata de leurs projets qui seront financés à tour de bras. Ce faisant, ils auront la capacité de jumeler leur commune avec n’importe quelle ville en Occident… un véritable réalisme politique qui devient dorénavant pédagogique tout en contribuant à la conscience professionnelle.

Il est temps que la pratique démocratique soit scrutée dans les moindres détails en Centrafrique. Avec un mandat électif à pourvoir de plus de 25000 postes de conseillers municipaux, la Centrafrique pourrait connaitre un développement durable à la base. C’est également une occasion pour que la population puisse remettre en selle certains briscards de la vie politique ou mettre les pieds à l’étrier des politiciens novices. Quoi qu’il en soit, ceux qui veulent faire une percée en politique devront mettre les bouchées doubles au niveau municipal sinon ils subiront l’élagage naturel à cause de leurs incapacités à joindre la parole à l’acte.
 
MOTS CLES :

0 COMMENTAIRES

Afficher tous les commentaires | Poster un commentaire

POSTER UN COMMENTAIRE

Identifiez- vous : pseudo* e-mail
Titre du commentaire
votre commentaire
Etre prévenu par email quand une réponse est faite
Ne cochez oui que si vous voulez recevoir des mails en cas de réponse sur ce sujet et que vous avez saisi votre mail
Je reconnais avoir pris connaissance des conditions d'utlilisation

POLITIQUE

SPORTS

ECONOMIE & BUSINESS

DOSSIERS

Culture & Loisirs

Société

Débats & Opinions

Personnalités

A savoir

  • Les opinions et analyses présentées dans cette rubrique n'engagent que leurs auteurs et nullement la rédaction de Journaldebangui.com
  • Journaldebangui.com n'est pas responsable des affirmations qui y sont présentées et se réserve le droit de modifier ou de retirer un article qui diffamerait, insulterait ou contreviendrait au respect des libertés publiques

Agenda - événements

Lancement du Africa CEO Forum 2015
Tous les événements

TOUT L'UNIVERS JOURNALDEBANGUI.COM

DOSSIERS

Dossiers

L'INTERVIEW

Interview

COMMUNIQUES OFFICIELS

Communiqués