INTERVIEW  |    

Hurel Régis Beninga: «une première, serait que la Centrafrique ait un prix»

Par Luidor Nono - 26/02/2013

Le cinéaste est en compétition officielle au Fespaco de Ouagadougou avec son court métrage, «Couleur de vie». Entrevue!

 

Est-ce la suite de Bobéro dans «C’est ça la France», votre précédente série avec laquelle vous étiez déjà à Ouaga?
C’est la suite de la vie du personnage en effet. Au départ, il venait en France, la tête pleine de rêves. Finalement, il est vite confronté à la réalité et se rend compte que la vie n’est pas aussi facile qu’il l’espérait. Avec le personnage, j’explore d’autres domaines de la vie qui ne sont pas essentiellement liés à la France ou à la découverte de l’occident. Il s’agit de relations humaines et notamment les difficultés que l’on rencontre régulièrement et dont on n’a pas envie de parler par pudeur.

Le bref résumé du court-métrage «Couleur de vie»?
«Couleur de vie» c’est le personnage de Bobéro qui a fini ses études et qui se pose la question de savoir s’il faut retourner dans son pays ou pas. Vraisemblablement, lui-même ne se pose pas la question mais, il est hébergé chez une personne âgée qui lui propose de retourner dans son pays, au lieu de rester là et de vivre dans la précarité, alors qu’il est détenteur d’un Doctorat en Psychologie sociale. La question de Bobéro est de savoir ce qu’il va faire avec un tel diplôme en Afrique? On va se moquer de lui là bas etc. C’est pour cela qu’il se dit, s’il y a des personnes qui réussissent ici, pourquoi pas lui? Il est dans la posture de rester en France, de se battre pour réussir, et pas de retourner avec un diplôme qui ne servira peut-être pas.

 


© journaldebangui.com
Hurel Régis Beninga, acteur, comédien, cinéaste, réalisateur, ... etc.
Est-ce que c’est votre histoire à vous?
Il y a une part d’autobiographie dans l’histoire de Bobero, je ne dis pas le contraire. C’est un jeu dramaturgique. Sur cet aspect des études finies, la question du retour ou pas, oui ! Il y a une part de ma vie dedans. Mais sur les autres aspects, les autres histoires autour, non, il n’en est rien. Il y a tout un détournement scénique derrière.

«Couleur de vie» au Fespaco, un aboutissement, ou une consécration?
D’une certaine manière, c’est une consécration, au regard de l’historique du film avec toutes ses péripéties. Mais, je n’ai pas fait le film objectivement dans le but de gagner un prix, d’arriver au Fespaco, même si c’est une fierté. C’est toujours une joie de participer à la grande fête du cinéma africain. L’objectif pour moi en participant au Fespaco, c’est d’une part, de communiquer davantage auprès du public africain au regard de ce que le Fespaco est une vitrine, et d’autre part, parce que le court métrage est difficilement diffusable. Etre au Fespaco, c’est la possibilité de faire voir le film à un public plus large.

Ce n’est pas une première pour la Centrafrique, puisque vous étiez déjà là, il y a quatre ans?
Non, ce n’est pas une première, mais dans la catégorie court-métrage, c’en est une. En 2009 justement, j’étais déjà en compétition officielle avec la série «C’est ça la France», au nom de la République centrafricaine. Cette année encore, je suis en compétition officielle avec un court métrage. Ce qui serait une première, ce serait que la Centrafrique ait un prix.

Vous n’avez pas d’espoir?
Il y a des grands noms de la cinématographie africaine qui sont en compétition. Moi je débarque dans le milieu du cinéma. Je ne pars pas avec des prétentions mais, je ne peux m’empêche de rêver.

Cela va-t-il changer quelque chose dans votre parcours?
Je ne sais pas. Je vais attendre la fin du Fespaco. J’ai l’habitude de dire, que l’Être humain est ce qu’il est, à cause ou grâce à son environnement. Notre environnement, la rencontre de chaque jour contribue à nourrir notre vie, à changer le cours des choses. Cette sélection apportera un nouveau regard sur le métier et peut-être aussi sur d’autres choses. On attend pour voir.

Et Bangui vous y pensez souvent?
Il y a une chaleur de vie à Bangui que j’apprécie particulièrement, qui pour moi est unique aux Centrafricains. Ils ont une spontanéité que j’apprécie beaucoup. Après, il y a la situation politique qui influence fortement la condition sociale. Hélas à cause de cette situation, nous vivons des circonstances assez précaires et lamentables. Nous avons le sentiment que le pays tourne en rond et n’avance pas assez comme nous le souhaitons. Bon! L’espoir est toujours permis. Il faut garder espoir pour que les choses changent. Je pense que la sélection au Fespaco, pourrait susciter un éveil, comme «Un homme qui crie» de Mahamat Saleh Haroun a suscité quelque chose au Tchad. Si cela peut être le cas de manière modeste en Centrafrique au niveau du cinéma, ce serait une bonne chose.

Par ailleurs, j’ai essayé de parcourir la liste des films envoyés et enregistrés pour la sélection du Fespaco. Sur 755 films j’ai retrouvé le nom de la Centrafrique deux fois uniquement. Une fois sur le film d’une américaine, « Oka», qui a tourné avec les pygmées Aka. Hélas il n’a pas été sélectionné. La deuxième fois, c’est avec mon nom et «Une couleur de vie» J’aurais aimé et souhaité que les cinéastes et les hommes de l’audiovisuel de la République centrafricaine puissent essayer de faire d’avantage de projets. Je sais et je crois qu’il y a des gens qui ont du talent pour, mais qui hélas manquent de moyens divers pour y parvenir.

 


© journaldebangui.com
En compétition officielle au Fespaco 2013
Quels sont vos rapports avec le cinéma centrafricain dans lequel vous avez commencé avec la série «A qui la faute?» notamment les acteurs?
Tout dépend de l’environnement dans lequel on se trouve et de ce qui nous inspire. Je pense que notre environnement nourrit davantage nos projets artistiques, nos réalisations, nos œuvres, nos écrits. Avec «A qui la faute ?» qui parlait de la République Centrafricaine, il était normal que, ce soit fait par des Centrafricains qui jouent les rôles principaux. Mais en même temps, je n’en fait pas une obligation. Une œuvre artistique est différente d’une œuvre patrimoniale. Dans l’artistique, on est libre de choisir qui on veut, qui est capable d’interpréter tel rôle? «C’est ça la France», je l’ai voulu un peu plus ouvert pour ne pas lui donner une connotation ethnique. Mais, il y a des Centrafricains aussi dans cette œuvre. Dans «Une couleur de vie», le réalisateur est centrafricain de même que l’acteur principal. Néanmoins, je ne pars pas du principe que je suis Centrafricain et que je doive bourrer mes œuvres de personnages centrafricains. Je pense que tout artiste qui a une démarche professionnelle bien établie, a juste un seul souci, c’est de réussir. C’est-à-dire avoir les hommes et les femmes qu’il faut pour lui permettre de réussir le film.

Après le Fespaco, vous retournerez à votre quotidien d’enseignant?
C’est le Fespaco qui déterminera la suite à donner à mes activités artistiques. Je sens que j’ai de plus en plus un penchant pour le cinéma. J’espère que le festival me permettra de développer davantage ce domaine-là! En même temps l’enseignement c’est ce que je fais, mais pas à grande échelle. Je n’ai pas un poste de titulaire dans une université, ce qui fait que j’ai une certaine liberté dans la création.

Et la Semaine centrafricaine (Semca) de Toulouse, on vous y verra?
Je pense que c’est une bonne initiative, d’organiser comme cela une semaine pour la culture centrafricaine. «C’est ça la France» et «Paradoxe» ont été diffusés là-bas il y a deux ans déjà. Après, ce que je trouve regrettable, c’est que nous organisions beaucoup de choses en tant que Centrafricains à l’extérieur et je ne vois pas ce que cela apporte à ceux qui sont restés sur place. Je me demande quelle est la portée de toutes ces manifestations. J’ai bien peur que ce soit, plus une richesse pour la France que pour la Centrafrique. J’ai le sentiment que les Centrafricains organisent beaucoup de manifestations festives et je me demande si cela a un impact sur la vie en Centrafrique là-bas. C’est une interrogation. Peut-être est-il temps que nous réfléchissions davantage, comme le personnage de Bobéro dans le film. Comment est-ce que je peux mettre mes connaissances et mes compétences acquises ici dans ce pays, au service de mon pays? Le personnage du vieux a répondu à la question. Il dit à Bobéro qu’il a vécu ici comme un étranger et finalement, il a peur de rentrer dans son pays pour y vivre aussi comme un étranger. Personne ne le connaît quasiment là-bas parce qu’il a fait toute sa vie ici, mais, il n’a personne ici avec qui vivre. Il faudrait que nous réfléchissions pour qu’il ne soit pas trop tard après.
 

1 COMMENTAIRES

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Someone who could be a model in this field!

Par Grand Nono

27/02/2013 10:25

Bravo! Regis, I really appreciate what you're doing. Sure, you could serve as model for some fantastic CAR young people interested in cinema here (In Bangui). Just keep on working so hard to make your/their dream come true.

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