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Centrafrique: la diplomatie peut-elle être à la hauteur des défis?

Par Rodrigue Prudence Mayté - 25/02/2013

Autopsie, décryptage et l’audace d’espérer… Par Rodrigue Joseph Prudence MAYTE

 

L’avènement de la globalisation a fait naître un snobisme dans la politique extérieure de tous les pays sans exception. Ce snobisme a révolutionné et innové les enjeux diplomatiques et l’approche réelle de la politique extérieure de chaque pays. Une approche politique qui a permis à plusieurs pays entre temps de redorer leur blason et de s’inscrire dans une logique de relations multidimensionnelles et de fidélisation permanente de leurs partenaires. Ce changement de style inhérent à chaque pays n’a pas laissé la République Centrafricaine de marbre puisqu’elle a su s’internationaliser par le biais de sa diplomatie…Une diplomatie qui n’est rien autre que la vitrine expressive d’un pays. Bien évidemment, si la diplomatie est active, le pays ne peut qu’en bénéficier. Dans le cas échéant, il subira l’effet inactif de sa diplomatie morbide. S’il s’est réellement avéré que la diplomatie est une vitrine expressive d’un pays, il n’en demeure pas moins qu’elle n’est que le reflet de la politique interne du pays qui semble internationaliser. Lorsque la diplomatie d’un pays quelconque est conquérante, agissante, et active, il est évident que sa politique extérieure persuadera les partenaires à l’assister dans toutes ses entreprises. L’inverse est bien sûr désobligeant pour l’image et la rentabilité diplomatique d’un pays surtout lorsqu’il fait face à de défis réels. De ce qui précède, la diplomatie Centrafricaine peut-elle être à la hauteur des défis qui s’imposent au pays ? Une interrogation clairvoyante qui mérite une approche toute particulière. Ainsi il serait souhaitable d’abord qu’une autopsie de la diplomatie centrafricaine soit faite en vue de décrypter ses forces et faiblesses, ensuite analyser l’appel du pied du Chef de l’état Centrafricain à son homologue Français suite à la récente crise et enfin scruter dans les moindres détails les acquis diplomatiques contemporains qu’il faut consolider.

 


© journaldebangui.com
Rodrigue Prudence Mayté
I- Autopsie et décryptage de la diplomatie centrafricaine
Quasiment la plupart des débatteurs et autres spécialistes du droit s’accordent à dire que la diplomatie serait une pratique des relations internationales. En Français facile, ils avancent que c’est un tact dans les relations avec autrui. Ce faisant, un Diplomate est forcement une personne chargée de représenter son pays auprès d’une nation étrangère et dans les relations internationales…Par conséquent, il doit être habile et plein de tact pour accomplir dans les règles de l’art sa mission. En vérité l’approche définitionnelle et pragmatique de la diplomatie met en exergue la virtuosité de ceux qui sont chargés de mettre en musique la politique extérieure de leur pays. Dans les grandes démocraties, la politique extérieure a été toujours mise en symbiose par des grands hommes politiques qui ont été, soit des premiers ministres, soit des anciens candidats à l’élection présidentielle, ou encore des personnalités qui ont occupé des hautes fonctions de l’état. En tout état de cause, ces derniers ont généralement un carnet d’adresse bien rempli et disposent la stature d’un homme d’Etat qui sait agir avec ingéniosité. Une telle qualité ne pourrait être qu’une aubaine pour n’importe quel pays. D’ores et déjà, il faut avoir à l’esprit que l’efficacité d’une politique extérieure réside non seulement sur les compétences distinctives qui sont chargées de la diplomatie mais également sur les moyens (financiers, matériels etc…) qui permettront d’atteindre les ambitions précédemment fixées. Il est d’une évidence absolue que le local qui abrite la représentation diplomatique devrait refléter l’ambition recherchée par le pays à travers sa politique extérieure. Certains pays mettent les moyens faramineux pour s’offrir une représentation diplomatique luxueuse et des diplomates attitrés dans l’unique but de réussir une percée dans la pratique des relations internationales.

Depuis plusieurs décennies, la diplomatie centrafricaine peine à s’arc-bouter sur la même longueur d’onde que celle des autres pays. Nombreuses sont les causes de cette inefficacité… Fondamentalement, la représentation diplomatique reflète l’image d’un pays à l’extérieur. Or, il s’est avéré que plusieurs représentations diplomatiques centrafricaines connaissent d’énormes difficultés pour cause de non paiement de loyer. Étant donné que le non paiement de loyer perdurait, alors l’ardoise devenait de plus en plus salée et c’est l’image du pays qui finit par s’effriter. Avec l’apprêté de la vie les plus burlesques, certains diplomates étaient contraints de s’adonner à des activités lucratives pouvant leur offrir une meilleure visibilité financière afin de subvenir à leurs besoins de premières nécessités. Il est important d’admettre qu’ils ont délaissé la diplomatie au détriment du commerce car la survie de leurs familles en dépendait. A maintes reprises, des diplomates ont été expulsés de leurs logements pour loyers impayés. Comment peut-on s’investir pour son pays auprès des partenaires lorsqu’on sait que ses dépenses de souveraineté ne seraient pas couvertes ? Pire encore, dans quel état d’esprit un diplomate Centrafricain peut-il aborder un partenaire lorsqu’il sait pertinemment que le lendemain matin, il lui serait adressé un avis d’expulsion par son bailleur ? Cette malencontreuse situation a non seulement rendu notre diplomatie fébrile mais elle a également brisé le mental de nos diplomates. C’est dans cette psychose effrénée que la plupart de nos diplomates a toujours travaillé. Aujourd’hui encore certains diplomates n’oseraient point regagner leurs lieux d’affectation pour la simple raison que toutes les dispositions ne sont pas prises pour leur faciliter la tâche. Certes ! Des efforts ont été consentis par le Gouvernement mais il en demeure pas moins que beaucoup de choses restent à faire. L’état boulimique de l’être humain est une évidence et c’est pour cela que cette insatiabilité nécessite une perfection. De fil en aiguille, la diplomatie centrafricaine devrait être non seulement agissante au niveau sous régional, africaine, mais plus largement en Europe et dans le reste du monde voire dans les pays émergents comme le Brésil et s’inspirer du modèle de leur développement qui a fait ses preuves. La diplomatie Centrafricaine devrait être percutante, active pour s’imposer dans la cour des « GRANDS ». Quelques fois la diplomatie doit utiliser la méthode « Bulldozing » pour ratisser, ramollir, et aplanir son champ d’action en vue d’atteindre ses objectifs car le passage d’un Bulldozer ne donnerait en aucun cas un résultat en eau de boudin. A vrai dire, la République Centrafricaine regorge un atout considérable en termes de capital humain dans le domaine de la diplomatie. Il semblerait que ce capital humain n’a jamais été utilisé d’une manière idoine pour l’intérêt républicain. Fort de ce constat plusieurs pays notamment la France serait restée longtemps sans un diplomate de premier rang en dépit du fait que ce pays est le centre de symétrie de la diplomatie internationale. Bien que la Centrafrique vienne d’envoyer un nouveau ambassadeur, il faut admettre que le temps écoulé sans un acteur au premier plan de la diplomatie est une perte énorme pour la politique extérieure du pays. Par dessus tout, plusieurs diplomates utilisent de plus en plus la méthode de technique personnalisée qui n’est rien autre que le lobbying pour faire passer librement leurs messages. Cette technique basique peine en réalité à s’exercer en République Centrafricaine…L’appel de pied du Président Centrafricain François BOZIZE YANGOUVONDA à son homologue Français François HOLLANDE atteste à suffisance cette véracité des faits.

II- De l’appel du pied du Président Centrafricain à son homologue Français
Depuis l’avènement du Président François HOLLANDE à la magistrature suprême de l’Etat français, la question de la politique extérieure de la France pour l’Afrique a suscité beaucoup de débat et alimenté quasiment tous les réseaux sociaux. Un véritable « buzz » comme certains spécialistes de communication lâchent fréquemment. Dès l’abord, le Président HOLLANDE a mis un terme à la « Françafrique ». Cela n’a pas empêché que plusieurs pays africains changent de fusil d’épaule et s’acclimatent à la nouvelle donne. L’option politique de la France vis-à-vis de l’Afrique a certes changé avec l’avènement d’un socialiste au pouvoir. En revanche l’accord de défense qui lie la France à certains pays africains demeure inchangé. Il serait important de rappeler ici que certains pays africains comme le nôtre n’ont pas compris la ligne politique de la France, par contre d’autres se sont acclimatés en même temps. L’exemple le plus palpable est celui de la Côte d’Ivoire…Nul n’ignore la relation séculaire qui existe entre le Président OUATTARA et l’ancien président Français SARKOZY. L’appui indéfectible et inéluctable du Président SARKOZY auprès de son homologue Ivoirien n’est de secret pour personne. D’ailleurs, le Président OUATTARA a été le dernier Président Africain à être reçu par le Président SARKOZY avant qu’il ne quitte l’ Élysée. Il n’a pas fallu très longtemps après la prise de fonction du Président HOLLANDE pour qu’il reçoive le Président Ivoirien alors que tout le monde avait presque prédit le contraire. Diantre, les Ivoiriens ont compris qu’avec la diplomatie agissante, une politique extérieure clairement affichée et des diplomates capables de mettre en musique tout cela, ils arriveront à atteindre l’objectif escompté. La réponse ne s’est pas fait attendre car tout le monde a acquiescé la diplomatie conquérante de la Côte d’Ivoire. A cet exemple s’ajoute celui du Mali où à travers un coup de fil du Président DIANCOUNDA Traoré au Président François HOLLANDE, la France n’a pas hésité un seul instant à voler au secours de ce pays. Et pourquoi l’appel de pied du Président Centrafricain a son homologue Français ne s’est il pas concrétisé ? Il faut reconnaitre qu’il existe une cause exogène et endogène à ce refus. Dans un premier temps, depuis l’arrivée du Président François HOLLANDE aux affaires, l’animation diplomatique de la République Centrafricaine en France était en dessous des attentes de la pratique des relations internationales. Aussi, les autres pays disposaient des diplomates de premier rang auprès de la France, cependant la Centrafrique tergiversait avec un chargé d’affaires alors que l’environnement politique et diplomatique de la France ne s’y prête pas. Dans un second temps, la diplomatie centrafricaine n’est pas assez percutante, persuasive, agressive et habile pour se positionner dans l’esprit des autorités Françaises. En outre, durant la crise centrafricaine certaines personnes mal intentionnées ont jeté des caillasses sur l’ambassade de France à Bangui et brûlé voire déchiré le drapeau tricolore sans s’inquiéter des conséquences de cet acte barbare sur la diplomatie centrafricaine. Cet acte a été considéré comme un affront vis-à-vis de la France. Certes, le Gouvernement centrafricain a condamné l’acte mais la France espérait voir que les auteurs soient punis…Gage d’une relation diplomatique à la hauteur des attentes bilatérales. Dans un troisième temps, le patron de la diplomatie centrafricaine n’avait pu pas amplifier suffisamment l’appel du Président François BOZIZE. Il suffisait seulement que la diplomatie centrafricaine soit un peu habile en optant pour une technique de lobbying bien futé afin que l’appel du président centrafricain soit entièrement pris en compte par son homologue. Bien que le président François HOLLANDE s’est montré réticent à l’appel de son homologue centrafricain, il a joué par contre un grand rôle dans le dénouement de la crise. Il a d’abord demandé à ce que les chefs des États africains volent au secours de la République Centrafricaine. Ensuite, il a dépêché le Président Béninois en Centrafrique pour planter les décors de la paix. Enfin, le Président HOLLANDE a téléphoné à son homologue centrafricain pour le rassurer de la relation bilatérale et historique qui existe entre les deux pays. Il va sans doute dire que pour comprendre la politique extérieure de la France, il est indéniable d’être sur la même longueur d’onde que ce pays afin d’avoir quelquefois des réactions anticipatives…Le contraire serait absurde et inefficace. Au demeurant, la Centrafrique ne doit plus s’excuser en regardant toujours dans le rétroviseur car la continuité de l’Etat doit avoir de nos jours un sens pédagogique sinon « diplomatique ». L’éveil de la diplomatie centrafricaine doit être palpable, visible et réel. Une diplomatie percutante, agissante, persuasive donne toujours de bon fruits que tout le peuple quelque soit son obédience appréciera. Peut être que le nouveau patron de la diplomatie centrafricaine fera rêver tout le monde…C’est possible et il faut avoir un espoir audacieux.

III- L’audace d’espérer pour une diplomatie centrafricaine conquérante
La récente crise centrafricaine a permis à tous les centrafricains sans exception d’avoir une petite idée sur le fonctionnement des différentes institutions du pays. Aussi, elle a été une aubaine pour le locataire du palais de la renaissance de connaître exactement les forces et les faiblesses de l’administration centrafricaine et de ceux qui sont chargés de mettre en symbiose ses plans d’actions. De nos jours, plusieurs signaux positifs permettent d’avoir un espoir audacieux sur la nouvelle politique extérieure de la Centrafrique. D’emblée, il conviendrait de reconnaître qu’il y a un vent nouveau dans la diplomatie centrafricaine avec l’avènement d’un nouveau patron au Ministère des affaires étrangères. Il s’agit bien sûr d’un gros calibre dans le dispositif politique du Président BOZIZE, qui n’est rien autre que Monsieur Anicet Parfait MBAYE…Ce dernier a été longtemps Ministre et les analystes politiques sont unanimes sur son efficacité. Certains estiment qu’il a réussi à désenclaver le ciel centrafricain en faisant venir beaucoup de compagnie aérienne dans le pays. D’autres analystes reconnaissent qu’il est un homme politique très habile et il a la stature d’un homme d’état capable de mener à bien cette mission. Pour étayer leurs analyses, ils avancent que le Ministre est un spécialiste de lobbying et de négociation. Il a toujours réussi par son tact à dissuader tous les conducteurs de taxi et bus à ne pas paralyser le pays en faisant la grève. Ce faisant, il a établi un contact permanent avec ceux-ci. D’ailleurs, à ce titre, un chauffeur de taxi, dont nous taisons le nom, disait : « le Ministre Anicet Parfait MBAYE est un homme qui a réussi là ou les autres ont échoué… » D’autres encore disent qu’il a travaillé un temps soi peu dans le système des Nations Unies et dispose d’un carnet d’adresse et d’une approche relationnelle qui serait un atout dans sa nouvelle mission. Il est évident que le Ministre mette ses qualités au service de l’intérêt républicain tout en sachant que de que les analystes s’accordent sur sa potentialité à mettre la barre de la diplomatie centrafricaine très haute, ils n’hésiteront pas un seul instant à mettre en exergue toutes ses faiblesses d’approches politiques qui constitueraient un blocage à une diplomatie agissante de la politique extérieure du pays. En vérité, le Ministre a du pain sur la planche car il doit d’abord passer au peigne fin toutes les représentations diplomatiques centrafricaines, ensuite redéployer les diplomates en fonction de leurs compétences et enfin s’évertuer pour que ces derniers reçoivent de manière régulière tous les moyens nécessaires pour atteindre les objectifs. De surcroit, il doit privilégier le lobbying et être constamment disponible et disposer pour se rendre à l’évidence. Un véritable travaille de chef d’orchestre qui nécessite un environnement immédiat sain et un pragmatisme au dessus de la mêlée…D’où la fameuse locution latine : « Men sana, in corporé sana » qui signifie: « Un esprit saint dans un corps saint ».

 

 
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