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Centrafrique: Pour la renégociation des accords de Libreville

Par Paul Gové, Leconfident.net - 21/02/2013

Un mois après Libreville, les faits ont démontré la crise de confiance qui règne entre les différentes parties prenantes à ces accords

 

Les entités ayant pris part aux négociations de Libreville relatives à la résolution de la dernière crise qui a secoué la République Centrafricaine ont fait des concessions de part et d’autre, donné l’impression qu’ils étaient conciliants et matures et qu’ils avaient la volonté de marquer une rupture avec le passé en transcendant les considérations de bas étages pour voir l’avenir du pays de Barthélémy Boganda qu’il aimait tant et pour lequel, il a consenti le sacrifice suprême. En divertissant les chefs d’Etat et de Gouvernement de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC), ces personnalités ont perdu de vue qu’elles seraient rattrapées par leurs tares dès le début de l’exécution des accords décrochés à grand frais. Un mois après Libreville, les faits ont démontré que la crise de confiance qui règne entre le pouvoir, l’opposition démocratique et l’opposition armée (coalition Seleka) et qui est caractérisée par la méfiance et la suspension, le non respect de la parole donnée et la transgression des engagements pris n’a pas fin.

 


© AFP
Des accointances ont existé avant le début de la crise
La cause profonde des maux
Lorsque, le Général-Président François Bozizé déclarait au Palais de la Renaissance, au cours de la signature du décret portant nomination de Me Nicolas Tiangaye en qualité de 1er Ministre, chef du GUN qu’il connaissait toutes les personnalités politiques et politico-militaires, il avait raison. En effet, lorsqu’on analyse sa déclaration et qu’on jette un regard rétrospectif dans l’histoire récente de la République Centrafricaine, on se rend compte qu’à la fin du règne du président Ange-Félix Patassé, président du MLPC, il y a l’opposition démocratique qui multiplierait les manifestations pacifiques (concerts de casseroles, journées de deuils et de solidarité etc.) pour situer l’opinion publique nationale et internationale sur les exactions, tueries, viols et pillages orchestrés par les rebelles du MLC de Jean-Pierre Bemba et la faim qui sévissait dans le pays. Au sein de l’armée nationale, il y avait des soldats et officiers qui fragilisaient le régime au profit de la rébellion. Certaines personnalités politiques s’organisaient pour soutenir la rébellion du Général François Bozizé par les tracts et bien d’autres moyens.

Sur le plan extérieur, la coordination des Patriotes Centrafricains (CPC) a joué un rôle déterminant (marketing politique) pour soigner l’image de l’ancien chef d’Etat-major des Armées, afin d’obtenir la caution de la communauté internationale. Ayant accédé au pouvoir, l’homme du 15 mars a, selon les ex-patriotes, récompensé ceux-ci en monnaie de singe. Les compagnons de lutte du Général Président François Bozizé ont permis d’utiliser la même voie (la rébellion) pour conquérir le pouvoir ou fragiliser son régime. C’est ainsi que de 2006 à 2013, le Centrafrique connaîtra la poussée désordonnée des rébellions locales et étrangères. Finalement, la rébellion est devenue un fonds de commerce et un raccourci pour accéder au bord de la mangeoire. Mieux les rebelles sont utilisés par le régime de Bangui pour sécuriser le territoire national et accomplir de basses besognes. Ces accointances que les personnalités politiques ont eues entre elles ou avec les politico-militaires à un moment où leurs intérêts convergeaient, expliquent la crise de confiance qui gangrène leurs relations et remet en question les efforts de développement.

La constitution est-elle mise entre parenthèse?
De 2003 à 2005, la RCA a connu une transition politique. Durant cette période, la constitution a été suspendue. Il y avait un gouvernement et un parlement de transition. Le parlement de transition s’est attelé à l’élaboration de la constitution du 27 décembre 2004 et du code électoral. En d’autres termes, cette institution a jeté les bases d’une démocratie. Or, l’accord politique destiné à sauver la démocratie centrafricaine autorise le maintien de l’homme du 15 mars 2003, jusqu’à la fin de son second mandat en 2016, lui interdit de se présenter à la prochaine présidentielle et prescrit l’organisation des élections législatives anticipées. Par contre, l’article 3 de l’accord politique précise que le gouvernement ne peut être révoqué pendant la durée de la transaction. L’article 7, alinéa 2 invite l’assemblée nationale à voter les projets de loi adoptés par le gouvernement. Ces deux dispositions réduisent la marge de manœuvres du Président de la République et de l’assemblée nationale et contrarient la constitution du 27 décembre 2004. Des lacunes qui peuvent être exploitées depuis le retour de Libreville, le président François Bozizé procède à des nominations dans l’année et dans l’administration avant et après la nomination du premier Ministre et la composition du GUN. Mieux, le projet de la composition du GUN a été unilatéralement réajusté par le maître de Bangui parce que c’est lui qui est habileté à signer les décrets.

A Libreville, les différentes entités n’ont pas prévu des mesures à cet effet. Si l’accord a prévu la répartition des différents ministères entre les entités, l’accord politique est muet par rapport à la haute administration et particulièrement à l’administration du territoire (Préfets, Sous-préfets, chefs de PCA et Maire etc. Or, l’expérience a montré qu’en République Centrafricaine, à l’approche des élections, les différents régimes s’appuient sur les Préfets, Sous-préfets, Maires, les autorités militaires pour orchestrer des fraudes et gagner les élections. Dans une année, le GUN doit organiser les élections législatives. Est-ce que les parties signataires des accords de sortie de crise de Libreville réfléchissent à ce scrutin qui est déterminant pour l’alternance démocratique? L’évaluation et la négociation des accords de Libreville est nécessaire pour corriger leurs carences.

 

 
MOTS CLES :  Renégociations   Libreville   Gun   Séléka   Crise 

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