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Question: Peut-on sauver la faculté de droit de Bangui?

Par Collectif des juristes centrafricains - 18/02/2013

L'atmosphère devient irrespirable au sein de cette faculté puisqu'il y'a deux camps: le camp des conformistes et le camp des anticonformistes

 

Censée être un laboratoire de connaissances, l'université de Bangui a vu succéder à sa tête de brillantes personnalités et a formé des élites et dirigeants politiques de premier rang. Aussi l'on est en droit de se poser la question de savoir pourquoi cette institution l'une des premières institutions créées au lendemain des indépendances a fini par perdre toute sa crédibilité et le caractère sérieux dans sa mission de formation de nos élites? Créée en 19691 l'université de Bangui a pour missions de former des cadres supérieurs et moyens de la RCA et des autres pays, de contribuer à la recherche scientifique au niveau national et international, de promouvoir et développer les valeurs culturelles centrafricaines et africaines, d'assurer des prestations de services à la communauté selon ses compétences. Aujourd’hui, la Faculté de Droit, l'une des entités non négligeables composant l'université de Bangui subit une inexorable descente aux enfers suite à certaines pratiques qui se perpétuent et dont il convient ici d'en faire le point.

 


© rcainfo.com
A l'université de Bangui en Centrafrique
De la cacophonie juridique a une incompétence programmée
A observer de prêt le statu quo au sein de l'université, l'on peut en déduire que les grands objectifs issus des textes fondateurs ne sont qu'un lointain souvenir. L'université de Bangui souffre actuellement non seulement d'un manque criant de cadres enseignants mais aussi les réputations de cette école et de certains de ses hauts responsable se trouvent entachées par certaines pratiques qui n'augurent en rien l'aptitude morale et professionnelle et intellectuelle de ses ressortissants. Et puisqu' «il faut savoir sacrifier la barbe pour sauver la tête »2 notre analyse sera limitée à la plus importante et principale Faculté de Droit et des Sciences Pôlitiques (FDSP) censée former des hommes et femmes destinés à défendre la cause juste, l''équité, la droiture et l'intégrité morale nécessaires pour la construction d'un Etat de droit. Pourtant, il se passe des choses pas tout à fait « légales » pour ne pas dire « hors normes » au sein de cette Faculté de Droit. Des choses qui contribuent à ternir effroyablement la carrière de futures élites qui y sont formés mais aussi qui remettent en cause la crédibilité des titres qui leur sont délivrés à la fin de leurs parcours.

Cette faculté fait l'objet d'un laxisme effarant de la part de certains de ses responsables centrafricains qui eux souffrent d'un complexe d'infériorité à l'égard de leurs collègues professeurs de droit ressortissants de certains pays de la sous région qui profitent de cette situation pour prendre de l'ascension et «traficoter» sans vergogne au sein de cette faculté. A cela s'ajoutent trafics d’influences, corruption aiguë, délation et autres pratiques peu orthodoxes. Pour être plus explicite, à la FDSP étudiants et professeurs de Droit sont en quête perpétuelle de «transformation». La note est transformée pour l'étudiant qui possède les moyens-financiers-de son ambition. A y penser, on serait tenté d'indexer directement ces «érudits professeurs» ressortissants des pays de la sous région venus sauver la Faculté de Droit. Car il est vrai que non seulement que ces derniers bénéficient impunément de la bénédiction de certains hauts responsables universitaires centrafricains mais que les professeurs centrafricains titulaires se rendant bien compte de cette ignoble et basse besogne se mettent eux aussi dans le bain en estimant pour leur part « qu'ils ne sont pas venus à la faculté de Droit pour accompagner les autres3 » Le constat actuel au niveau de cette faculté est que ce n'est plus le travail ardu et assidu qui paie comme à l'époque de Réné Constant NGBONDO, du Pr.Yangongo BOGAGANDA, de M. PANDA mais c'est le gain facile, de bonnes notes contre de l'argent frais.

L'avenir et la carrière professionnelle de l'étudiant tient dans le versement d'une modique somme oscillant entre 40.000 à 50 000 FCFA et parfois même en dessous car concurrence oblige! Ne pas «Accompagner les autres» c'est ne pas aussi construire une maison, ne pas aussi acheter une parcelle et pour ceux le machiavélisme demeure le principal artifice! La faculté de Droit et des sciences politiques est-elle devenue un marché concurrentiel où se joue la loi de l'offre et de la demande ? Mais encore faut-il que cette concurrence soit loyale. Car à y pencher de prêt ce marché funeste est orchestré aux fins d'aboutir à d'autres fins. Abrutir Professeurs et étudiants Centrafricains peut-être? Peut-être oui! La mise en place récente d'un Master professionnel en Droit (privé) sous l'initiative de trois « supers enseignants » en droit, venus d'un pays de la sous région -qui depuis se croient dit-on plus érudits que les professeurs centrafricains et dont l'un d'eux n'est pas Juriste- avec la bénédiction d'un ancien recteur et au mépris des règles de procédures instituées à cet effet, justifient notre point de vue.

Depuis l'institution de ce Master, l'université ne traite plus avec la Faculté de droit en tant qu'institution mais préfère traiter qu'avec les responsables de ce Master entrés par « effraction » dans cette faculté. Le cataclysme juridique et universitaire ne s'est pas fait attendre : un étudiant a soutenu sa thèse sous la direction de l'une de ces individus en l'espace d'un an ! Une Thèse en droit !

Aussi, le coût de ce Master professionnel au sein de la faculté de Droit, institution publique est de 200.000 FCA ! L'IUGE et la Newtech n'y ont vu que du feu ! Évidemment que le but de cette manœuvre est de récolter de juteux bénéfices, des pots-de-vin, un parachutage à la tête d'un département et la couverture d'un haut responsable de l'université en cas de besoin.

L'Omerta juridique In Situ
Dans un environnement où se mêlent coup bas, délation, trafic d'influence et messes de minuit, l’honnêteté n'a pas sa place ou alors peut être rudement sanctionnée. Ainsi certains étudiants et professeurs n'hésitent pas à ouvrir leur parapluie politique et autres procédés d'intimidation pour passer outre les décisions prises par les hautes instances de cette faculté. Le comble, ces enseignants au lieu d'user de leur position et contacts politiques pour réguler cette vague d'immigration universitaire venue de la sous région, préfèrent plutôt proclamer urbi et orbi leur appartenance au pouvoir en place et incitent même leurs étudiants à prendre la carte du parti. L'atmosphère devient irrespirable au sein de cette faculté puisqu'il y'a deux camps : le camp des conformistes et le camp des anticonformistes. Ces derniers qui se comptent sur les doigts de la main, sont les canards boiteux de la FDSP .Ils payent un lourd tribut et sont devenus même la cible pour avoir signé un mémorandum.

Il est vrai que par une décision de 20084, le Conseil des Ministres de la CEMAC a reconnu à une certaine catégorie de personnes à titre transitoire, la possibilité de circuler sans visa dans la sous région. Dans cette catégorie figurent les enseignants et étudiants chercheurs. Mais l'article 3 de cette décision laisse une marge de manœuvre aux Etats membres « de prendre des mesures nationales ». A l'heure où certains Etats de la CEMAC prônent la préférence nationale comme mesures nationales, il est aussi important que des dispositions soient prises pour garantir et limiter l'accès à certaines hautes fonctions au sein de l'éducation nationale afin de préserver et promouvoir l'éthique et la morale dans nos écoles. Car le cadre Centrafricain n'est toujours pas considéré comme tel dans la sous région. Pour exemple, un ancien responsable de la CEMAC a osé affirmer à l'époque qu'il n'existe pas de cadre centrafricain capable de lui succéder à la tête de cette institution. Résultat a fini par perdre certaines positions qui lui revenaient de droit.

Dans ce sens, on serait amené à penser à tort ou à raison qu'une vaste campagne est orchestrée par des pseudos intellectuels des pays voisins afin non pas de combler ce déficit intellectuel mais de maintenir les centrafricains dans la médiocrité afin de mieux les humilier. Et puisque les enseignants titulaires centrafricains du moins certains, affichent leur passivité face à ce drame et que la plus part de nos diplômés en droit de la diaspora ne souhaitent pas rentrer au pays pour s'affirmer, la conséquence inéluctable serait qu'un tsunami de diplômés venu des pays voisins s'abattra sur l'université de Bangui et plus particulièrement sur la Faculté de Droit qui continuera à subir l'assaut des ces supers enseignants qui n’hésiteront pas à dicter leurs lois au sein de la FDSP, à abêtir nos élites en formation et tirer profit de certaines situations. Il ne doit pas nous échapper que des chômeurs titulaires de doctorats, il en existe chez nos voisins. Tant que ce phénomène ne s'est pas encore manifesté en Republique Centrafricaine, le pays restera une destination d'emploi pour nos chers voisins diplômés en mal de reconnaissance dans leur pays.

«Kanga Be Ti mo, Gbou mbéti a goué yongoro»

 

 
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  • 1- Ordonnance n° 69/063 du 12 Novembre 1969
  • 2-Proverbe Turque
  • 3-Parole de certains enseignants centrafricains
  • 4-02/08 UEAC-CM-17 du 20 Juin 2008 décision portant liste de personnes admises à titre transitoire à circuler sans visa en zone cemac
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