INTERVIEW  |    

Centrafrique: Un chef religieux du nord appelle au respect de leurs droits

Par Pacôme Pabandji - 25/01/2013

Sultan Abakar Ben Outman se prononce sur la veritable chasse aux sorcières dont sont victimes certaines populations de Centrafrique

 

Depuis le début de la crise qui a secoué toute la République centrafricaine, des ressortissants de la région du nord de la Centrafrique sont pris à partie à cause de l’origine de la rébellion de Seleka. Ainsi, de nombreuses personnes sont traquées, arrêtées, enlevées et probablement tuées. Certaines familles sont disloquées par cette véritable chasse aux sorcières contre les ressortissants du nord. Face à cette situation, le chef et représentant des ressortissants du nord qui, lui aussi a fait l’objet de cette chasse ne vivant plus chez lui, a été joint au téléphone par la rédaction pour donner sa lecture des faits en tant que chef religieux.

A Bangui des ressortissants du nord ont également fait l’objet des arrestations. Qu’en dites-vous?
Vous devez savoir que ces arrestations sont arbitraires. Si on continue à faire des amalgames basées sur les appartenances ethniques et/ou régionales, on finira par diviser la République centrafricaine. Barthélémy Boganda nous a laissé une République unie. Nous sommes tous Centrafricains que nous soyons du nord, du sud, de l’est ou de l’ouest. Et pourtant, nous sommes poursuivis comme des rats; nous avons été harcelés, nous avons connu des tortures, des menaces de mort, etc. et tout cela parce que nous appartenons à la région du nord de la République centrafricaine. C’est la faute qui nous est reprochée alors que nous sommes aussi centrafricains.

 

Lors de la rencontre du 17 janvier au Palais de la Renaissance, le Chef de l’Etat a dit qu’il va libérer des «prisonniers politiques» dont des ressortissants du nord. Où en sommes-nous?
Effectivement nous avons constaté des cas de libération. Mais toutes ces personnes enlevées ou arrêtées n’ont pas encore recouvré leur liberté. Nous ne connaissons pas encore leur destination et même pas leur situation. Nous vivons dans la peur et l’inquiétude. Nous avons même peur de notre ombre. Moi-même, j’ai abandonné mon habitation pendant plusieurs jours et je vivais caché.

La région du nord regorge d’énormes potentialités économiques. Pourrez-vous nous faire sommairement l’état des dégâts enregistrés au cours de cette crise?
Actuellement, je vis éloigné de cette région et ne maitrise pas trop bien ce qui s’est passé sur le terrain mais, sachez que ces potentialités énormes qui se trouvent dans la région du nord n’appartiennent pas qu’aux habitants ou ressortissants du nord mais appartiennent à toute la République centrafricaine. On parle aussi du pétrole à Birao. Mais est-ce que ce seront seuls les habitants de Birao qui vont bénéficier de ce pétrole? Je ne pense pas. Ce sont les Centrafricains en général, qu’ils soient de l’Ouham, de l’Ouham Pendé, de la Kémo, de la Lobaye, de la Mambéré Kadéi etc.

Vous êtes sultan et c’est dans votre juridiction qu’a éclatée la crise actuelle. N’est-ce pas que cette crise montre les limites de votre autorité en tant que responsable religieux?
Pratiquement je n’exerce pas là-bas. J’ai été désigné en 2008 par les ressortissants du nord pour les représenter à Benghazi sur une invitation de son excellence Mouammar Kadhafi et c’est ce dernier qui me désignera sultan étant donné que moi-même je suis descendant des sultans. Mais sur cette question, je crois qu’il sera difficile pour moi de vous donner une réponse exacte. J’ai quitté Birao depuis fort longtemps car en ce temps-là, il n’y avait pas de cours moyen là-bas et j’étais envoyé à Yalinga où j’ai obtenu mon CEPE (ndlr : actuel CEF1) puis au collège de Bambari. Après l’obtention de mon BEPC (actuel BC) en 1967, j’ai poursuivi à travers des formations professionnelles. J’ai exercé dans la fonction publique pendant 38 ans avant d’être admis à la retraite depuis 10 ans mais pendant tout ce parcours, je ne suis retourné à Birao qu’une seule fois. Donc je ne saurai comment vous répondre.

Qu’est-ce qui a été fait pour éviter cette crise et comment en sommes-nous arrivés là?
Mais ce sont nos hommes politiques qui doivent bien gérer ces problèmes depuis les accords de Libreville en 2008 et le Dialogue politique inclusif de Bangui en 2009. Si toutes les parties avaient respecté leurs engagements, il n’y aurait eu de ce rebondissement. Vous êtes sans ignorer que nous sommes de la Vakaga mais, nous sommes complètement marginalisés et nous ne jouissons pas des potentialités de notre pays. Nous sommes sevrés de routes, d’écoles, d’hôpitaux… nous vivons comme à l’état primitif et aujourd’hui encore, c’est nous qui sommes pris à partie et qui sommes chassés. Je crois que l’on pourrait développer les cultures de rentes telles que les oignons, les pommes de terre, etc. dans la Vakaga pour alimenter toute la République centrafricaine comme cela est le cas pour le café et le coton dans d’autres régions.

A la faveur des accords de Libreville, quelles sont les mesures prises à votre niveau dans le but de consolider les acquis du récent dialogue?
Là ce seront aux hommes politiques de gérer. Moi je ne suis qu’un pauvre retraité qui n’a pas de décisions à prendre dans la situation politique de son pays.

Un message à l’endroit du pouvoir, de la rébellion de Seleka, de l’opposition et de la population?
Je n’ai qu’un message à passer. La République centrafricaine est une et indivisible. Elle n’a pas de couleur et nous a été léguée par le feu Barthélémy Boganda qui est le père de Zo Koe Zo. Notre président fondateur ne connaissait pas ce que c’est que la division. Il faut qu’on s’enlève dans les esprits les appartenances ethnique ou régionale. Nous n’allons pas construire le pays avec cet esprit, au contraire nous n’allons que le détruire. Moi je suis Centrafricain de la Vakaga, je suis prêt à mourir pour le Centrafricain de la Sangha Mbaéré ou pour tout autre centrafricain des autres régions du pays. Cela doit aussi être valable chez tous les Centrafricains et je crois qu’ainsi, on peut parler d’unité et évidemment du développement de notre pays. Il n’y a pas à dire que telle personne est de telle région ou de telle ethnie donc il faut l’éliminer… non.

 

 
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1 COMMENTAIRES

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Le régionalisme.

Par DINE

28/01/2013 10:58

Voila qui est clair, votre Majesté M. le Sultan. Je pense que vous pouvez faire quelque chose pour ramener la paix et une paix durable. Avec les Sultans de Bangassou, de Ndélé et de Birao, vous pouvez ramener la paix en centrafrique parceque vous êtes mieux écoutés que nos autorités administratives. Concertez-vous et faites quelque chose. Les ouest-africains ont bati leur cohésion sociale sur les chefferies traditionnelles.

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