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Comprendre la guerre civile en Rca

Par Edith Anaelle Makong, Intégration - 18/01/2013

Les rebelles du Seléka évoquent le non-respect de la parole donnée par François Bozizé pour justifier leur dessein de renverser le pouvoir actuel à Bangui. Évocation

 

Selon Jean Aramgbwa, un ressortissant centrafricain ayant participé à la conquête du pouvoir par François Bozizé, «la guerre civile centrafricaine commence véritablement en 2004». Une version confirmée par son compatriote reconverti - comme Jean Aramgbwa - dans le commerce au Cameroun. Il situe le début des hostilités entre la rébellion et les troupes gouvernementales, régulièrement renforcées par l’armée tchadienne, exactement en novembre 2004, lorsqu’au moins 20 personnes sont tuées lors d'un raid rebelle sur la ville de Birao dans le nord - Est de la République centrafricaine. Les deux ex-soldats affirment que «ce conflit est souvent lié au conflit au Darfour au Soudan voisin». Au centre de la rébellion, et pour renforcer ses troupes et atteindre ses objectifs, soutiennent d’autres sources, «l'Ufdr dispose de plusieurs alliés, notamment le Groupe d'action patriotique pour la libération de Centrafrique (Gaplc), le Mouvement des libérateurs centrafricains pour la justice (Mlcj), et le Front démocratique centrafricain (Fdc)».

 


© afp
Le président François Bozizé tient un discours sur la place publique le 27 décembre à Bangui
En 2006, les combats s’intensifient. Des milliers de personnes défilent dans Bangui le 8 novembre et appellent les troupes gouvernementales à se confronter à l'Ufdr après une attaque causant la mort de 20 membres du gouvernement et 3 rebelles. Il a également été confirmé que l'Ufdr s'est emparé de plusieurs véhicules blindés, y compris un avion qui a atterri à Birao avec du matériel militaire. Le 13 novembre 2006, les rebelles de l'Ufdr prennent le contrôle de Sam-Ouandja, une ville située dans le nord de la Rca. À peine trois jours plus tard, Ouadda est également capturée par les rebelles. Lorsque les 20 000 habitants de la ville ont appris que l'Ufdr allait s'emparer de la ville, entre 5 000 et 10 000 personnes ont fui dans les villes voisines de Bambari et Bangui. L'Ufdr envisagerait également de capturer Bria et des rumeurs soutiennent également que les rebelles pourraient lancer une offensive sur Ndélé. L'intervention de l'Armée de l'air française le 14 novembre 2006 à Birao a mis un frein à l'avancée des rebelles sur la ville et entraîné des négociations entre les parties en présence, sous l'égide sécuritaire de l'armée tchadienne et d'une force africaine internationale mandatée par l'ONU et autorisées par la République centrafricaine à se déployer dans la ville. En décembre 2006, les troupes tchadiennes attaquent le village de Bémal, tirant au hasard sur la population locale et dérobant le bétail, des outils agricoles et des sacs d'arachides. De violents combats détruisent la ville de Birao en mars 2007 jusqu'à l'intervention de la 13e demi-brigade de Légion étrangère soutenue par des Mirage F1.

Le 13 avril 2007, un accord de paix est signé entre le gouvernement et l'Ufdr à Birao. Celui-ci prévoit une amnistie pour l'Ufdr, sa reconnaissance en tant que parti politique et l'intégration de ses combattants dans l'armée. Des négociations complémentaires ont par ailleurs abouti à un accord en 2008 pour une réconciliation nationale, un gouvernement d'union nationale et la planification d'élections locales en 2009, ainsi que des élections parlementaires et présidentielles en 2010; le nouveau gouvernement a été formé en janvier 2009. Le 15 novembre 2010, Birao repasse sous le contrôle de l'armée centrafricaine, mais est immédiatement reprise par les rebelles de la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix (Cpjp). Le 1er décembre 2010, l'armée tchadienne intervient une nouvelle fois pour reprendre la ville aux rebelles au nom du gouvernement centrafricain.

 


© paesaggio.over-blog.com
2012: Reprise des combats
La coalition rebelle de Séléka, formée par des membres de la Convention des patriotes pour le salut du Kodro (Cpsk), de la Cpjp, de l’Ufdr, et du Front démocratique du peuple centrafricain et dirigée par Michel Am Nondokro Djotodia, a repris les armes le 10 décembre 2012 et conquis un certain nombre de villes au nord, au centre et à l'Est du pays (dont Bria, Bambari, Ouadda, Ndélé, Batangafo, et Kaga-Bandoro le 25 décembre), afin selon ses porte-paroles « de faire respecter les accords de paix». Le 21 décembre 2012, des combats ont lieu à Kabo à l'Est. Le 26 décembre 2012, les rebelles sont à Damara, dernière ville clé avant Bangui.

A l’observation, cette coalition n’est qu’une alliance de circonstance, sans véritable chef, car constituée de groupes armés issus de différents horizons. Abdoulaye Miskine, le chef du Front Démocratique du Peuple Centrafricain (Fdpc), le rallié de dernière heure, est un personnage sulfureux. Né au sud du Tchad d’un père tchadien et d’une mère centrafricaine, il a réussi à convaincre Ange-Félix Patassé, l’ancien président renversé en 2003 par Bozizé, de l’introduire dans sa garde rapprochée alors qu’il n’avait aucune formation militaire. Converti à l’islam lors d’un voyage au Nigeria dans sa jeunesse, Miskine, un nom d’emprunt, aime mettre en avant ses qualités de marabout et de guérisseur. La Cpjp, présidée aujourd'hui par le général Noureddine Adam, était dirigée par le médecin militaire Charles Massi, plusieurs fois ministre, mort probablement sous la torture en janvier 2010, quelques semaines après avoir été arrêté à la frontière avec le Tchad et livré aux autorités centrafricaines. Son fils Eric Neris Massi tient depuis Paris le rôle de porte-parole et coordonnateur international de la Séléka.

Composant d'autres factions de ce mouvement hétéroclite, on trouve encore quelques vieux chevaux de retour qui ont en commun une profonde détestation de Bozizé: le président fondateur de la Cpsk, qui s'est bombardé général major, un ancien patron de la Croix-Rouge centrafricaine et surtout Jean-Jacques Demafouth, ancien dirigeant de l'Alliance pour la Restauration de la Démocratie (Aprd), officiellement dissoute début 2012. Jusque là resté dans l'ombre, Démafouth, ancien ministre de la Défense de Patassé, bénéficie encore d'une grande popularité dans l'armée et aussi... dans la rébellion. Il a en effet géré la manne du programme Désarmement, Démobilisation, Réinsertion (Ddr) qui a mis quelques milliers d'ex-rebelles dans la nature et permis leur réarmement ultérieur. Selon Human Rights Watch (HRW), des centaines de civils ont été tués, plus de 10 000 habitations ont été incendiées et environ 212 000 personnes ont fui leur foyer pour vivre dans des conditions désespérées dans brousse profonde du nord de la RCA. Plus de 3 000 Centrafricains se sont réfugiés dans la province d'Équateur, en République démocratique du Congo.
 
MOTS CLES :  Bozizé   Chef Guerre   Général   Séléka 

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