CINéMA & THéâTRE  |     LIVRES  |     MUSIQUE   |     ARTS  |    

"Photo de groupe au bord du fleuve", d’Emmanuel Dongala

Par Thomas Flamerion, evene.fr - 23/11/2010

Dans plusieurs pays d’Afrique, la population féminine est majoritaire, mais cela ne constitue pourtant pas un avantage.

 

Résumé du livre
Quatorze femmes congolaises concassent des blocs de pierre et remplissent des sacs de gravier à longueur de journée. Parmi elles, Ya Moukietou, la grande sœur qui n'hésite pas à affronter les hommes; Mâ Bileko, une ancienne femme d'affaires ruinée par sa belle-famille; Laurentine, la plus coquette, ou Mama Mayolo, qui d'un regard peut clouer sur place un gendarme. Confrontées à une terrible injustice sociale, elles se mobilisent pour faire valoir leurs droits. Commencent alors une lutte exemplaire, politique et sociale, une quête du bonheur et un regain d'espoir au sein de leurs familles et de leurs couples.

 

La critique
Si son sujet suffisait amplement à donner au roman d’Emmanuel Dongala gravité et profondeur, son style en décuple le réalisme tout en le dédramatisant. Frontal, empathique, l’écrivain congolais de mère centrafricaine s’immerge dans l’injustice quotidienne d’une vie de femme africaine. Conscience dissimulée sous le tutoiement, il interpelle sa Méréana, l’observe dans le creux d’une intimité refusée à un mari volage et quitté, entend les drames de ses amies de galère et ses ambitions avortées. Casseuse de pierre pour s’en sortir, instruite, consciente d’un marché qui enrichit les uns en piétinant les autres et fidèle au souvenir d’une petite sœur brillante emportée par le sida, la voilà érigée en porte-parole, en chef d’une troupe de mères et de grands-mères casseuses de pierres. Leur revendication - vendre le fruit de leur pénible labeur à meilleur prix puisque d’autres en obtiennent un revenu croissant- se heurte à la répression sanglante, aux tentatives d’intimidation et de corruption. Mais la solidarité n’entend pas la peur quand le bien-fondé des velléités atteint ce niveau de bon sens, lorsqu’il touche aux besoins vitaux de familles entières.

Assenant son phrasé souple et bien tourné, ménageant les doutes et l’attente qui rythment la lutte en distillant dans ses portraits suffisamment d’humour et de rogne pour ne jamais dramatiser à outrance, Dongala construit bien plus qu’un roman social. Il ose le récit d’aventure, la chronique africaine scandée, non pas misérable mais portée par l’espoir et l’acuité. Un texte qui, conscient des changements à l’œuvre comme de l’immobilisme autorisé par des gouvernements d’apparat, prouve que traditions et modernisme renforcent invariablement les clivages sociaux en Afrique. La ‘Photo de groupe au bord du fleuve’, c’est ce cliché pris au téléphone portable par l’une de ces révoltées. L’une de ces victimes ordinaires qui sourient à la face du pouvoir phallocrate en rêvant secrètement de l’émasculer à coups de marteaux et de pierres.

 

 
MOTS CLES :

0 COMMENTAIRES

Afficher tous les commentaires | Poster un commentaire

POSTER UN COMMENTAIRE

Identifiez- vous : pseudo* e-mail
Titre du commentaire
votre commentaire
Etre prévenu par email quand une réponse est faite
Ne cochez oui que si vous voulez recevoir des mails en cas de réponse sur ce sujet et que vous avez saisi votre mail
Je reconnais avoir pris connaissance des conditions d'utlilisation

POLITIQUE

SPORTS

ECONOMIE & BUSINESS

DOSSIERS

Culture & Loisirs

Société

Débats & Opinions

Personnalités

A savoir

  • "Photo de groupe au bord du fleuve", d’Emmanuel Dongala
  • Actes Sud, 2010, 334p

Agenda - événements

Lancement du Africa CEO Forum 2015
Tous les événements

TOUT L'UNIVERS JOURNALDEBANGUI.COM

DOSSIERS

Dossiers

L'INTERVIEW

Interview

COMMUNIQUES OFFICIELS

Communiqués