INTERVIEW  |    

Centrafrique: «Le régime de Bozizé n’a plus d’alternative»

Par Pierre Barbancey / humanite.fr - 03/01/2013

Thierry Vircoulon, directeur du programme Afrique centrale d’International Crisis Group, décrypte la crise centrafricaine

 

Alors que la coalition rebelle du Séléka a annoncé suspendre son offensive vers Bangui pour participer à des pourparlers de paix avec le gouvernement centrafricain, Thierry Vircoulon, chercheur associé à l’Ifri, par ailleurs directeur du programme Afrique centrale d’International Crisis Group, décrypte la crise centrafricaine.

D’après vous quelle est la genèse de la crise en République centrafricaine?
C’est une crise née des frustrations de la gouvernance du régime. Les groupes armés qui forment le Séléka sont, pour la plupart, des groupes qui avaient déjà signé un accord de paix avec le pouvoir. Mais les conditions de cet accord de paix n’ont pas été appliquées. Notamment tout ce qui concernait le volet «Désarmement/Démobilisation/Réintégration» (DDR) n’a pas été mis en œuvre. L’UFDR [l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement qui, avec la Convention patriotique pour le salut wa Kodro (CPSK) et la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP), ont créé la coalition rebelle du Séléka début décembre – NDLR] est un mouvement qui avait signé un accord de paix en 2007 prévoyant la démobilisation de ses combattants…

 


© afrikarabia2
Thierry Vircoulon (ICG)
Comment analysez-vous la réponse de François Bozizé, qui se dit prêt à négocier et à former un gouvernement d’union nationale?
Les rebelles se rapprochent de plus en plus de la capitale. L’armée centrafricaine n’est pas en mesure de les contrer. La déclaration de Bozizé montre que le pouvoir n’a absolument plus d’alternative. Cela traduit sa faiblesse. Il a cédé aux conseils et aux injonctions de l’Union africaine et de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC).

Existe-t-il, d’après vous, un lien entre l’opposition à Bangui et la coalition du Séléka?
Ils n’ont pas grand-chose à voir. Les mouvements qui forment le Séléka sont composés de groupes armés du nord-est du pays et qui ont très peu de liens avec l’opposition démocratique qui se trouve à Bangui. Les revendications du Séléka, axées sur le DDR, n’ont pas grand-chose à voir avec un agenda politique plus large.

La crise centrafricaine est-elle le révélateur de tout un tas de crises qui éclatent en ce moment en Afrique, et particulièrement en Afrique centrale?
C’est révélateur de l’extrême faiblesse d’un certain nombre de régimes en Afrique centrale dont celui de la République centrafricaine où les mêmes événements se répètent. Des rebelles qui défient le gouvernement et sont plus forts que lui sur le terrain, on a déjà connu ça. Le général Bozizé lui-même est arrivé au pouvoir par un putsch en 2003. Ce qui se passe est, en réalité, la conséquence logique du non-règlement de problèmes de fond.

Le président Bozizé est-il lâché par tous ceux qui le soutenaient peu ou prou?
On sent cela. La France n’interviendra pas. Mais la région est beaucoup plus décisionnelle que Paris sur ce qui se passe en République centrafricaine. On a senti, lors de la réunion le 21 décembre de la CEEAC à N’Djamena, que les présidents de la région étaient très mécontents et ont pris la crise en main en imposant une feuille de route au gouvernement centrafricain, à savoir les négociations et le renforcement de la mission Micopax (Mission de consolidation de la paix en République centrafricaine, sous la responsabilité de la CEEAC). Mais ils ne veulent pas la chute du régime Bozizé.

Si la crise perdure, quelles pourraient être les conséquences régionales?
Les conséquences seraient importantes parce que c’est un test pour les capacités de la région à gérer les crises. Ce serait un discrédit et un défi forts lancés à la CEEAC et à l’Union africaine par les rebelles. On se retrouverait dans une situation de face-à-face entre la mission de la Micopax, les rebelles et l’armée tchadienne. Car à l’heure actuelle, le verrou qui protège Bangui, c’est Damara où se sont positionnés l’armée tchadienne et le reste de l’armée centrafricaine, la Micopax étant positionnée en protection directe de Bangui. Si les rebelles arrivaient jusqu’à Bangui, on risquerait de retrouver les heures sombres de 1996, 1997 ou 2003: la guerre dans la capitale.

Vous avez fait allusion à la faiblesse de l’armée et, paradoxalement, stationnent en République centrafricaine des bataillons de l’armée française là officiellement pour «défendre les ressortissants français», dixit François Hollande. Mais à l’origine quelle est la mission de ces troupes françaises?
La mission actuelle du détachement sur place est essentiellement une mission de soutien aux troupes de la Micopax. La France y contribue également financièrement. La présence française en République centrafricaine a diminué fortement depuis des années. La dernière intervention militaire française date de 2007. Le pouvoir centrafricain a cru qu’il pouvait de nouveau contraindre Paris à l’aider. Mais François Hollande a clairement donné une fin de non-recevoir. La France ne fera qu’évacuer ses ressortissants. La main est vraiment laissée à la région pour la gestion de cette crise. Ce qui est testé, c’est l’architecture de paix et de sécurité en Afrique où les Occidentaux ne sont là qu’en appui. Les Africains doivent gérer la crise.

 

 
MOTS CLES :  Thierry Vircoulon   Icg   Bozizé 

3 COMMENTAIRES

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Mes felicitations aux presidents d'Afrique centrale et l'armée de ces pays repectifs

Par Le Juif Noir

04/01/2013 11:53

Je voudrais adresser mes félicitations à tous les présidents d’Afrique Centrale qui ont agi sincèrement efficacement plus que les histoires des nations unies!! C’ est une preuve et démonstration du panafricanisme. Que Dieu tout puissant bénisse les présidents du : Tchad, Congo Brazzaville, Gabon, RDC, et autres qui participent activement au blocage des malfrats armés qui veulent déstabiliser la RCA de nouveau…..alors que le pays a déjà amorcé la démocratie, des prix lourds ont été payés par le sang des innocents, les Jeunes ont payé par des séries d’années blanches et d’un chômage chronique , des malades sur les lits d’hôpital ont payé par la mort par manque de docteur présent ….
Je tiens à rassurer nos confrères Africains qui sont venus nous aider que Dieu a sauvé la RCA plusieurs fois à travers vous depuis le temps de la MISAB ! Vous êtes venus comme représentants de Moise pour dire à Pharaon de laisser les gens libre et en paix ! Lucifer combat la RCA depuis toujours mais vous êtes venus cette fois ci comme l’armée de Josué ! pour éradiquer le mal et Dieu vous donnera la force ! Regardez bien ce beau pays géographiquement bien placé ! pour être une fontaine en Afrique , mais dommage rempli des gens de mauvaise foi ! quelque fois je me demande si lucifer a pu voler des cœurs de certains centrafricains la pensée d’être riche et vivre propre en paix !
En tout cas le président Bozize a fait beaucoup preuves de nationalisme, de démocrate et d’un père de nation dommage certains centrafricains ont le mal enraciné en eux leur cœur semble devenir le siege des démons. Je parie que même si le règne de Bozize finisse ceux qui veulent le remplacer…..ne pourront pas faire plus, et peut être l’union des syndicats seulement les fera partir. De Dacko à Kolingba, Patassé et maintenant Bozizé la population centrafricaine subi toujours des coups des hommes armés. Espérons que c’est la dernière fois et que Dieu donnera la sagesse a Bozize et vous êtes venus nous aider d’éradiquer cette pratique une fois pour toute.
A mes frères Africains et surtout les centrafricains en ce moment de tension, je tiens à vous dire ceci :
-Les bavures en Afrique enrichissent les medias internationaux et donne du boulot au malin et vous en profiter aucunement pas !
-Les bavures en Afrique sont utilisées pour nous culpabiliser et psychologiquement nous châtier d’avantage !(guerre psychologique)
-Les bavures en Afrique sont utilisées dans certaines écoles comme des exemples négatifs au monde pour nous rabaisser ! même si on est pas du pays concerné l’Afrique c’est tous les Africains pour beaucoup ailleurs !
-Les bavures en Afrique détruisent notre respect et dignité humaine !
Si quelqu’un s’attend à ce que tu fasses le mal afin qu’il te culpabilise, mon frère, ma sœur fait dix fois le bien !
Je n’ai aucune leçon de morale à donner ici mais je dis simplement soyons bien alerté !
Qu’est que nous avons compris dans la réponse du Président Français à la crise Centrafricaine ? Réfléchissons !


Tout ce que le peuple Centrafricain veut aujourd’hui c’est la paix et la sécurité pour qu’il aille au champ.

Merci à la CEEAC et l'UA

Par Kota Likongo

04/01/2013 14:09

J'emboite le pas à mon frère le "Juif noir" pour remercier la CEEAC et l'UA, la CEMAC a agit mais presque tardivement ( pourquoi????). l'action régionale donne une réponse à Mr HOLLANDE qui, visiblement, ne voulait pas aider la RCA car n'igorons pas que la France ne veut pas qu'on le doigte pour des problèmes qu'elle creé en Afrique et particulièrement en RCA. Merci CEEAC, UA , nous sommes fiers de vous. reste à aider le MALI. je vous en prie aider le Mali. les puissances Africaines ANGOLA, AFRIQUE DU SUD, TCHAD, CAMEROON, GABON, Merci. Nous voulons plus de guerre, pour des raisons égoîstes, en Afrique.

No for French intervention

Par African Berber

05/01/2013 17:27

Africa will enjoy peace and prosperity when they get ride if French influence
Time is coming to say to ban all French products and services.
The Berber

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