INTERVIEW  |    

Mgr Nzapalainga: «La solution en Centrafrique ne peut passer que par le dialogue»

Par Anne-Bénédicte Hoffner/.la-croix.com - 31/12/2012

L’Archevêque de Bangui, appelle les différentes parties à «se mettre autour d’une même table»

 

Quelles sont les racines du conflit actuel, opposant les rebelles du Séléka au président François Bozizé?
Notre pays a connu toute une série de dialogues politiques: «conférence nationale», «grand débat national», «dialogue politique inclusif»… À l’issue de ces processus, des accords ont été signés, des résolutions prises, des promesses faites. Or le plus souvent, elles n’ont pas été respectées. Lorsque les signataires retournent dans leur camp, des gens de la base estiment que ce qui a été signé ne les engage pas. Il s’ensuit même des scissions au sein des partis. Par exemple, il avait été décidé que ceux qui, dans la brousse, déposaient les armes, pourraient entrer dans l’armée ou se voir proposer une aide pour se réinsérer, voire un travail. Or les choses traînent. Il semble que le gouvernement ait utilisé les crédits à autre chose. Il faudrait une évaluation de ce qui a été fait, de ce qui n’a pas été fait, en déterminer les raisons, et désigner les responsables, de part et d’autre. Mais nous restons actuellement dans le non-dit. Faute de cet état des lieux précis, les deux camps s’accusent mutuellement et en bloc. Le non-respect de la parole donnée engendre des frustrations, la violence, la rébellion, la guerre et la destruction.

 


Mgr Nzapalainga, Archevêque de Bangui, la capitale
Quelle est la position de l’Église catholique?
Je suis très souvent interrogé par les médias, mes messages de l’Avent et de Noël ont été diffusés à la radio : j’y ai évoqué les maux de la Centrafrique et redit que la solution ne pouvait passer que par le dialogue. La mission de l’Église consiste à apporter au monde la paix du Christ. Elle est appelée à faire montre de vigilance et faire office de sentinelle pour notre époque. Certains viennent même me voir pour demander à l’Église de jouer le rôle de tierce personne dans les discussions entre gouvernement et rebelles. Mais nous ne pouvons jouer ce rôle à l’heure actuelle, faute de contact avec ces derniers. Peut-être mes frères évêques du nord du pays en ont-ils mais je ne parviens pas à les joindre: toutes les lignes téléphoniques sont coupées.

Un dialogue est-il encore possible entre le gouvernement et le Séléka?
Il n’y a pas d’autre alternative. Une famille, un quartier, une ville ou un pays qui n’envisage pas le dialogue dans la gestion de ses différends ou dans la répartition des biens communs n’est pas loin de sombrer dans une spirale de la violence aux conséquences très destructrices. Le peuple centrafricain est composé de plusieurs couches dont les attentes ne sont pas homogènes mais il n’en demeure pas moins qu’il partage une attente plus fondamentale : celle de la paix, comme cadre d’une économie prospère, du développement, du bien-être, de la santé, de l’éducation… Dans un pays confronté au népotisme, au clanisme, au régionalisme et à la concentration des richesses de tout un peuple entre les mains d’une minorité, une autre aspiration connexe se fait sentir : la justice. Il ne s’agit pas de promouvoir un égalitarisme mais de rendre à chacun son dû et de se préoccuper des plus faibles. Nous attendons que la justice soit rendue selon les dispositions du droit pour mettre un terme au règne des grands qui écrasent les petits.

Le conflit est-il aussi religieux, entre rebelles «musulmans» et Centrafricains «chrétiens»?
Non, il s’agit là d’analyses simplistes et rapides. J’entends dire ici ou là que parmi les rebelles, qui viennent du Nord, certains portent des turbans… Je n’ai aucune preuve de cela. Selon moi, le conflit est bien davantage lié à l’injustice et au non-respect de la parole donnée.

 

 
MOTS CLES :

0 COMMENTAIRES

Afficher tous les commentaires | Poster un commentaire

POSTER UN COMMENTAIRE

Identifiez- vous : pseudo* e-mail
Titre du commentaire
votre commentaire
Etre prévenu par email quand une réponse est faite
Ne cochez oui que si vous voulez recevoir des mails en cas de réponse sur ce sujet et que vous avez saisi votre mail
Je reconnais avoir pris connaissance des conditions d'utlilisation

POLITIQUE

SPORTS

ECONOMIE & BUSINESS

DOSSIERS

Culture & Loisirs

Société

Débats & Opinions

Personnalités

Agenda - événements

Lancement du Africa CEO Forum 2015
Tous les événements

TOUT L'UNIVERS JOURNALDEBANGUI.COM

DOSSIERS

Dossiers

L'INTERVIEW

Interview

COMMUNIQUES OFFICIELS

Communiqués