DéBATS & OPINIONS  |     KIOSQUE  |    

Journal du Vatican: Benoît XVI compte sur l'Afrique

Par Par Sandro Magister - 13/12/2012

Il dit que c'est le continent où la foi est la plus vive, alors, il y a davantage de nonciatures, une augmentation du nombre de cardinaux et plus de postes à la curie

 

L’Afrique est actuellement le continent le plus dynamique du point de vue de l'expansion de l’Église et du christianisme en général, celui où les vocations sont les plus nombreuses en termes de pourcentages. C’est ce qu’a rappelé récemment un article de la revue "Civiltà Cattolica" consacré à un colloque ayant pour thème “Paul VI et l’Afrique”, au cours duquel plusieurs des intervenants ont souligné "la grande attention" que ce pape accordait à ce continent dont il avait également perçu, de manière prophétique, la disponibilité à accueillir le message évangélique. L’article souligne que, Benoît XVI, lui aussi, s’est référé à l’Afrique en la qualifiant de 'poumon' de l’Église. Et en effet, d’année en année, le pontificat de Joseph Ratzinger se montre de plus en plus attentif à ce qui se passe sur le continent noir. Pour commencer, l'attention que Benoît XVI porte à l'Afrique se manifeste de manière tout à fait évidente du point de vue diplomatique.

 


© babelio.com
Benoit XVI , chef de l'Eglise catholique Romaine
Au cours de l’actuel pontificat, le réseau de nonciatures en Afrique a connu un nouvel accroissement. En effet ce pontificat de Benoît XVI a été marqué par l’ouverture de deux nouvelles nonciatures, l’une au Burkina Faso, l’autre au Libéria. Mais ce n’est pas tout. Des chargés d’affaires du Vatican ont également été envoyés au Tchad, au Gabon et au Malawi, où ils résident de manière permanente. D’autre part les pays africains ont eux aussi manifesté un intérêt croissant pour l’établissement de rapports plus étroits avec le Saint-Siège. En 2008, en effet, le Botswana a établi des relations diplomatiques complètes avec le Saint-Siège. Ce qui fait que, aujourd’hui, il n’y a plus que trois pays africains, tous à très grande majorité musulmane, qui n’aient pas encore créé de représentations diplomatiques réciproques avec le Vatican. Il s’agit des Comores, de la Mauritanie et du pays martyrisé qu’est la Somalie.

 

D’ailleurs, sous le pontificat du pape Ratzinger - alors même que l’Irlande a déclassé sa représentation diplomatique historique, son ambassadeur qui était résident étant désormais non résident - cinq pays ont effectué la démarche inverse, en fixant à Rome la résidence de leur ambassadeur. Sur les cinq, trois sont des pays d’Afrique : le Cameroun, le Bénin et, depuis cette année, le Nigéria, l’état le plus peuplé de ce continent. À cela il faut ajouter la multiplication des accords diplomatiques conclus entre le Saint-Siège et des pays africains. Avant le pontificat actuel, le Vatican avait établi un "modus vivendi" avec la Tunisie en 1964 ; il y avait eu ensuite un échange de lettres entre le roi du Maroc et Jean-Paul II en 1983-84, puis deux accords avec le Cameroun à propos de l’Institut Catholique de Yaoundé et deux conventions partielles avec la Côte d’Ivoire. Le seul accord-cadre, de plus grande envergure, était celui qui avait été conclu avec le Gabon en 1997.

 


© afriqueredaction.com
Sous le pontificat de Benoît XVI, il y a déjà trois accords-cadres qui ont été conclus : avec le Mozambique en 2011, avec la Guinée Équatoriale et avec le Burundi cette année. Mais l’attention particulière que le pape actuel porte à l’Afrique ne se manifeste pas exclusivement ou principalement dans le domaine diplomatique. Prenons le cas des voyages. Le pape théologien s’est rendu en Afrique deux fois jusqu’à maintenant, en dépit de son âge avancé. Jean-Paul II a fait son dernier voyage africain, au Nigéria, en 1998, à l’âge de 78 ans. Benoît XVI s’est rendu au Cameroun et en Angola en 2009, étant âgé de 82 ans, puis au Bénin en 2011, quand il en avait 84. Passons maintenant aux créations de cardinaux. Sous le pontificat de Ratzinger, sur les 74 nouveaux cardinaux électeurs qu’il a créés, 7 sont africains, soit 9,5 %. C’est le pourcentage le plus élevé qui ait jamais été atteint. Jean-Paul II en avait créé 16 sur 210 (7,6 %) et Paul VI 12 sur 143 (8,4 %).

 

Benoît XVI tient également grand compte du continent africain en ce qui concerne les nominations à la curie romaine. Il a appelé le cardinal ghanéen Peter Turkson à la présidence du conseil pontifical Justice et Paix et il a promu au poste de président du conseil "Cor Unum" le Guinéen Robert Sarah, élevé peu après à la pourpre. Le pape Ratzinger a par ailleurs appelé l’archevêque tanzanien Novatus Rugambwa au poste de secrétaire adjoint de la congrégation "Propaganda Fide". Il a choisi le Béninois Barthélemy Adoukonou, qu’il a élevé à l’épiscopat, comme secrétaire du conseil pour la culture et Mgr Jean-Marie Mate Musivi Mupendawatu, de la République Démocratique du Congo, comme nouveau secrétaire du conseil pour la pastorale de la santé.

Sous le pontificat de Benoît XVI, pour la première fois, un Africain a été nommé cérémoniaire pontifical: c’est Jean-Pierre Kwambemba Masi, de la République Démocratique du Congo. Et un fils du continent noir s’est vu confier, également pour la première fois, la charge délicate de chef du protocole de la secrétairerie d’état. Il s’agissait de Fortunatus Nwachukwu, un Nigérian, qui a été récemment promu, après cinq ans de service, archevêque et nonce au Nicaragua, devenant ainsi le quatrième représentant pontifical africain nommé au cours de ce pontificat. Les autres sont Léon Kalenga, de la République Démocratique du Congo, le Nigérian Jude Thaddeus Okolo et le Tanzanien Rugambwa (qui a été par la suite nommé à la curie, comme on l’a dit plus haut). C’est là encore un petit record ratzingerien. Jusqu’en 2005, en effet, le premier et unique nonce africain était l’Ougandais Augustine Kasujja, nommé par Jean-Paul II en 1998.

 


Mais quelle est l’origine de cette prédilection du pape Ratzinger pour l’Afrique?
Le pape lui-même l’a expliqué dans l’homélie d’ouverture du synode africain de 2009 : "L’Afrique représente un immense 'poumon' spirituel pour une humanité qui semble en crise de foi et d’espérance". Benoît XVI a approfondi encore davantage cette intuition lors de la discussion qu’il a eue avec les journalistes pendant son voyage au Bénin en 2011 :

Cette fraîcheur du oui à la vie qu’il y a en Afrique, cette jeunesse qui existe, qui est pleine d’enthousiasme et d’espérance, et aussi d’humour et de joie, nous montre qu’ici il y a une réserve humaine, il y a encore une fraîcheur du sens religieux et de l’espérance. Je dirais donc qu’un humanisme frais qui se trouve dans l’âme jeune de l’Afrique, malgré tous les problèmes qui existent et qui existeront, montre qu’ici il y a encore une réserve de vie et de vitalité pour l’avenir, sur laquelle nous pouvons compter. Et, le 22 décembre suivant, dans le discours de vœux de fin d’année qu’il a adressé à la curie romaine, il a réaffirmé qu’il n’avait perçu en Afrique aucun signe de cette fatigue de la foi, si répandue parmi nous, rien de cette lassitude de l’être chrétiens toujours à nouveau perceptible chez nous. Rencontrer cette foi prête au sacrifice, et précisément en cela joyeuse, est un grand remède contre la fatigue du fait d’être chrétiens que nous expérimentons en Europe.

Deux ans auparavant, le 21 décembre 2009, faisant le bilan de son voyage au Cameroun et en Angola, Benoît XVI avait également porté un jugement positif sur la manière de célébrer la liturgie en Afrique : Le souvenir des célébrations liturgiques s’est gravé dans ma mémoire de façon particulièrement profonde. Les célébrations de la sainte eucharistie étaient de vraies fêtes de la foi. Je voudrais mentionner deux éléments qui me semblent particulièrement importants. Il y avait tout d’abord une grande joie partagée, qui s’exprimait aussi par le corps, mais de façon disciplinée et orientée par la présence du Dieu vivant. Cela indique déjà le second élément: le sens de la sacralité, du mystère présent du Dieu vivant. Oui, il y avait cette conscience d’être en présence de Dieu. Il n’en résulte ni peur ni inhibition, pas même une obéissance extérieure aux rubriques, et cela n’amène pas non plus à se mettre en évidence les uns par rapport aux autres ou à crier de façon indisciplinée. Il y avait plutôt ce que les Pères appelaient 'sobria ebrietas': le fait d’être pleins d’une joie qui en tout cas reste sobre et ordonnée, qui unit les gens de l’intérieur, en les conduisant à la louange communautaire de Dieu, louange qui suscite en même temps l’amour du prochain, la responsabilité réciproque.

Il est certain que le pape Benoît n’ignore pas les limites et les difficultés de l’Église en Afrique. Celles-ci ont été rendues tout à fait évidentes, pour citer quelques exemples, par la démission qu’il a imposée, en 2009, aux évêques centrafricains de Bangui et de Bossangoa, en raison de problèmes moraux et, en 2011, à celui de Koudougou, au Burkina Faso, en raison de son incapacité dans le domaine de la gestion, ou bien encore lorsqu’il a “relevé” d’autorité l’évêque de Pointe-Noire, au Congo, également en 2011. Mais cela n’empêche pas le “Père blanc” chenu de continuer à compter sur le continent noir pour l’avenir de l’Église.
 
MOTS CLES :

0 COMMENTAIRES

Afficher tous les commentaires | Poster un commentaire

POSTER UN COMMENTAIRE

Identifiez- vous : pseudo* e-mail
Titre du commentaire
votre commentaire
Etre prévenu par email quand une réponse est faite
Ne cochez oui que si vous voulez recevoir des mails en cas de réponse sur ce sujet et que vous avez saisi votre mail
Je reconnais avoir pris connaissance des conditions d'utlilisation

POLITIQUE

SPORTS

ECONOMIE & BUSINESS

DOSSIERS

Culture & Loisirs

Société

Débats & Opinions

Personnalités

Agenda - événements

Lancement du Africa CEO Forum 2015
Tous les événements

TOUT L'UNIVERS JOURNALDEBANGUI.COM

DOSSIERS

Dossiers

L'INTERVIEW

Interview

COMMUNIQUES OFFICIELS

Communiqués