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Nagbatas - Collecteurs: Une relation saine et professionnelle

Par Prosper Yaka - 06/12/2012

En augmentant leur connaissance sur les caractéristiques de leurs produits, les artisans miniers ont augmenté leur force de négociation et leurs recettes

 

En septembre 2012, la Direction de la Commercialisation et de l’Industrie du ministère des Mines a évalué les «cases d’évaluation du diamant brut» mises en place par le projet DPDDA depuis juillet 2011. Présentement, sept cases sont opérationnelles dans la région minière du Sud-ouest. Elles permettent aux artisans miniers qui le désirent de faire évaluer leurs pierres par leurs pairs avant de négocier le prix avec un collecteur ou un bureau d’achat. Ces cases sont gérées par des artisans miniers formés aux techniques d’expertise par le Centre d’Etudes du Diamant et sont équipées de matériel professionnel d’évaluation importé des Etats-Unis (lampe, loupe, etc.) En augmentant leur connaissance sur les caractéristiques de leurs produits, les artisans miniers ont augmenté leur force de négociation et leurs recettes. Et avec plus de revenus, la production des artisans et les recettes de l’Etat peuvent augmenter aussi. Cependant, ce système d’évaluation de pair-à-pair reste très controversé parmi les collecteurs. L’un d’eux, lors de la mission d’évaluation, n’a pas hésité à le qualifier d’inacceptable: «c’est nous qui finançons les chantiers, donc les pierres nous appartiennent. Sinon comment allons-nous gagner notre vie?» Pourtant, on estime que l’artisan minier ne touche que 9% du prix final d’une belle pierre de joaillerie, taillée et sertie et vendue sur les Champs-Elysées à Paris, alors que le collecteur en touche 21%. Pourquoi les collecteurs rémunèrent-ils si peu le travail des Nagbatas? Pourquoi cette culture du secret?

 


© Piozza Bruno-Serge Gersil
Le principe de co-responsabilité imposée
Mettons d’emblée de côté les collecteurs et autres coxeurs malhonnêtes qui réalisent leurs profits sur l’ignorance des gens. Ceux-ci appartiennent à un autre âge et sont condamnés à disparaître. Si le projet DPDDA peut contribuer à précipiter leur retraite, personne ne s’en plaindra. Pour les autres – la majorité des collecteurs patentés – les prix pratiqués doivent être compris dans le contexte particulier du financement de l’artisanat minier. Il arrive souvent qu’un collecteur finance à la fois cinq chantiers ou plus, et que sur ces cinq chantiers, seuls deux produisent effectivement des diamants. Le collecteur, qui ne demande jamais de remboursement aux artisans malchanceux, doit donc prélever sur le prix des diamants trouvés l’investissement englouti dans les trois chantiers stériles. Ce comportement économique est parfaitement rationnel. Les boulangers déterminent bien le prix du pain sur l’ensemble de la pâte utilisée, pas sur les baguettes effectivement vendues. Mais il est mal vécu par les artisans miniers qui, eux, ont trouvé du diamant: pourquoi doivent-ils supporter les coûts de collègues qui travaillent moins bien et qu’ils ne connaissent généralement même pas ? Cette co-responsabilité imposée crée un véritable remue-ménage dans les chantiers miniers. Loin de favoriser l’économie du diamant, elle contribue aux malentendus et à la méfiance. D’où l’intérêt de mettre fin à ce système de patronage néfaste et malsain.

Pourquoi la connaissance du diamant est- elle fondamentale ?
Le projet DPDDA ne souscrit absolument pas au discours populiste récurrent contre les collecteurs. Toute économie a besoin de grossistes, a fortiori d’investisseurs. Le projet DPDDA n’a pas mis en place les cases d’évaluation pour réduire le profit légitime des collecteurs, mais pour encourager les artisans miniers à devenir plus autonomes en cofinançant l’exploitation de leurs chantiers, de manière à discuter les prix sur un pied d’égalité. Comme le dit l’adage capitaliste, il n’est pas de profit sans risque. La relation entre les collecteurs et les Nagbatas doit passer du patronage à une relation saine, fondée sur la connaissance transparente des produits et la loi de l’offre et de la demande. La connaissance du produit, et plus généralement la transparence et la rapidité de l’information marketing, est essentielle à la professionnalisation du secteur minier.

C’est pourquoi, en plus des cases d’évaluation, le projet DPDDA a organisé une formation prestigieuse en juillet dernier, délivrée par l’Institut Gemologique Américain (GIA), l’inventeur de la classification des diamants bruts pratiquée dans le monde entier. L’expert sud-africain du GIA a formé cinq artisans évaluateurs des cases d’évaluation et cinq experts évaluateurs du Bureau d’Evaluation et de Contrôle de Diamant et d’Or (BECDOR). La spécificité de cette formation, financée à 80% par le GIA et à 20% par USAID, était de se concentrer sur la compréhension du diamant taillé. Il s'agissait pour les participants d’apprendre à "voir" le diamant taillé dans le diamant brut. Le projet DPDDA cherchait ainsi à améliorer la qualité de l’évaluation officielle des lots de diamant lors de l’exportation par les bureaux d’achat. Le BECDOR tendait en effet à surestimer le prix des petites pierres et à sous-estimer celui des grosseurs, obligeant les bureaux d’achat à ralentir la fréquence des achats et à passer trop de temps à attendre des grosses pierres pour composer leurs lots de façon profitable. En remettant les certificats aux participants, en présence de l’ambassadeur américain, le ministre délégué à déclarer avoir observé une amélioration des taxes d’exportation en août.

Enfin, le projet DPDDA a traduit un module d’évaluation plus simple produit au Liberia et a formé ses animateurs communautaires à propager l’information sur les caractéristiques du diamant. Cette formation plus basique, qui ne nécessite aucun matériel spécialisé, s’adressera aux artisans les plus illettrés et les plus démunis.

 

 
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