INTERVIEW  |    

Abou Moussa: «La contribution de l’UNOCA aux efforts de paix est fort appréciée»

Par Thierry Ndong, Integration - 19/11/2012

Il est le Représentant spécial du Secrétaire général de l’Onu pour l’Afrique centrale et chef du Bureau de Nations unies en Afrique centrale

 

M. le Représentant vous venez d’achever une deuxième visite de travail au Cameroun en l’espace d’un an. Qu’est-ce qui peut expliquer une telle régularité?
Il ne s’agit pas d’une deuxième visite en l’espace d’un an, puisque la première remonte à juillet-août 2011 lorsque j’étais venu prendre contact avec les autorités camerounaises et leur présenter mon mandat, un mois après ma prise de service comme Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afrique centrale et chef de l’UNOCA. Cette fois-ci, mon séjour au Cameroun avait plusieurs dimensions. J’avais une série de séances de travail avec des membres du corps diplomatique et les collègues du système des Nations Unies. Je me devais aussi de rendre une visite de courtoisie et de travail au ministre des Relations extérieures puis au Président de la République. L’audience avec le Chef de l’État était particulièrement importante dans la mesure où, lors de ma visite de l’année dernière, les contraintes de calendrier n’ont pas permis qu’on se rencontre. Nous avons eu des échanges approfondis et très utiles sur des sujets relatifs aux missions du Bureau dont j’ai la charge. Je tiens à le remercier pour sa disponibilité, son écoute et ses conseils précieux. L’autre temps fort de ma mission était la séance de travail avec le Président de la CAF. Celle-ci entrait dans le cadre du suivi d’une réunion que j’ai eue avec M. Issa Hayatou le 7 février dernier à Libreville, en marge de la CAN co-organisée par le Gabon et la Guinée Équatoriale. Nous avions en effet convenu de nous retrouver à Yaoundé pour réfléchir sur les modalités de la mise en place d’un partenariat.

 


© journalducameroun.com
Abou Moussa, Secrétaire général de l’Onu pour l’Afrique centrale
Quels sont les tenants et les aboutissants de ce partenariat? Quel en est la feuille de route dans les moyens et long termes?
Ce qui est important de noter est que le Président de la CAF et moi-même allons formellement et solennellement sceller notre partenariat en marge de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations féminine de football prévue le 11 novembre à Malabo, en Guinée Équatoriale. A partir de là, nous mènerons des activités conjointes chaque fois que les circonstances le permettront. Face aux défis qui nous interpellent sur le terrain de la diplomatie préventive, le Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale (UNOCA) et la Confédération africaine de football (CAF) ont en effet jugé nécessaire de jouer désormais dans la même équipe. Nous agirons ensemble en faveur de la promotion de la paix, de la sécurité et de la stabilité en Afrique centrale. Je saisis cette opportunité pour renouveler la reconnaissance des Nations Unies au Président de la CAF pour son engagement dans les causes humanitaires et la promotion d’une culture de la paix à travers le football.

En dehors des bons résultats qui ont ponctué vos discussions avec la CAF, vous avez insisté tout à l’heure sur vos entretiens avec les hautes autorités camerounaises. Que faut-il en retenir?
J’ai, une fois de plus, noté avec satisfaction que les autorités camerounaises suivent avec attention les activités de l’UNOCA. Elles nous ont renouvelé leur soutien dans l’exécution de notre mandat, notamment en ce qui concerne la prévention des conflits et la consolidation de la paix dans la sous-région. Mon entretien avec le Président Biya a particulièrement permis d’apprécier l’importance qu’accorde le Cameroun non seulement à la diplomatie préventive mais aussi à la résolution pacifique des différends. Sur ce dernier point, la gestion de l’affaire Bakassi par le Nigéria et le Cameroun est aujourd’hui considérée comme un exemple positif à suivre par les pays confrontés à la même situation. J’ai transmis au Chef de l’État camerounais les félicitations du Secrétaire général de l’ONU par rapport à son implication personnelle dans l’aboutissement pacifique de cette affaire. Je lui ai aussi exprimé la gratitude de l’ONU pour les dispositions prises pour faciliter le travail de la Commission mixte Cameroun-Nigeria chargée de mettre en œuvre l’arrêt rendu le 10 octobre 2002 par la Cour internationale de justice de la Haye et attribuant la souveraineté de Bakassi au Cameroun. Il y a une forte prise de conscience du vœu du Secrétaire général de l’ONU d’achever le processus de démarcation des 200 kilomètres de frontière restants d’ici fin 2012. Je suis heureux de noter que les autorités compétentes sont préoccupées par les enjeux liés à ce processus de démarcation, qui nécessite la prise en compte des besoins socio-économiques, humanitaires et sécuritaires des populations concernées.

Les autorités ont également donné des garanties par rapport aux mesures visant à renforcer la confiance entre ces populations. A cet égard, elles m'ont fait part de l’esprit de fraternité qui existe entre les peuples frères du Cameroun et du Nigeria, en soulignant que les quelques 4 millions de Nigérians qui vivent au Cameroun peuvent et doivent se sentir chez eux. Les Nations Unies encouragent cette philosophie de vie qui cadre avec les exigences de l’Accord de Greentree signé le 12 juin 2006. L’article 3 de cet Accord demande en effet au Cameroun, entre autres, de « ne pas forcer les ressortissants nigérians vivant dans la presqu'île de Bakassi à quitter la zone ou à changer de nationalité ».

Qu’en est-il de la piraterie maritime, autre sujet qui était au centre de vos discussions avec les autorités de Yaoundé?
Mes échanges avec le chef de l’État et avec le ministre des Affaires étrangères ont permis de confirmer l’engagement du Cameroun dans la recherche des solutions à ce phénomène, qui constitue une grave menace pour l’économie et la sécurité ainsi que pour la navigation internationale. La volonté plusieurs fois manifestée d’abriter un Sommet de haut niveau sur la piraterie maritime et les vols à main armée en mer dans le Golfe de Guinée en est une illustration. Un Sommet des Chefs d’État et de Gouvernement des pays concernés s’impose donc, pour mettre en place une stratégie régionale devant permettre d’y faire face. Le Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale (UNOCA) et le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest (UNOWA) ont été mandatés par le Conseil de sécurité pour soutenir les initiatives des organisations sous-régionales et régionales dans ce sens. Les autorités camerounaises ont suivi avec beaucoup d’intérêt le point des préparatifs que nous avons engagés en mai dernier avec la participation constructive de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), de la Communauté économiques des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de la Commission du Golfe de Guinée. Le Comité de pilotage mis en place a été élargi à l’Union africaine. Nous sommes sur la bonne voie.

Le Cameroun est une espèce de quartier général du système des Nations unies en Afrique centrale. Quelles sont les attentes au vu des difficultés rencontrées par vos collaborateurs dans l’exercice de leurs missions au Cameroun?
Je peux vous rassurer que les autorités camerounaises, y compris au plus haut niveau de l’État, apprécient le travail de l’ONU au Cameroun. Elles font tout ce qui est nécessaire pour faciliter les missions des Agences, Fonds et Programmes des Nations Unies établis dans ce pays. Le ministre des Relations extérieures m’a édifié sur les multiples facettes de la collaboration franche et cordiale avec les représentations onusiennes qui, comme vous le savez, jouent un rôle clé dans la mise en œuvre de la politique gouvernementale dans des secteurs précis. Je suis persuadé que cette collaboration se renforcera davantage. C’est un sentiment partagé par les collègues du Système des Nations Unies avec lesquels j’ai eu une séance de travail féconde le 17 octobre. Je tiens à les féliciter et à les encourager pour la détermination et l’engagement avec lesquels ils accompagnent les efforts nationaux en matière de développement, de renforcement de la démocratie et de la gouvernance.

J’en profite aussi pour les remercier non seulement pour l’accueil chaleureux qu’ils m’ont réservé pendant mon séjour au Cameroun, mais aussi pour leur contribution à la mise en œuvre du mandat de l’UNOCA. J’insiste sur ce point, car, le Bureau dont j’ai la charge a aussi pour mission de faciliter la coordination et l’échange d’information entre les entités de l’ONU opérant en Afrique centrale, en tenant compte de leurs spécificités. Pour mieux assumer cette responsabilité, j’ai mis en place un cadre de discussions, de réflexions et d’échanges en octobre 2011. Il s’agit précisément du Séminaire des Représentants spéciaux du Secrétaire général, des Coordonnateurs résidents et des Directeurs régionaux du système des Nations Unies, dont la deuxième édition a eu lieu du 10 au 12 octobre à Libreville, siège de l’UNOCA. En dehors de ce cadre de concertation, je rencontre systématiquement le Coordonnateur résident du Système des Nations Unies et les collègues chaque fois que je suis en mission dans l’un des dix pays couverts par l’UNOCA.

Plus d’un an déjà que vous êtes à la tête de l’UNOCA. Quel premier bilan?
C’est un exercice d’introspection ou d’autoévaluation qui n’est pas évident. Mais si je me réfère à la décision prise par le Conseil de sécurité le 21 août dernier de proroger le mandat de l’UNOCA jusqu’au 28 février 2014, je pourrais dire qu’il y a des raisons d’être satisfait. Inauguré le 2 mars 2011, l’UNOCA avait en effet un mandat initial arrivant à expiration le 30 août 2012. Dans sa lettre demandant cette prorogation, le Secrétaire général de l’ONU explique que l’UNOCA a contribué aux efforts en faveur de la paix et de la sécurité en Afrique centrale. Nous avons présenté au Conseil de sécurité deux Rapports du Secrétaire général qui rendent compte de ces efforts. Avant la fin de l’année 2012, un troisième compte rendu sera fait devant la même instance. Au-delà des activités régulières relatives à l’analyse prospective de la situation sociopolitique de la sous-région et à l’exercice « des bons offices » du Secrétaire général, la mobilisation contre les groupes armés occupe une place primordiale dans nos priorités. Nous avons coordonné l’élaboration d’une stratégie régionale de lutte contre l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), un mouvement rebelle dont les activités ont un impact négatif sur les populations de l’Ouganda, de la République Centrafricaine (RCA), de la République démocratique du Congo (RDC) et du Soudan du Sud. Après l'avoir favorablement accueillie lors de sa session du 29 juin, le Conseil de sécurité avait demandé à l’UNOCA de soutenir la mise en œuvre de cette stratégie. Nous y travaillons avec nos partenaires habituels, y compris l’Union africaine, qui assure le leadership politique dans cette lutte contre la LRA.

J’ai déjà évoqué le dossier de la piraterie dans le Golfe de Guinée pour lequel nous nous déployons également, en apportant un appui aux États et aux organisations sous-régionales en vue de l’organisation, le plus tôt possible, d’un Sommet conjoint des pays du Golfe de Guinée. C’est une question qui est aussi au cœur des débats au sein du Comité consultatif permanent des Nations Unies chargé des questions de sécurité en Afrique centrale (UNSAC), dont l’UNOCA assure le Secrétariat depuis mai 2011. Ce Comité se réunit deux fois par an au niveau ministériel pour faire l’état de la situation géopolitique et sécuritaire de la sous-région, et proposer des solutions aux problèmes éventuels identifiés. Nous avons facilité l’organisation des 33e et 34e réunions, respectivement en décembre 2011 à Bangui (RCA) et en mai 2012 à Bujumbura (Burundi). La 35e réunion aura lieu du 3 au 7 décembre 2012 à Brazzaville (Congo). Elle coïncidera avec le 20e anniversaire dudit Comité. Ce sera l’occasion de faire le point, entre autres, de l’état de la ratification de la Convention de l’Afrique centrale adoptée à Kinshasa en avril 2010 et relative au contrôle des armes légères et de petit calibre, de leurs munitions, et de toutes les pièces et composantes pouvant servir à leur fabrication, réparation et assemblage. Je félicite les deux États membres de l’UNSAC qui ont déjà ratifié cette Convention et encourage les neuf autres à en faire de même, afin de donner une signification particulière à la commémoration des 20 ans d’existence de l’UNSAC.

Fort de l’expérience acquise après plus d’une année de déploiement, sur quel aspect de votre mission comptez-vous mettre l’accent pour plus d’efficacité dans votre travail ?
Tous les aspects sont importants. Nous allons davantage renforcer la coopération avec les organisations régionales, notamment la CEEAC, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL), la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), et d’autres partenaires clefs. Dans cette perspective, nous avons signé un cadre de coopération avec la CEEAC en mai 2012 à Libreville et avec la CIRGL en août 2012 à Kampala. Nous ferons la même chose avec la CEMAC, dont le nouveau président de la Commission, M. Pierre Moussa, nous a rendu une visite de courtoisie et de travail le 2 octobre. Cette synergie est nécessaire pour mieux promouvoir la paix et la stabilité en Afrique centrale et, ainsi, favoriser le développement durable et l’intégration régionale.

Sur tout un autre plan, l’UNOCA ne perd pas de vue l’urgence qu’il y a de contribuer à la lutte contre le chômage des jeunes, phénomène à l’origine de l’instabilité dans plusieurs États. C’est l’une de nos priorités. Nous sommes en contact avec la Banque mondiale et d’autres partenaires stratégiques pour mener une réflexion collective et coordonnée sur cette question cruciale. De même, nous engagerons des consultations avec le Bureau international du travail (BIT) et la Banque africaine de développement (BAD).

Votre mot de fin.
Je vous remercie pour l’intérêt que vous accordez à nos activités. Je voudrais rappeler que les médias sont des partenaires et des artisans de la paix. Leur contribution est essentielle dans la promotion de cette valeur précieuse sans laquelle il est impossible d’envisager un développement durable et l’intégration régionale. Je tiens à rendre hommage au travail remarquable que les professionnels de ce secteur font, parfois dans des conditions difficiles, pour accompagner nos efforts et pour informer les citoyens. Dans ce contexte, l’UNOCA ne ménagera aucun effort pour soutenir toutes les actions visant le renforcement des capacités des journalistes de la sous-région.

 

 
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