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"Quand le diamant s’invite dans les élections"

Par U.Roy.Lama - 13/11/2010

"Les bureaux d’achat dans ces zones étaient considérés comme la voie du salut"

 

Les préfectures de la Sangha-Mbaéré, de la Mambéré Kadéi et de la Lobaye se préparent et s’organisent pour les élections du 23 janvier 2011. Jamais élections n’auront suscité autant de passion que celles à venir.

Des populations dans le dénuement total
Les préfectures productrices de diamant, malgré une conjoncture difficile partout ailleurs semblaient être protégées par une activité qui permettait à leurs populations de ne pas être au creux de la vague. Elles n’étaient certes pas « l’Eldorado », mais la production artisanale de diamant permettait à tous les acteurs de la filière de maintenir un niveau de vie à peu près décent qui drainait les moyens de substance. Depuis la fermeture de nombreux bureaux d’achat de diamant, les maillons de la chaîne économique de ces régions, jadis florissantes où l’argent circulait à flot, se sont brisés, laissant une bonne partie de la population dans le dénuement total. Les bureaux d’achat dans ces zones étaient considérés comme la voie du salut. Par leurs activités, ce sont eux qui entretenaient les collecteurs qui, à leur tour, finançaient les artisans. Ainsi les artisans qui étaient les plus nombreux n’étaient jamais démunis et pourraient subvenir à leurs propres besoins et ceux de leurs familles. Or, depuis la fermeture brutale des bureaux d’achat, parfois dans les conditions dramatiques, qui ressemblaient à un braquage organisé par l’Etat, de nombreux collecteurs et artisans sont venus grossir le nombre de chômeurs dans la région. La reconversion des artisans de la filière de la production artisanale de diamant à l’agriculture ou à l’élevage a posé un sérieux problème au départ.

Des habitudes alimentaires bouleversées
Brutalement sevrées des moyens habituels de substance, les populations des régions sud-ouest, qui font du diamant depuis des générations ne savent plus à quel saint se vouer. Cette décision gouvernementale n’était pas sans conséquences sur les ménages obligés de changer d’habitude alimentaire. Les conséquences pour les ménages dorénavant démunis, sans autres sources de revenus n’ont pas tardé à se faire sentir. La malnutrition a commencé à gagner des régions entières, jadis prospères. Les premiers cas ont été signalés dans les régions de Carnot et Gadzi par des décès des enfants.

 


© lindependant
Une extraction artisanale de Diamants
Les cas ont commencé à être tellement sérieux qu’ils ont nécessité les interventions du gouvernement et de certains élus de la nation. L’épidémie s’est alors propagée comme une trainée de poudre dans pratiquement toute la région avec plus ou moins de sévérité. Des poches de malnutrition ont été signalées dans une partie de la Lobaye dans la région de Boda, puis à Berberati et même dans la Sangha-Mbaéré. Ces régions qui n’ont jamais eu besoin d’humanitaires pour se nourrir, ont vu pour la première la présence des organisations non-gouvernementales voler à leur secours. La malnutrition a certes disparu, mais les séquelles demeurent et les populations ne sont pas prêtes d’oublier les dures épreuves que le gouvernement leur a fait subir par la fermeture des bureaux d’achat aux conséquences désastreuses.

Des équations difficilement solubles
Peut-être pas aigries, mais les populations des zones diamantifères n’ont pas oublié ces moments difficiles qui leur ont été imposées sans avoir analysé au préalable les répercussions de la fermeture des bureaux d’achat de diamant. Toutes les conversations ne tournent qu’autour de ce sujet. Malgré la fréquence répétée des passages du Secrétaire Général du KNK, M. Elie Ouéfio dans la région, les populations donnent l’impression d’écouter mais ne sont nullement convaincues par les discours. Elles réclament l’ouverture des bureaux d’achat, mais sont vraiment convaincues que le gouvernement ne fera aucun geste dans ce sens. Une petite enquête entreprise dans tous les milieux démontre à suffisance que faute d’être écoutées, les populations attendent de pied ferme les élections. En plus de l’appauvrissement de la population provoqué par la fermeture des bureaux d’achat de diamant, les populations venues nombreuses à Carnot pour le lancement des travaux de la route Carnot-Gadzi n’ont pas oublié les propos très durs tenus à leur endroit par le Président de la République, Chef de l’Etat. Pour ces populations, le déficit de réalisation concrète abordée par le général François Bozizé, les assimilerait tout simplement à des paresseux. Elles ont avalé la couleuvre, mais n’ont pas oublié ces moments difficiles qu’elles ont vécus ce jour-là. Toutes ces équations sont autant de difficultés qui se poseront au parti gouvernement, qui doit batailler dur dans les préfectures de production de diamant du sud-ouest, s’il veut tirer son épingle du jeu, lors des prochaines consultations populaires.

 

 
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