INTERVIEW  |    

Un projet pour améliorer l’image de la RCA au processus de Kimberley

Par Edwige Sedo (correspondance particilière) - 02/11/2012

Sébastien Pennes est l’ancien chef de projet DPDDA-RCA. Il parle de son expérience de deux années dans le secteur minier centrafricain

 

Le 15 octobre dernier, il a officiellement passé le relais à M. Terah DeJong qui est désormais le nouveau Projet DPDDA- RCA. M. Sébastien Pennes après avoir passé deux années en République Centrafricaine occupera son nouveau poste aux Etats- Unis. Sébastien Pennes livre ici son sentiment avant son départ.

Vous avez côtoyé le secteur minier centrafricain pendant deux ans, quel est votre avis sur ce secteur?
Je trouve le secteur minier artisanal assez paradoxal. Il est évident que l’artisanat minier est un vecteur essentiel de lutte contre la pauvreté. Quand on arrive à Boda pendant la saison des pluies, on ne trouve rien à manger sur le marché; alors qu’en saison sèche, quand les chantiers produisent, on voit que l’argent tourne, que l’agriculture tourne, que toute l’économie tourne. Le diamant fait circuler l’argent entre beaucoup de gens et jusque dans les zones les plus reculées du pays. Le paradoxe, c’est que les décideurs publics ne comprennent pas toujours cette réalité économique. Ils rêvent de faire venir des géants industriels pour exploiter les ressources et considèrent l’artisanat minier de l’or et du diamant comme un pis-aller, presque comme s’ils en avaient honte. Pourtant, il n’y a aucune honte à appuyer son économie sur son sol et sur les bras de ses citoyens.

 


© DPDDA – RCA
Sébastien Pennes ancien chef de projet DPDDA–RCA
Quel conseil prodiguez-vous par rapport à cet aspect?
Il faut continuer de rapprocher les décideurs de Bangui des artisans miniers pour faire de la petite mine une priorité nationale. En 2010, nous avions organisé une mission parlementaire dans les villages de la Sangha Mbaéré pour engager une discussion sur le prix de la patente d’artisan. Il faut multiplier ce genre de missions. Il faut continuer à casser le mythe de l’artisan minier voleur, menteur et espiègle, et promouvoir l’image d’un artisan professionnel, réfléchi, et légal.

En tant que Chef de projet DPDDA – RCA, quelles ont été vos actions de plaidoyer pour ce pays auprès de l’USAID, le financeur du projet?
Le principal plaidoyer qui intéresse la RCA est de rendre un projet suffisamment méritant pour que le financement se poursuive. Quand je suis arrivé en août 2010, le financement n’était assuré que jusqu’en mai 2011. Nous avons convaincu USAID de proroger ce financement d’un an supplémentaire, puis encore d’un an jusqu’en 2013. Je crois aussi que ce projet contribue à l’amélioration de l’image de la RCA aux Etats-Unis et au Processus de Kimberley.

Quel a été le degré de collaboration entre les cadres du ministère des Mines, les acteurs miniers des zones pilotes du DPDDA et vous?
Avec du temps et de la ténacité, nous avons réussi à créer une très bonne dynamique de travail entre les cadres du Ministère des Mines, les bureaux d’achat, les collecteurs, les artisans miniers, les coopératives, c’est-à-dire tous les acteurs de la mine. Ce n’était pas toujours facile car, il existe une grande culture du secret dans le secteur du diamant. Ainsi le ministère des Mines travaille de façon isolée par rapport aux autres structures du gouvernement et il était donc difficile d’engager des réflexions sur des thèmes transversaux comme la fiscalité ou la réforme foncière. Mais j’avais beaucoup de choses à apprendre de ces acteurs, plus que je ne pouvais leur apprendre. Nous avons encore du mal à travailler avec les collecteurs, mais je suis sûr que ça s’arrangera.

 


© DPDDA – RCA
Sébastien Pennes
Qu’est- ce qui vous a marqué de plus pendant votre mandat dans ce secteur?
D’abord, la baisse de la patente d’artisan minier en janvier 2011 par le Président de la République François Bozizé, après les conseils nourris du Projet qui avait organisé des réunions techniques, des missions, et circulé des études sur le régime fiscal. J’ai vu le chiffre du fichier minier et je constate que nous avions raison, que c’était la bonne décision. Il y a aujourd’hui deux fois plus d’artisans patentés avec une patente à 30 000 francs, qu’en 2010 lorsque la patente coutait 48 850 francs. L’Etat gagne plus d’argent en 2012. C’est la preuve que la fiscalité est un outil pour la légalisation et qu’une fiscalité basse permet de dynamiser le secteur. L’autre chose à retenir, qui est regardée avec beaucoup d’attention par USAID et dans d’autres pays, c’est la formalisation de l’artisanat minier grâce à une fiscalité souple, pour réduire la fraude. La deuxième chose est plus personnelle. J’ai été frappé, pendant ces années, de voir les nagbatas travailler d’arrache-pied dans les chantiers. C’est un travail dur, pas toujours gratifiant, souvent ingrat, et je trouve admirable de voir tous ces gens creuser la terre depuis dix ou trente ans pour en extraire une petite pierre brillante.

Sur ces faits, pensez-vous que l’artisan minier ait de l’avenir?
Tel qu’il travaille aujourd’hui, non, pas encore! D’abord il travaille avec l’argent des autres, un investisseur ou un collecteur, donc il n’est pas responsable du prix de sa marchandise. Ensuite il travaille dans l’informel, il se lève un matin et creuse au milieu de son champ sans permission. Enfin, il travaille de façon rudimentaire, ses trous de prospection sont trop larges et il utilise des jigs de la dernière guerre mondiale. Cet artisanat-là n’a pas d’avenir car il est trop contre-productif. L’artisan de l’avenir épargne, engage une partie de ses profits dans l’exploitation. Il utilise un équipement de qualité, va s’informer sur les dernières pelles et motopompes. Et puis il connaît la valeur de son diamant pour tenir tête aux acheteurs. De toute façon, il y aura toujours du monde pour acheter du diamant et il y a encore beaucoup de diamant en Centrafrique. Le Bureau Américain des Enquêtes Géologiques estime les dépôts alluviaux de la RCA à 39 millions de carats, c’est-à-dire 120 ans de production actuelle. Le nagbata a donc de l’avenir, mais un avenir conditionné par une évolution des mentalités et des pratiques.

Dans quel état d’esprit quittez- vous la terre centrafricaine pour les Etats Unis?
Je quitte optimiste parce que j’ai vu beaucoup de choses changer en deux ans: des artisans miniers qui sont devenus autonomes; des associations minières qui se sont renforcées et qui pourront un jour devenir des coopératives légales. Je pars optimiste parce que j’ai vu beaucoup d’acteurs qui ont changé d’avis, qui se sont rendus compte que l’artisanat minier était important. Je pars aussi avec le sentiment d’avoir apporté ma pierre au développement du pays. Mais j’ai toute confiance dans le nouveau chef de projet. Terah est un professionnel dynamique, compétent et doté d’une grande ouverture d’esprit. La RCA va me manquer.
 
MOTS CLES :  Fin Mission   Artisanat   Usaid   Projet   Diamant 

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  • Le projet DPDDA–RCA est un Projet de coopération bilatérale entre les gouvernements américain et centrafricain visant la légalisation et la dynamisation du secteur diamantifère.
  • Il est financé par l’agence de coopération américaine USAID et mis en œuvre avec le Ministère Délégué à la Présidence chargé des Mines

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