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Gervais Lakosso: «La culture devrait être un domaine de souveraineté»

Par Luidor NONO - 08/11/2010

Le conteur centrafricain conte un bout de sa vie

 

Qui est Gervais Lakosso pour ceux qui ne vous connaissent pas
Je réside à Bimbo, une banlieue de Bangui, mais qui ne l’est pas. Je me déplace souvent pour mes activités à Bangui et en France. La France étant mon arrière base. Je fais beaucoup d’activités et là je suis en résidence d’artiste pour huit mois. Je suis là pour une formation en management et communication et j’en profite pour sortir mon deuxième album «GîGî». J’ai commencé en avril, je termine bientôt. J’ai deux origines différentes et je m’amuse souvent à dire que je suis métisse de mon père Yakoma et de ma mère de Mandja.

Comment s’est passée la résidence?
Ma résidence avait deux objectifs principaux, ma formation et la sortie de mon prochain album qui avance très bien. J’attends des gestes de certains partenaires financiers pour mettre le produit sur le marché. Le stage relatif à ma formation s’est déroulé dans une structure qui s’appelle «proxicité» qui fait de l’accompagnement des artistes en devenir.

Quel est le thème de cet album «GîGî»?
«GîGî» est la a chanson principale qui donne le nom à l’album, c’est-à-dire la vie. La vie c’est comme un champ que nous sommes appelés à cultiver et la culture demande de respecter certaines étapes si on veut avoir un meilleur rendement. Cette chanson est composée de beaucoup de proverbes Mbangui. Ce sont des paroles profondes de sagesses qui invitent à la réflexion sur la vie. Il y a des chansons sur l’importance du travail, l’importance de l’action. Il a dix titres. Les préparatifs vont bon train. A part la chanson «GîGî» où je fais une narration, les autres titres sont des chansons qui n’ont rien à voir avec le conte.

Musicien, conteur, et comédien comment l’expliquez-vous?
En fait j’ai commencé la scène par le théâtre au lycée où j’ai tenu plusieurs de rôles, et puis il y a mon prof de français qui m’a intégré dans sa troupe semi-professionnelle, «Les Bavards». Nous avons fait une saison théâtrale et participé au festival d’art dramatique. Comme c’était un peu dur de se faire une place, nous les plus jeunes de la troupe «Les Bavards» avons décidé de nous retirer et de monter une troupe qui s’appelait «Association pour le théâtre de l’ère nouvelle». J’étais le metteur en scène de cette troupe, nous avons monté quelques sketches et une pièce «Partira, partira pas» d’un auteur Centrafricain. Après je suis donc allé en formation au Cameroun et à mon retour, j’étais dans la musique et le conte. J’ai participé à un concours de musique où j’ai eu le troisième prix. Après j’ai fait la rencontre d’un autre metteur en scène Centrafricain avec lequel j’ai repris le théâtre dans la Compagnie Gbako comme professionnel pour laquelle j’étais l’administrateur. Cela a bien marché pendant deux saisons, et puis j’ai eu envie d’aller voir ailleurs.

 


© www.gervaislakosso.com
Et les Contes alors?
Les contes, j’en connaissais, mais j’en écoutais aussi déjà. Cependant, je ne les pratiquais pas. Ce n’est que plus tard après ma formation en éducation populaire par les arts à Limbé au Cameroun que j’ai eu envie d’utiliser le conte comme support artistique. C’est là que je me suis rendu compte que les contes font bien les comptes. C’est une discipline concise et complète. L’on a besoin de plusieurs talents, pour être un bon conteur. En tant que comédien, basculer dans le conte ce n’était pas très compliqué. J’avais déjà écouté des contes chez mes grands parents. A mon retour, j’ai mis en place le Créa (Cercle de recherche et d’éducation par les arts)

Vous êtes devenu créateur de contes?
Je compose et j’écris des contes. Rassurez-vous, je continue d’écouter les sages. Les contes sont les arts de la parole. Et pour parler, il faut vraiment écouter. Et c’est réciproque. A travers un travail de collecte je me suis rendu au village de mon père, il y a quelques années maintenant. Ces récits et contes meublent mon répertoire aujourd’hui, dans lequel vous avez des contes traditionnels et des contes modernes que je compose moi-même sur des thèmes de notre époque. J’envisage prochainement, de faire un autre travail de collecte dans le village de ma mère pour des contes Mandja

Comment votre entourage a réagit lorsque vous décidez de faire de l’art votre profession?
Cela n’a pas été facile. J’ai profité du fait qu’il a eu une période d’années blanches dans notre pays pour arrêter les études après le Bac. A la faveur de plusieurs mouvements sociaux, les années scolaires étaient même été invalidées par l’Unesco. J’ai refusé d’aller à l’université. J’ai poussé le bouchon, jusqu’à aller faire de l’éducation populaire par les arts. Ce n’était pas la science politique, ni du droit. J’avais déjà ma vocation artistique. J’étais à couteaux tirés avec ma famille qui voulait que je fasse absolument quelque chose de mieux selon eux. Si bien que lorsque j’ai eu une opportunité de venir à une formation théâtrale en France, je n’ai pas pu l’honorer parce que personne ne voulais s’engager dans de telles dépenses. Ma famille ne considérait pas le théâtre comme un métier. Par la suite, ils se sont beaucoup calmés et aujourd’hui ça va mieux. Ils se sont rendus compte que le métier artistique n’est pas si voyou que cela. J’ai mon Centre, j’emploie des gens. J’organise un festival international. Je me produis comme artiste, j’ai une vie plus ou moins normale. Ma famille aujourd’hui me laisse faire.

La place de Dieu dans votre vie et dans votre travail au regard de votre premier album Molêbo?
C’est un album pour dire merci à Dieu. Molêbo parce que chez nous malheureusement, il n’y a pas d’école de musique. C’est à travers les chorales que la plupart des musiciens centrafricains apprennent la musique. Moi, je suis membre de la «la foi Bah'aie». C’est à travers cette communauté que j’ai appris la musique. J’ai eu la chance de rencontrer très jeune une américaine qui m’a permis de toucher ma première guitare acoustique. On peut dire que c’est de là qu’est parti mon goût pour la musique acoustique. C’est dans la chorale que j’ai donc appris à poser quelques notes et plus tard j’ai continué à faire des recherches tout seul. Je suis un autodidacte.

Vous avez développé un concept qui s’appelle afro – akoustik, parlez-nous de cela!
Akoustic parce que c’est essentiellement de la musique acoustique dans ma formation. Il y a deux guitares acoustiques, une basse, parfois la contrebasse, des percussions et un saxo. Donc c’est une musique légère qui n’est pas saturée. Il n’y a que des instruments acoustiques; et afro, parce que je suis africain.

Vos récompenses et prix présupposent-ils que vous vous en sortez bien?
Oui! Sinon, je devrais arrêter. L’on a coutume de dire dans la profession que le plus grand salaire de l’artiste, ce sont les applaudissements du public. Même si vous gagnez beaucoup d’argent et que lorsque vous jouez, les gens n’applaudissent pas, ne réagissent pas et qu’à la fin les gens ne viennent même pas vous voir dans les loges, on n’a pas le courage de continuer. Car ce n’est pas une science exacte. Les arts c’est relatif. Ce qui plaît à un public ne peut pas nécessairement plaire à un autre. Il y a un avis de groupe qui peut être favorable ou défavorable qui peut vous permettre de continuer ou pas. Surtout aussi, il y a l’avis de la profession, du public. Et derrière il y a la presse.

 


© www.gervaislakosso.com
Gervais Lakosso et sa guitare
En tant qu’opérateur culturel, vous avez un avis sur la situation de l’art en Afrique?
Moi je m’amuse à dire souvent que la culture est la véritable richesse d’un peuple, parce qu’en Afrique, nous avons tendance à mettre en avant nos matières premières, nos ressources naturelles. Mais, je dis qu’il y a d’autres matières premières dans d’autres parties de la terre. Ce qui appartient à un peuple en particulier et qu’il peut vraiment s’appuyer dessus, c’est sa culture et les manifestations de cette culture qui sont les arts. Ceci devrait dans nos Etats, être le premier pôle à développer pour mettre vraiment les bases d’un développement durable efficace. Un peuple qui base son développement sur sa culture, c’est un peuple qui a confiance en lui, qui sait d’où il vient et qui peut savoir où il va. En Afrique, nous tendons plus à nous écarter de notre culture. Ce qui fait que nous ne savons pas là où nous allons. Et quand vous ne savez pas là où vous allez, n’importe qui, peut vous emmener n’importe où.

Et l’avenir des arts en Afrique. Avez-vous la possibilité d’emmener les gens où vous voulez aller?
Ce n’est pas une tâche facile. Mais je n’ai pas l’intention de baisser les bras. La formation que je fais c’est pour renforcer mes capacités dans le même domaine et le même métier, pouvoir joindre les deux bouts, pouvoir générer assez de revenus pour mettre en application mes idées et convaincre davantage de personnes à s’engager dans cette voie. Heureusement donc qu’il y a de plus en plus de personnes qui s’engagent dans les métiers artistiques. Il y a de plus en pus de jeunes. La nouvelle génération d’artistes et opérateurs culturels africains se distingue radicalement de la génération d’avant qui a laissé se développer beaucoup de préjugés négatifs sur l’avenir dans les professions artistiques. On a l’habitude taxer de sous métier ou même de métier dévalorisant les métiers artistiques. Or cela a complètement changé. De nos jours, en Afrique, il y a déjà des facultés qui enseignent des disciplines artistiques. Des écoles d’arts et il y en a de plus en plus, des Africains, qui ont à la fois leur inspiration artistique et -une connaissance académique de leur discipline.

Au regard de votre singulière histoire, vous encourageriez vos enfants à embrasser une carrière artistique?
Je m’emploierai à créer les conditions pour que mes enfants fassent le métier qu’ils veulent faire. J’étais déjà un peu effrayer le jour où j’ai constaté qu’à l’école, mon fils se donnait en spectacle lors des fêtes de fins d’années scolaires en interprétant mes contes. Ce qui me rassure, c’est qu’il travaille bien à l’école. Si lui ou ses sœurs veulent faire un métier artistique, cela ne me pose aucun problème. Mais, j’aimerais qu’ils fassent plus que moi.

Quelles seraient les difficultés de votre quotidien liées à votre vocation d’artiste et d’opérateur culturel?
Les difficultés sont énormes. La plus criarde est le manque d’accompagnement par nos Etats de ce que nous opérateurs et artistes nous produisons. Le secteur culturel et artistique est un domaine qui peut réellement générer une richesse, mais au départ il faut le booster en y injectant des ressources. En Afrique, nous peinons à trouver ces capitaux sur place. Nous sommes obligés d’aller chercher ces fonds à ailleurs. Les partenaires extérieurs eux ont d’autres contraintes qui ne tiennent pas toujours compte de nos valeurs culturelles et c’est dommage. La culture devrait être un domaine de souveraineté. Un pays ne devrait pas laisser sa culture être financer par un autre pays, par d’autres structures. Je trouve souvent calculateur le fait que des pays financent la culture d’autres pays.

Des conseils à donner?
L’avenir de l’art demeure complexe, mais il n’est pas sombre. Pour maîtriser cette complexité, le conseil que je pourrais donner à toute personne, à la génération future qui veut se lancer dans le domaine artistique, c’est de se munir de tous les outils nécessaires, de développer les aptitudes théoriques, idéologiques, des pratiques qu’il faut pour se lancer dans le métier. Car l’art n’est pas une activité commune comme le petit commerce. C’est une activité intellectuelle, immatérielle et cela explique pourquoi en tout temps l’art est considéré comme une activité marginale.
 
MOTS CLES :  Centrafrique   Conte   Lakosso   Musique 

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A savoir

  • Discographie: Molêbo 2007, GîGî 2010
  • Participation au festi forum international à Douala au Cameroun
  • Participation au FITHEGA à Libreville au Gabon
  • Participation aux Rencontres Internationales des Masques et Marionnettes à Douala au Cameroun
  • Participation au Festival Itinérances à Amiens (France)
  • Concert à l’Alliance Française de Bangui pour la sortie de l’album Molêbo
  • Concert au CREA à Bimbo
  • Participation à la deuxième édition du Festival International de la Femme Artiste à N’djamena (Tchad)
  • Concert pour la Journée nationale de l’arbre 2009 au Stade Sagbado à Bangui
  • Participation au deuxième Festival Culturel Panafricain d’Alger 2009
  • Participation à la 3ème édition du Festival International des Arts et Cultures à Bangui
  • 2001: Sélectionné pour les 4èmes jeux de la Francophonie
  • 1999: Sélectionné pour l’Atelier de la fête de la musique à l’Alliance française de Bangui
  • 1995: 3ème prix du concours une chanson pour l’entreprise artisanale
  • 1992: 1er prix du concours de chanson de la semaine culturelle de Berberati
  • www.gervaislakosso.com ou www.myspace.com/gervaislakosso
  • Contact: lakgg9@yahoo.fr

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