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Oumarou Magba: "mes tenues sont des hymnes à mes racines culturelles."

Par Jessica oublié - 07/11/2010

le styliste centrafricain Oumarou Magba est porté par le désir de valoriser la culture de son pays

 

Vous avez participé à la formation en mode organisée en août 2008 dans le cadre du défilé de mode annuel de l'Alliance Française de Bangui. Que vous a apporté Coralie Troublé, jeune styliste française venue en Centrafrique dans le cadre de ce projet?
J'ai suivi une très bonne formation et ai bénéficié de connaissances nouvelles. Coralie Troublé a su mettre en valeur les différents métiers liés au domaine de la couture en passant par le stylisme jusqu'au modélisme. Tous ses métiers organisés sous la direction du créateur sont les rouages d'une même entreprise. La découverte de ce panorama était incroyable et m'a surtout permis d'avoir une vision plus globale de mon métier.

Coralie Troublé a accordé beaucoup d'importance au dessin de figurine. Une expérience nouvelle là encore?
Oui. Un styliste doit se baser sur une figurine pour donner une orientation esthétique et stylistique à ses modèles. C'était la première fois que l'on me mettait face à une feuille blanche et que l'on me demandait de m'en servir pour réaliser l'une de mes robes. Pour moi, la couture était avant tout un travail artistique que je réalisais derrière ma machine à coudre, dans mon atelier. Pour chacun de mes modèles, la robe sirène Mamy Watta, l'arbre déraciné, ou encore le kangalinga ti akotara, j'ai appris comment passer d'une pensée de l'esprit à une réalisation papier jusqu'à la réalisation concrète d'une tenue pour un mannequin précis. À travers ces figurines, j'ai appris à comprendre le stylisme, à voir une forme en fonction d'une personne donnée. En définitive, avec cette formation, j'ai beaucoup appris sur les méthodes de composition qui régissent mon métier, le stylisme.

 


© africultures.com
L'artiste Oumarou Magba
Vous utilisez principalement des matières végétales comme le tapa et le raphia. Que représentent ces matériaux pour vous?
Selon moi, on reconnaît l'identité d'un styliste à travers une matière. Celle-ci donne à chaque styliste son cachet personnel. Je trouve dans le tapa l'originalité de la Centrafrique. Mon pays est le pays de la forêt. En utilisant le tapa et le raphia, je valorise l'art et la culture centrafricaines. Mes tenues deviennent ainsi des hymnes à mes propres racines culturelles.

Vos robes de mariée sont un savant mélange de culture africaine et européenne. Que recherchez-vous à travers l'association de plusieurs matériaux?
J'utilise le raphia, le tapa, l'organza, le tulle, le pagne, le tafta pour faire ce mélange entre la culture africaine et la culture occidentale. Mes tenues rappellent la façon dont nos parents s'habillaient et sont un clin d'œil à un modernisme occidental qui connaît une reconnaissance progressive en Centrafrique. La robe de mariée est une tenue parfaite pour cet effrangement de matière. À l'occasion de son mariage, la femme est sujette à toute sorte d'admiration et de convoitise. Elle tourne une page de son passé pour devenir autre au bras de son futur époux. Elle symbolise l'évolution et le renouveau. La mariée que j'habille est au carrefour de la tradition et du modernisme, entre des valeurs purement ancestrales et des valeurs issues d'un monde global. A contrario, j'habille le marié en cache-sexe et en cauris, en bijoux artisanaux et en chapeau royal. Tout cela pour montrer que l'homme est ce roi pilier qui a toujours besoin d'une femme pour que sa vie soit harmonieuse.

Vous avez travaillé deux semaines avec le styliste camerounais Anggy Haïf, parrain du défilé 2008 à l'Alliance Française de Bangui. Quels ont été ses principaux conseils?
Anggy a conseillé à l'ensemble des stylistes de ce défilé d'apprendre à travailler en collaboration, de s'unir pour œuvrer à la promotion de la mode centrafricaine et par extension de la mode africaine. Il m'a appris à réfléchir au-delà de mon travail personnel pour donner une importance plus générale à la création. En tant que créateur, j'ai une mission, celle de valoriser la culture de mon pays, celle de faire venir des investisseurs par le biais de mon art, celle d'être un ambassadeur de la Centrafrique dans le domaine de la mode. J'ai eu besoin de mon pays pour me former et étant reconnu aujourd'hui, c'est mon pays qui a besoin que je l'aide pour qu'il continue de former d'autres stylistes après moi.

 


© africultures.com
L'artiste Oumarou Magba et sa mariée
Dans sa formation, Anggy Haïf s'est attaché à développer les notions de création et de collection. Comment les entendez-vous aujourd'hui?
Anggy disait toujours "il faut oser", "il faut avoir des ambitions très fortes pour défendre son identité". Dans un festival, un créateur ne peut être découvert que s'il assume une part de folie et d'exubérance. Pour que le public s'intéresse à nos œuvres, il faut qu'il y ait des structures d'encadrement pour appuyer nos défis. Les festivals et les défilés sont de bonnes plates-formes pour sensibiliser nos dirigeants et les publics aux apports de la mode centrafricaine. C'est pourquoi, ma collection La nouvelle tendance O'Magba est le symbole de l'union.

Vous avez remporté le premier prix des défilés de mode 2007 et 2008 de l'Alliance française de Bangui. Comment envisagez-vous la suite de votre travail?
Si je me suis affirmé deux fois, deux années consécutives au rendez-vous de l'AFB, c'est qu'il est temps pour moi de découvrir ce qui se fait ailleurs et de montrer ailleurs ce qui se fait de mieux dans mon pays. C'est un plus personnel pour les stylistes qui suivent après moi. Mon premier prix me donne accès à un voyage en France et à une participation au festival Couleurs de la mode Africaine en février au Congo. En France, j'espère élargir mon carnet d'adresses, faire de nouvelles rencontres professionnelles, et surtout de nouvelles recherches stylistiques et culturelles. J'irai au Congo pour défendre mon identité de créateur et me faire découvrir par d'autres professionnels de la mode. Chaque nouvelle participation à un concours est une nouvelle opportunité de réussite et de rencontres avec des pairs. Le Congo est ce prochain challenge que je ne manquerai sous aucun prétexte.
 
MOTS CLES :  Oumarou   Magba   Tenues   Tradition   Culture 

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