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Kabila et Hollande, des efforts réciproques à faire…

Par A.P - 07/09/2012

Kinshasa accueillera le quatorzième Sommet de la Francophonie en octobre

 

Ça y est. Tu recevras François Hollande en octobre », peut bien être le texto qu’adresserait Alassane Ouatara, le président ivoirien à son homologue de la République démocratique du Congo pour lui annoncer la décision du chef de l’exécutif français de participer au sommet de la Francophonie à Kinshasa. Car, depuis des mois, Joseph Kabila s’impatience et s’agace de l’attitude de François Hollande qui, on le sait, pose des conditions à sa venue à Kinshasa. De source sûre, le nouveau locataire de l’Élysée conditionnerait sa participation au sommet de Kinshasa à une réforme de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), ce qui garantirait la transparence des futures élections provinciales, et au jugement des « vrais coupables » dans l'affaire Floribert Chebeya. Une attitude qui permet au président français de maintenir la pression sur le gouvernement congolais. Mais il n’y a aucune garantie que cette stratégie soit la moins mauvaise, même si les autorités congolaises semblent vouloir faire bouger les choses.

 


© Afrique nouvelle
L'article est paru dans le numéro d'Afrique nouvelle en kiosque
Elles ont en effet annoncé fin juillet, après des propos attribués à Joseph Kabila qui aurait confié à ses collaborateurs qu’il ne se sent pas tenu d’obtempérer aux demandes françaises, que la CENI allait être restructurée dans les prochains mois, et que le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, son président très contesté, ne devrait pas être reconduit dans ses fonctions. «De toute façon, j'ai la guerre à l'Est», aurait déclaré le jeune Kabila. Dès lors, il apparaît clairement que les Congolais pourraient bien envisager un report du sommet. Une inquiétude que les milieux diplomatiques ne sont pas loin de partager, préférant plutôt parler de «bras de fer» entre Paris et Kinshasa.

Or, ce «bras de fer» n’avait pas lieu d’être. D’abord, comme le souhaitent l’opposition congolaise et certains milieux français nostalgiques de la période où la France dictait sa loi sur le continent, le sommet devrait être reporté, déplacé ou se tenir en l'absence de François Hollande (en sachant que la francophonie est une affaire de la France), ce serait très mal perçu dans toute l'Afrique centrale. Cela équivaudrait à du mépris et encouragerait les dirigeants des pays d’Afrique centrale à se tourner vers d’autres puissances. Une éventualité que Paris, confronté à de nombreux problèmes liés à la compétitivité de ses entreprises, miné par la mauvaise tenue de son commerce extérieur, n’est pas disposé à accepter, malgré le «coup de bluff» de François Hollande. N’en déplaise aux partisans d’une France repliée sur elle-même, les entreprises de l’hexagone peuvent dire merci à l’Afrique où elles réalisent souvent leurs meilleurs chiffres d’affaires.

 

Ensuite, il est hors de question d’admettre l’ingérence des puissances étrangères dans la politique intérieure des États africains. Une élection présidentielle fût-elle mal organisée et contestée par une partie des candidats demeure une affaire locale et ne saurait donner lieu à d’inadmissibles pressions de l’extérieur. Aucune élection n’étant parfaite, celle de Joseph Kabila ne dérogeant pas à la règle, il revient aux Congolais de régler entre eux leurs contradictions par le dialogue et la concertation. D’ailleurs, d’autres présidents de la République dont les élections étaient aussi contestées et aussi louches que celle de Joseph Kabila, ont été reçus en grande pompe à l’Élysée sans que d’inadmissibles exigences soient posées par les Français. Pourquoi en serait-il autrement pour la République démocratique du Congo, l’un des plus grands pays francophones à travers le monde? Le précédent rwandais, abandonnant le français pour adopter l’anglais comme langue officielle n’a-t-il pas servi de leçon aux disciples du néocolonialisme qui persistent à n’avoir aucun respect pour les institutions africaines?

À l’inverse, les responsables français, eux, semblent avoir mesuré l’importance stratégique de ce sommet de la Francophonie, ce qui nécessiterait la présence de François Hollande. Le 18 juillet, la ministre française de la Francophonie, Mme Yamina Benguigui, s'est dite persuadée, après une visite de quatre jours à Kinshasa, que ce sommet ne sera pas un tribunal. «Le sommet de la Francophonie doit être le sommet de tous les Francophones et en particulier des Congolais», a déclaré la ministre. Une façon de couper court aux rumeurs qui, à l’en croire, mettent à mal la confiance, pourtant essentielle dans les relations entre États. Une chose demeure certaine: ceux qui ont récemment demandé au président français de ne pas se rendre en RDC pour ne pas cautionner le régime de Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, en soulignant que le déroulement des dernières élections de 2011 et la situation des droits de l'homme, suscitent de nombreuses critiques, devront aussi compter avec les intérêts réciproques des États.
 
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